Comme chaque année depuis 4 ans, CloneWeb est au Festival du Film Fantastique de Neuchatel en Suisse, le NIFFF.

Se déroulant au début de l’année, dans une charmante bourgade suisse au bord d’un lac, le festival annonce la couleur en diffusant des films que vous pourrez voir plus tard à l’Etrange à Paris ou à Gerardmer mais s’offre également de belles rétrospectives, notamment cette année autour de la musique de film.
Arkaron et Jean-Victor sont arrivés avec armes, bagages et caméra vendredi soir et ont enchainé les projections. Chaque jour, ils reviendront donc sur leurs films vus et partageront avec vous coups de coeurs et déceptions. Bonus : ils tourneront sur place la prochaine Emission qui devrait être dans la lignée de celle d’août 2010, pour les plus anciens lecteurs.

On commence les réjouissances avec notamment VHS 2, du Larry Cohen de 1973, Gallowwalkers signant le retour de Wesley Snipes ou encore l’attendu film d’animation A Liar’s Autobiography qui a réuni les Monty Pythons.

V/H/S 2
de Simon Barrett, Jason Eisener, Gareth Evans, Gregg Hale, Eduardo Sanchez, Timo Tjahjanto & Adam Wingard (2013)

Le concept du premier V/H/S était de réunir plusieurs réalisateurs de films de genre pour créer une anthologie du film d’horreur et du found footage, dans lequel des malfrats engagés pour rentrer dans une maison et y voler une cassette découvraient des tas de VHS contenant des films bizarres…
V/H/S 2 reprend le même concept, à la différence près que nous suivons ce coup çi un détective privé et son assistante à la recherche d’un ado disparu, une enquête les amenant dans une maison abandonnée dans laquelle ils vont trouver, devinez quoi : un tas de VHS contenant des films bizarres !
Si on ne peut vous dire ce que valait le premier opus puisqu’on ne l’a pas vu, ce second a le mérite de ne pas se prendre trop au sérieux durant deux de ses 5 segments.
L’ambiance se veut relativement bourrine, puisque l’un des courts métrages montre un ado en pleine séance de VTT filmée à la GoPro sur le casque, avant qu’il ne se fasse mordre par un zombie et le devienne à son tour, la caméra servant habituellement aux sports extrêmes donnant au spectateur la possibilité très rigolote de voir une journée du point du vue d’un mort vivant bouffant tout ce qui bouge. C’est gore, inventif et réjouissant, tout comme la partie réalisant par Gareth « The Raid » Evans, dans lequel un groupe de reporters en herbe se retrouvent dans une secte thaïlandaise qui va vite partir dans un rituel des plus carnavalesques et gores.
Comme tout film à sketches, l’ensemble ne tient pas la route jusqu’au bout, et quand il essai de faire peur, V/H/S 2 tombe dans les travers du jump scare facile vu des dizaines de fois ou dans le grand n’importe quoi bruyant et illisible, comme l’histoire réalisée par Jason Eisener, très décevante venant de celui qui nous avait régalé avec son Hobo with a Shotgun. Ceci dit, l’ambiance rock’n roll et régressive du projet le rend sympathique, et pour frissonner entre amis devant un DVD, ça fera largement le taff.

 

Gallowwalkers
de Andrew Goth (2012)

Avec son tournage débuté en 2006 et arrêté pendant plusieurs années le temps que l’interprète principal, j’ai nommé Wesley Snipes, purge sa peine de prison, Gallowwalkers est un western dans lequel un cowboy voit sa quête de vengeance complexifié lorsque les gens tués reviennent à la vie…
Vu la production chaotique, il fallait s’y attendre : c’était pas très bien. Pas très bien du tout. Tellement pas bien, qu’on n’a rien trouvé de mieux que le schéma suivant pour exprimer à quel point c’était VRAIMENT pas bien.


 

A Liar’s Autobiography
de Benjamin Timlett, Jeff Simpson, Bill Jones (2013)

14 studios d’animation, une seule vie : feu Graham Chapman, Monty Python déluré qui avait donné tant d’énergie au Flying Circus, renait éphémèrement de ses cendres dans un trip aux frontières de l’onirisme et du cynisme autocritique. Les diverses équipes livrent un travail remarquable, rempli d’idées folles jusqu’à l’overdose, cachant des clins d’œil aux vieux fans dans la moitié des plans. Malheureusement, l’ensemble s’effondre sous son propre poids : celui de l’ambition narrative, limitée par les enregistrements audio de Chapman (effectués avant sa mort et utilisés en narration ici), et trop peu unifiée pour ne pas perdre le spectateur en route. On peut bien sûr compter sur un ton politiquement incorrect, voire franchement complaisant dans ses excès, qui ponctue ce récit dégingandé de fulgurances humoristique au cœur d’une vie à la fois singulière et plurielle, fantasmée à travers le prisme de la fiction. Si cette autobiographie mensongère ne fait pas rentrer la vie de l’homme et de l’artiste dans l’immortalité cinématographique, elle a au moins le mérite de la classer dans la catégorie curiosités sans pareille. A voir une fois pour les amateurs de la troupe ou d’animation expérimentale.

