Etrange sensation que celle d’une fin de festival. Le NIFFF a fermé ses portes et tout le monde peut reprendre une activité normale en espérant que l’année à venir s’écoule vite pour remettre ça.

Le palmarès de cette édition 2013 est tombé. Dark Touch de Marina de Van repart avec le Prix HR Giger « Narcisse » du meilleur film, le prix Mad Movies ainsi que le Prix de la Jeunesse. Au Nom du Fils de Vincent Lanoo repart avec le Meliès d’Argent et Chimères d’Olivier Béguin avec une mention spéciale. Le reste du palmarès est à découvrir ici.

Avant de regagner la France, Arkaron et Jean-Victor ont vu une dernière série de films dont Shield of Straw de Takashi Miike déjà évoqué à Cannes

Le NIFFF n’est pas totalement terminé pour nous puisqu’une Emission a été tournée sur place. Affaire à suivre…

 

The Gangster
de Kongkiat Komesiri

Fresque biographique inspirée de faits réels, the Gangster est un projet pour le moins ambitieux souhaitant donner ses lettres de noblesse thaïlandaises au genre, jusque là passé inaperçu sur la scène internationale. Sur près de deux heures donc, le parcours unique d’un bandit de seconde zone est déroulé au gré de ses tentatives d’ascension au pouvoir dans un milieu mafieux bouillonnant. S’étalant des années 1950 aux années 1970, l’histoire dépeint un pays rongé par le crime organisé et ses guerres internes, puis rendu exsangue par une dictature militaire encline à éliminer ces réseaux. Les personnages nombreux sont menés par un acteur principal charismatique qui fait ainsi du protagoniste une figure fascinante et empathique malgré ses actes souvent immoraux. Derrière toutes ces bonnes volontés cependant, se cachent des défauts de fabrication nuisant profondément à la qualité du film. En effet, le scénario n’est pas assez concis et se perd dans des détails n’apportant pas grand-chose à l’univers. Le récit qui en résulte est dilué et laborieux, semblant prendre moult détours inutiles. La réalisation est globalement correcte, mais un découpage plus dynamique aurait rendu les scènes d’action plus immersives. En l’état, certaines se regardent avec lassitude. Des réserves donc, mais The Gangster est un film qui voit grand. Trop grand pour lui à l’heure actuelle, mais lorsqu’un jeune cinéaste n’hésite pas à citer Scorsese dans son film, on se dit que garder un œil sur lui pourrait être une bonne idée.

 

Shield of Straw
de Takeshi Miike

Et voilà que Miike nous livre une nouvelle commande, adaptation d’un roman à succès déjà montrée à Cannes. Ce nouveau coup de poing du cinéaste culte s’articule autour d’une problématique morale exprimée au travers d’une intrigue mettant en scène un convoi de policiers d’élite escortant un criminel dont la tête a été mise à prix. A partir d’une idée casse-gueule, Miike parvient à tirer une observation sans œillères des dilemmes moraux qui habitent l’humain et son rapport à la mort, à l’éthique et à l’honneur, n’hésitant pas à raviver des valeurs anciennes et nationales qui ont tendance à disparaître dans notre société contemporaine. Ce bouclier de paille est donc un croisement fou entre western américain et film de chambara transposé de nos jours. Certes, le tout manque par moments de finesse dans l’écriture, et certains points sont trop insistants, mais le film du japonais a cet avantage de poser des questions hautement pertinentes et de proposer des pistes de réponse qui sont loin d’être définitives. Son récit est rendu haletant grâce à une alternance entre scènes d’action percutantes et tensions dramatiques repoussant des personnages variés dans leurs retranchements idéaux. Une épreuve mentale et émotionnelle dont on ne ressort pas indemne.

 

I Declare War
de Jason Lapeyre & Robert Wilson (2012)

Que le premier qui n’a jamais joué à la guerre durant son enfance me jette la première pierre. Pour les plus honnêtes d’entre vous, le pitch d’I Declare War tient presque du fantasme, ou comment des gamins s’affrontent dans les bois selon des règles très précises pour une lutte extrêmement sérieuse. Bien sûr, tout ça n’est pas réel, les mioches possédant des armes faites de bâtons en bois et autres joyeusetés dans le même genre, sauf qu’ils s’imaginent avec de vraies armes, ce que la mise en scène du film leur offre. Dans de telles conditions, la lutte entre les deux camps ne pouvait rester innocente, et le jeu va prendre un tournant particulier lorsque le mauvais joueur de la bande va péter un plomb et commencer à dicter ses propres règles…
Sur le papier, I Declare War tient de l’idée de court-métrage tant enfin de compte, le film se limite malgré lui à illustrer des gosses qui jouent aux soldats et basta.
Le cul entre deux chaises, le film semble vouloir rendre les choses plus dures mais garde constamment un pied en arrière en rappelant que tout ça n’est qu’un jeu d’enfants, malgré les saloperies qu’ils peuvent s’envoyer dans la tronche par moments. L’homme est un loup pour l’homme dès son plus jeune âge, mais pas trop non plus nous dit le film.
Quand on passe une heure et demie à gambader dans les bois pour ça, c’est sympathique mais sans doute un peu trop.

