Notre premier article sur le NIFFF 2013 regroupait les deux premiers jours d’Arkaron et Jean-Victor en Suisse.

Ce 2e billet est donc consacré tout naturellement au 3e jour, le dimanche. Et pas de repos ni de temps libre pour aller se promener au bord du lac pour autant puisque le programme est toujours aussi riche.

Jugez plutôt : de l’animation japonaise, du Kurosawa, encore du Larry Cohen mais cette fois une trilogie et deux inédits : The Philosophers (avec James d’Arcy et Bonnie Wright vue dans Harry Potter) et Contracted d’Eric England.

 

 

Night on the Galactic Railroad
de Gisaburō Sugii

Adaptation sous stupéfiants, réalisée en 1985, d’une nouvelle japonaise publiée en 1927, le film de Sugii est un produit unique, plongeant dans l’exploration des rêves et la perception du réel. Construit autour d’un rythme lancinant et lent, Night on the Galactic Railroad est l’un des rares animes contemplatifs jamais produits. Inconcevable de nos jours, le film mérite d’être découvert si tant est que vous soyez réceptif aux trips oniriques ponctués de symboliques religieuses. La narration chapitrée vient ajouter un niveau de lecture à l’ensemble grâce à diverses références culturelles. Sans doute pas pour les enfants, mais pas pour tous les adultes non plus.

 

009 Re: Cyborg 3D
de Kenki Kamiyama

Mise à jour de la saga épique du plus prolifique dessinateur de mangas ayant jamais vécu, ce Cyborg promet monts et merveilles sur le papier : neuf cyborgs/super-héros se réunissent pour sauver le monde de l’extinction. ‘Nuff said? On aurait bien aimé. En réalité, cet anime offre assez peu de scènes cultes. L’action, au demeurant assez correctement mise en scène et dynamique, est noyée dans une flopée de dialogues imbuvables, assenant des coups de massue sur la tête du spectateur à n’en plus finir. Les pires travers de l’animation japonaise sont réunis ici : les personnages aux questions existentielles interminables, les échanges (ou monologues !) métaphysiques grotesques extrêmement mal intégrés – par exemple, lors du climax, la narration en dents de scie qui ne sait pas quoi faire de ses personnages, un univers qui tire sec sur la corde de la suspension d’incrédulité, etc. Le comble du facepalm est atteint lors d’une scène dans laquelle les personnages déduisent l’identité du grand méchant en multipliant les théorèmes les plus farfelus les uns que les autres : la découverte de fossiles d’anges a conduit les humains à recréer une version puissante de Dieu dans leurs esprits. Cette fantaisie collective mène donc l’humanité au bord de l’extinction, tandis que nos cyborgs de seconde zone (blessés par une simple balle…) continuent de se poser des questions qui nous dépassent en levant les yeux au ciel. Avec tout ça, le film n’est pas aidé par une animation inégale, peu convaincante sur certains mouvements, alors que les textures des décors urbains sont démentielles, et surtout une 3D très sale, laissant des ghost images trainer sur quasiment tous les plans. On échappe au naufrage grâce à quelques scènes couillues qui envoient l’action et le hard rock japonais ponctué de chœurs lyriques. Les amateurs du genre peuvent s’y essayer une fois. Les autres peuvent passer leur chemin.

 

The Philosophers
de John Huddles

Dernier jour de classe pour ses terminales. Pour l’occasion, leur professeur de philosophie leur propose de se prêter à un petit jeu de rôle : chacun tire un papier au hasard, sur lequel est inscrite une compétence particulière. En fonction de ces informations, les élèves doivent s’imaginer choisir démocratiquement qui il serait logique de sauver en cas d’apocalypse nucléaire alors qu’un bunker pouvant sauver la moitié d’entre eux est à proximité. Oui, vous avez bien lu… sous une ovation d’applaudissements, le film se termine et je suis atterré de constater que la démagogie fainéante et complaisante ait encore autant d’adeptes.
L’exercice est une succession de débats philosophiques vides de toute pertinence, qui tente de résoudre le problème de la survivance de l’espèce humaine en cas de cataclysme. Les notions les plus basiques de la philosophie sont expliquées une par une comme dans un manuel scolaire. L’acte final balaye cependant tout ça d’un revers de la main sous prétexte sentimentaliste naïf et débordant de condescendance envers la discipline pourtant explorée deux heures durant. On imagine de plus fort bien les esprits les plus aiguisés de la planète entamer un débat philosophique alors qu’un nuage radioactif se dirige vers eux. La survie du plus fort ? Kézako ? Mais soit, admettons. On imagine alors très bien ces grands esprits opter pour la bienséance puritaine… Bref, à oublier vite, très vite.

 

Contracted
d’Eric England

Une jeune lesbienne est droguée et couche avec un inconnu lors d’une soirée. Très vite, d’inquiétants symptômes apparaissent, pour bientôt ne plus laisser aucun doute : elle a contracté une terrible maladie sexuellement transmissible. Ennuyeux du début à la fin, Contracted n’est pas une honte, c’est simplement inutile. Le récit tourne légèrement dégoûtant au tiers, pour basculer dans la franche invraisemblance lors de son acte final, mettant en scène des personnages prenant des décisions n’ayant aucun sens. Une bien longue campagne de sensibilisation sur les dangers des rapports sexuels non protégés. Sortez couverts, mais pas pour aller voir ce film.