 

The Agent (The Berlin File)
de Ryoo Seung-Wan (2013)

Notre première rencontre avec Ryoo Seung-Wan, c’était pour The Unjust à l’Etrange Festival, et il faut bien admettre qu’on avait absolument rien compris à ce thriller qui se complexifiait à outrance volontairement pour pas grand chose au final.
The Berlin File pourrait presque partir sur les mêmes bases, puisqu’il suit un agent secret nord-coréen infiltré à Berlin qui va être découvrir au même moment par le Mossad et les services Sud Coréens, déclenchant une chasse à l’homme infernale dans laquelle on ne peut faire confiance à personne, y compris son propre camp.
Transposant toute la dynamique et la férocité des thrillers coréens contemporains en Europe, The Berlin File est un film excessif, avec les qualités et les défauts que ça implique. Excessif, car dans cette guerilla des administrations, le film ne cesse de passer d’un camp à l’autre et on peut se perdre facilement pour peu qu’on ne soit pas très attentif. Mais le récit a le mérite d’être trépidant tant les retournements de situations s’enchaînent avec une cohérence d’ensemble folle et une ambition salutaire.
Excessif, car les protagonistes sont des lions tout justes libérés de leurs cages, la seule solution pour les arrêter étant la mort, ce qui donne parfois lieu à une lutte sans fin.
Prenant en considération le soin incroyable apporté à la mise en scène et aux chorégraphies, cela devient fascinant puisque le film comporte quelques moments de bravoures, dont une scène d’action débutant dans un appartement pour finir dans la verrière d’une cour intérieur d’immeuble. Entre des gunfights enragés et des combats brutaux, The Berlin File ne desserre pas la mâchoire une seconde et en colle plein la gueule tout en gérant la balance avec son intrigue d’espionnage d’une main de maître.
Au final, il y en a parfois trop et certains risqueront l’overdose, mais il reste difficile de faire la fine bouche devant un film aussi généreux car passé ces menus défauts, The Berlin File est une petite bombe qui réanime le genre.

 

Black Caesar
de Larry Cohen (1973)

Invité d’honneur de cette 13ème édition du NIFFF, Larry Cohen est un réalisateur et scénariste américain qui a marqué son époque par sa capacité à investir des genres différents en les renouvelant par le sérieux avec lequel il les abordait.
Son deuxième film, Black Caesar, est aussi son premier vrai succès, et s’impose comme un classique de la blaxploitation, avec Fred Williamson (Shaft !) en petite frappe d’Harlem qui va vite devenir le parrain du coin. De l’aveu même de Cohen, il considérait son travail comme un film de gangsters pur jus et non comme une œuvre d’exploitation avec des acteurs noirs, même si le côté exploitation explose à l’écran tant le film souffre d’une fabrication cheapos, avec des faux raccords en folie et autres joyeusetés dans le même genre (trouverez vous la caisse à caméra de la production cachée dans le film ?).
Parfois très système D, Black Caesar a du mal à rendre crédible l’ascension et la chute de son héros, mais possède ce charme propre à ce type de film, poussé par une réelle envie de cinéma pas vraiment assouvie, mais tangible.
Surtout, l’atmosphère du film remporte la mise avec son cachet authentique, la production modeste obligeant Cohen et son équipe à tourner dans Harlem avec des habitants et gangsters du coin ! Un gage qui sert l’ambiance si cool du long-métrage, servie par une bande son cool au possible signée James Brown.
Des petits plus qui confèrent un charme certain à l’ensemble et en font un moment sympa pour peu que vous soyez indulgents envers la fabrication et la narration hasardeuses.

 

Hell Up in Harlem
de Larry Cohen (1973)

Suite au succès de Black Caesar, Larry Cohen mis en chantier immédiatement ce Hell Up in Harlem, « avant que les acteurs ne demandent un plus gros cachet » de son propre aveu ! Modifiant la fin de Black Caesar pour prolonger l’aventure, ce deuxième film voit le héros et son père reprendre les rênes du pouvoir, tandis que la famille s’agrandit, et que la menace vient ce coup-ci de son propre camp. Malgré une facture technique supérieure et une bande son composée par Edwin Starr, ce deuxième film tombe dans la redite en échouant à renouveler la formule. Assez pachydermique et feignant dans son récit, l’aura du film n’existe que pour son statut culte et de suite, mais pour peu que vous ayez vu Black Caesar, il n’y a rien de nouveau sous le soleil d’Harlem.