 

Original Gangstas
de Larry Cohen (1996)

Dernier film de Larry Cohen en tant que scénariste, Original Gangstas vient d’une initiative de Fred Williamson qui souhaitait voir les plus grandes stars de la blaxploitation remettre les pieds à l’étrier pour un ultime baroud d’honneur.
Situé dans la ville la plus violente des Etats-Unis, l’intrigue voit l’interprète de Black Caesar revenir sur les lieux de son enfance pour calmer la tension qui règne à cause des gangs. Très vite, il va être rejoint par les vieux de la vieille (Pam Grier, Jim Brown, Richard Roundtree) pour mener à bien son combat. Ayant par moments des airs de téléfilm, Original Gangstas vaut surtout pour son côté all stars qui ne parlera qu’aux férus du genre, le film jouant son capital sympathie entier sur ce point. On est loin du charme des précédentes œuvres funk de Cohen, la musique synthétique jurant avec l’atmosphère et le scénario étant vite douteux… Il faut préciser que la ville existe réellement et que les gangsters locaux se sont prêtés au jeu sur le tournage, instaurant une paix bienvenue. Là où ca devient un tantinet dérangeant, c’est que le film voit justement nos papis abandonner toute tentative de négociation pour finir par sortir les flingues et descendre dans la rue éradiquer toute la racaille de la ville froidement en essayant d’avoir l’air aussi cools qu’à la grande époque. Pour une œuvre qui cherche à dépeindre un contexte social difficile, c’est un rien déplacé, d’autant qu’une fois le tournage terminé et l’équipe repartie à Hollywood, la ville avait vu son taux de criminalité et de meurtres exploser à nouveau, obligeant l’armée à intervenir pour calmer la situation…
Quand la réalité dépasse l’exploitation, Original Gangstas fait un peu pitié à voir malgré son casting.

 

Frankenstein’s Army
de Richard Raaphorst (2013)

Si je vous parle d’une escouade de soldats bolcheviques qui tombent sur un régiment nazi, ca doit titiller n’importe quel amateur de la seconde guerre mondiale et de ces deux armées dont l’imagerie ne cesse de fasciner. Mais si en plus le régiment nazi n’est pas comme les autres et est constitué de monstres fabriqués de toute pièce par un docteur Frankenstein définitivement allumé du casque, ça tournera sûrement au fantasme pour beaucoup, et on les comprend. Sur ce pitch alléchant comme pas permis, Frankenstein’s Army se foire complètement par une exécution pachydermique dont la construction nous laisse encore pantois tant elle n’a aucun sens. D’abord, il faut préciser que le film est encore un found footage, justifié une fois n’est pas coutume n’importe comment avec qui plus est une caméra 16mm dont les changements de magasins et autres joyeusetés techniques tiennent vite de la prestidigitation. Ce n’est pas comme si on était venu voir un truc réaliste ceci dit, mais la mise en scène qu’implique le format a de quoi taper sur les nerfs avec ces éternelles ruptures d’image et autres caches misères. Tout ça ne serait pas très grave si le film envoyait la sauce, mais c’est bien là le problème : passé une bonne demi heure de vide en guise d’exposition, les premiers monstres arrivent pour foutre le bordel 5 minutes, avant de repartir pour 10 minutes de vide, 5 minutes de monstres, etc… Incapable de faire monter la tension, le film nous montre la chose de manière frontale d’un seul coup, avant de nous le retirer brutalement sans qu’on ait eu vraiment le temps d’en profiter. Et après nous avoir fait le coup deux trois fois, il finit par une conclusion sur explicative dans laquelle les bestiaux ne sont même plus là, alors même qu’on espérait le clou du spectacle pour la fin, tel un boss final de jeu vidéo.
C’est frustrant, d’autant que le design oscillant entre steam-punk et gore ravira les fans de naziporn et qu’il y avait moyen d’en faire quelque chose de singulièrement fun, mais entre sa caméra agitée dans tous les sens, ses deux pauvres effets gores et son récit interminable, Frankenstein’s Army nous offre peu par rapport au sacrifice qu’il impose au spectateur.

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