 

 

Ran
de Akira Kurosawa (1985)

Sélectionné dans la carte blanche du compositeur Johan Söderqvist, Ran constitue un véritable aboutissement dans la carrière de Akira Kurosawa.
Inspiré du Roi Lear de Shakespeare, on y voit un maître de clan Japonais au XVIème siècle qui rompt ses fonctions et partage son royaume entre ses trois fils.Lorsque l’avidité prend le dessus, le royaume se déchire et une guerre sans merci s’enclenche…
Il était assez amusant de voir le film présenté en raison de sa musique tant celle-ci est discrète et peu présente durant les 2H40 d’un film qui met en avant la tactique et la diplomatie militaire, avant de confronter la cruauté de l’homme face à se somptueux paysages pour mieux mettre en scène la chute de l’humain dans sa course au pouvoir. Présentant un nombre de figurants incroyable à l’image, Ran a marqué son temps mais force est de constater que le modèle a été surpassé depuis sur les batailles militaires, tout comme le drame qui se joue là se base sur un rythme lent qui risque de laisser plus d’un spectateur de côté.

 

It’s Alive
de Larry Cohen (1974)

Après avoir vu sa version du film de gangster façon blaxsploitation, le NIFFF montrait aujourd’hui un autre penchant de la carrière de Larry Cohen : l’horreur teinté de fantastique. It’s Alive raconte en effet comment un couple américain va avoir bien du mal à accueillir leur nouveau né de la famille, qui a disparu de la salle d’accouchement en tuant tout le personnel hospitalier présent pour l’heureux événement !
Avec un pitch pareil, une musique de Bernard Herrmann et une créature ouvrant la carrière du maître Rick Baker, il y avait de quoi baver devant It’s Alive, qui s’avère être au final une petite série B assez fauchée, dont l’absurdité du monstre laisse perplexe à de nombreux moments. Il faut préciser que le film montre souvent la vue subjective du bébé qui rampe par terre à la vitesse d’un bébé, quand les attaques de ce dernier semblent supersoniques… De plus, la créature se fait rare à l’écran, et malgré un développement de la relation parents/enfants qui joue la carte de l’ambiguïté des sentiments entre l’attachement et le dégout, le film s’avère assez plat et longuet pour encore marquer les esprits aujourd’hui.

 

It Lives Again
de Larry Cohen (1978)

A sa sortie en 1974, It’s Alive s’est payé un petit bide au box office.
Ca n’est que pour une ressortie plus marquetée 4 ans plus tard que le film a rencontré son public, lançant une suite directe dans laquelle le père du premier opus vient à la rescousse d’un couple s’apprêtant à accoucher d’une bestiole similaire…
La bonne idée de l’œuvre est de jouer la carte de la paranoïa sur la répétition des évènements en première partie, avant de sombrer dans la redite puisque le dernier tiers est un copier/coller de celui du précédent film. Comme celui-ci, ça reste un petit film d’exploitation qui se laisse regarder pour peu que vous ayez une vraie curiosité pour le genre, mais qui ne propose rien de mémorable une fois encore.

 

It’s Alive III : Island of the Alive
de Larry Cohen (1987)

En 1986, Larry Cohen débarque dans les studios de Warner Bros avec un script sous le bras pour convaincre les producteurs de mettre en chantier un remake de House of Wax.
Manque de bol pour lui, il se prendra un refus catégorique, en échange de quoi le studio lui fait comprendre qu’ils ne seraient pas contre une nouvelle suite à It’s Alive.
L’occasion pour Larry de changer la formule, ce troisième film lâchant l’horreur premier degré pour tomber dans la satire potache et assez débile sur les bords.
Comment faire autrement avec cette histoire d’île sur laquelle les fameux monstres désormais nombreux ont pu évoluer en communauté avant de revenir sur la terre ferme pour dépouiller la tête de tout ce qui bouge. Riche en costumes latex et victimes mourant d’une claque de monstre ressemblant à un énorme gant en mousse, ce troisième film s’avère être un gros nanar en bonne et due forme, avec son interprète principal catastrophique et sa connerie générale assumée. C’est loin d’être fandard car pas aussi généreux que prévu, avec un trait trop forcé pour être un bon morceau de pantalonnade, mais ça a le mérite de changer des précédents, et ça fera sûrement plaisir aux déviants cinéphages prêts à n’importe quoi pour s’octroyer une scène de viol collectif avec des monstres !

1 commentaire

  • Dom mardi 9 juillet 2013 11 h 46 min

    Aaaaaaaah, mon premier long message a été effacé par erreur de captcha…

    Bref, je voulais dire que “The Philosophers” ça a l’air vraiment génial dans le genre réflexion apocalyptique à deux francs.

    Mais “Ran”, l’intérêt ce n’est pas du tout dans les séquences d’action, bien que le siège du château soit énorme. Il est vachement audacieux d’avoir placé justement le pic d’action et émotionnel à peine à la moitié du film : ensuite, t’es dans les cendres d’un empire. Peut-être pas le un film idéal pour un festival !

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