 

7 Cajas
de Juan Carlos Maneglia & Tana Schembori

Tous droit venue du Paraguay, l’équipe de 7 Cajas (tr : 7 boîtes) nous propose un récit construit autour d’une course contre la montre dans laquelle Victor, un jeune transporteur en manque d’argent, accepte de transporter sept caisses au contenu mystérieux. Déambulant dans le labyrinthe urbain, il doit vite faire face à un groupe de transporteurs ennemi convoitant sa cargaison, tandis que la police et ses propres commanditaires se retournent les uns contre les autres, menant à une folle poursuite quadripartite au rythme soutenu. Malheureusement, si l’ensemble déborde d’énergie et de bonne volonté, la caractère répétitif et cyclique du scénario empêche tout renouvellement des enjeux et finit par rendre l’histoire inefficace. On apprécie toutefois la représentation brute des pratiques criminelles paraguayennes et le changement de cadre, ainsi que le traitement d’une sous-intrigue romantique certes prévisible, mais qui a le mérite d’éviter le pathos. Certains choix des réalisateurs contribuent à rendre l’objet particulier dans la variation des tons opérés, et plus spécifiquement par rapport à l’écriture de la gente criminelle, moquée à de nombreuses reprises, risquant parfois de faire basculer le film dans un échange de dialogues humoristiques au non-sens qu’on croirait tiré d’un Prends l’oseille et tire-toi. En outre, le protagoniste divague plusieurs fois dans un fantasme d’autofiction télévisuelle qui semble très étranger au reste du récit, et saccade une narration par ailleurs assez bien menée. Au final, 7 Cajas est un film inégal. C’est un bel effort d’action virevoltante à échelle humaine, restreint par une mise en scène illustrative qui n’arrive jamais à immerger pleinement le spectateur. Dommage, mais affaire à suivre.

 

You’re Next
d’Adam Wingard

Le jeune réalisateur américain, également représenté au NIFFF par son segment dans l’anthologie V/H/S 2, signe avec You’re Next un thriller légèrement horrifique qui propose de revisiter le genre du « home invasion », dans lequel une famille (très souvent riche) se retrouve attaquée, tuée, séquestrée ou prise d’assaut par des individus dont les motivations sont à priori floues. Après une introduction musclée, Wingard passe au cœur de sa fable et introduit ses personnages de manière plutôt superficielle, passant par la case exposition plus par contrainte que par envie. Sa mise en scène devient plus dynamique dès lors que les hostilités commencent vraiment. Rien de très original dans cette histoire qui tourne très vite à l’action décomplexée et généreuse, qui s’amuse à retourner le piège sur les prédateurs, et se fait complice du public en établissant certains éléments en amont pour y revenir plus tard. Ne vous attendez pas, cependant, à un chef d’œuvre déconstructif du genre, il n’en est rien. Wingard se contente de prendre une poignée de codes à rebrousse-poil, mais n’y insuffle jamais un discours ou une volonté métanarrative. La fabrication est globalement bonne, même si encore une fois, la caméra portée n’a ni sens ni valeur immersive. L’horreur molle cède donc rapidement sa place au slasher où tout est permis, faisant de You’re Next un parfait film de festival nocturne ou de soirée entre amis imbibés.

 

Raze
de Josh C. Waller

Deux femmes prisonnières dans un donjon observé par des caméras anonymes s’entretuent sous peine que leurs proches soient exécutés. Si elles perdent, ils meurent. Si elles refusent de se battre, ils meurent également. Voilà les règles posées par le récit minimaliste de Raze, un métrage qui se veut la résurrection musclée du genre d’exploitation « Femmes en cage », un sous-genre à la croisée de la sexploitation et de l’horreur des années 1970. Ici, adieu la déviance intrinsèque au genre. Les combats se veulent percutants mais se ressemblent tous ; les personnages se veulent variés mais ne sont que des coquilles ; l’ensemble se veut distrayant mais devient terriblement pénible au bout du deuxième affrontement ; les actrices veulent jouer mais sont en réalité des cascadeuses. Les scènes d’action sont entrecoupées de dialogues insipides qui tentent de créer une atmosphère dérangeante à travers des grabataires grotesques, censés rappeler les sectes les plus obscures de l’histoire américaine. Comble de l’échec, l’acte final promet d’offrir un carnage démesuré, ce qui n’arrive bien entendu jamais, et préfère conclure sur une note pessimiste et rendue artificielle par l’absence totale d’empathie pour l’héroïne. Au bout du compte, ayant traversé 90 minutes de vanité absolue, qui auraient probablement été plus abordables au format court ou moyen métrage, le spectateur laissé sur la touche par un film insignifiant n’a qu’une seule question : qui a osé financer une telle purge ?

 

– Jean-Victor et Arkaron

Ajoutez un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs marqués * sont obligatoires.