Cinquième jour à Neuchatel et la fatigue doit commencer doucement à se faire sentir alors qu’Arkaron et Jean-Victor enchainent les films à un rythme soutenu.

Le récap’ de cette journée pourrait être qualifié d’international puisqu’il y est question de la première réalisation du scénariste coréen de Murderer, du nouveau film de la réalisatrice américaine de Jennifer’s Body, d’une histoire se déroulant en Afrique du Sud ou encore de cinema bis allemand.

 

Office
Réalisé par Hong Won-chan

Première réalisation du talentueux scénariste des hits coréens Chaser et Murderer, cet Office est un slasher pantouflard qui enfonce si grand les portes ouvertes que la suspension d’incrédulité s’évapore après 20 minutes de film. La métaphore évidente de la pression sociale dont souffrent les employés dans le monde du travail sous-tend donc une intrigue ennuyeuse qui souffre de surcroît d’un interminable ventre mou entre deux scènes de slasher gentillettes. Sans parler de la révélation finale grillée à 500 lieues et très peu convaincante au niveau logique ou émotionnel.

 

Bridgend (2015)
Réalisé par Jeppe Ronde

C’est susceptible un adolescent. A tel point que ça peut vite devenir fragile et mystérieux à un point déraisonnable, comme dans le village où prend place Bridgend. Un flic et sa fille ado y débarquent, pour découvrir que les futurs adultes du coin se suicident progressivement. Le père va mener l’enquête, et sa progéniture va intégrer la bande… Avec Hannah Murray dans le rôle principal (la blonde dépressive de Skins, et la copine de Sam dans Game of Thrones), on ne peut pas dire que le réalisateur ait pris des risques pour la suite d’un film dont le contenu s’avère peu original. Partant d’un fait divers pour creuser le mal être adolescent, Jeppe Ronde témoigne comme tant d’autres avant lui d’une génération perdue qui s’enferme dans une logique destructrice, mais son œuvre manque de nuance pour être pleinement pertinente, et semble tourner en rond tant elle s’avère prévisible.
Le tout n’en reste pas moins très joliment fabriqué, mais sans surprise.

 

The Invitation (2015)
Réalisé par Karyn Kusama

Le nouveau film de la réalisatrice d’Aeon Flux ou de Jennifer’s Body, ça n’est pas forcément la chose la plus motivante qui soit. Et bien mal nous en a pris de juger hâtivement The Invitation, qui marque le retour à un cinéma indépendant pour Karyn Kusama. Une indépendance qui lui réussit, puisque ce thriller psychologique fait mouche. Invité par son ex-femme à un dîner de retrouvailles entre amis, le héros du film débarque à la soirée en étant sur la défensive, avec le sentiment que quelque chose ne tourne pas rond. En affrontant de plein fouet les conventions sociales les plus universelles, le film parvient à toucher la corde sensible et à jouer sur une ambiguïté de tous les instants, rendant le tout assez imprévisible et réellement crédible. Il parvient par la même occasion à rendre son scénario cohérent de bout en bout malgré une conclusion plus classique, et s’impose comme un essai réussi, écrit avec une rigueur implacable qui risque de semer le trouble chez beaucoup, pour leur plus grand plaisir…

 

Hard to Get (2014)
Réalisé par Zee Ntuli

Un an après iNumber Number, le festival persiste à représenter l’émergence d’un nouveau cinéma populaire en Afrique du Sud. Et c’est pas nous qui allons-nous en plaindre, puisque ce Hard to Get possédait bien des qualités, d’autant que c’est un premier film.
Sorte de Bonnie & Clyde moderne dans les rues de Johannesburg, le long métrage profite d’un duo de comédiens d’un naturel déconcertant, et offre une histoire d’amour semée d’embûches des plus efficaces, avec une photographie très colorée qui caresse la rétine tout du long.
Même si la structure laisse place en priorité à l’aspect romantique moderne, ce qui empêche le film d’assumer pleinement sa partie action, Hard to Get est un divertissement bourré d’envie et d’énergie, qui laisse à penser que son réalisateur Zee Ntuli est un nom à suivre.

 

Greta, Haus ohne Männer
Réalisé par Jess Franco

Pour ceux qui connaîtraient un peu cette série de films de sexploitation, il suffirait de dire que Greta atteint un paroxysme de complaisance inédit dans lequel des jeunes femmes sont réduites à l’état d’objets scientifiques et sexuels aux mains de l’inimitable dominatrice. Pour les autres, précisons simplement qu’il s’agit là d’un des films plus outrageusement généreux avec son public : lesbiannisme continu, S&M, torture, scatophilie ou enfin cannibalisme, le crescendo narratif nous entraîne dans une spirale hypnotisante promettant de vous offrir une expérience transcendantale.

 

Spermula
Réalisé par Charles Matton

Vendu comme un film d’exploitation purement bis, Spermula est en réalité un objet érotique expérimental, flirtant tout aussi bien avec l’héritage de SF français qu’avec la Nouvelle Vague. Cherchant à explorer la sexualité et sa place pour l’individu et la société dans un monde post-mai 68, Spermula se caractérise par une narration compliquée voire confuse, forçant le spectateur à rester intellectuellement actif lors du visionnage, en dépit des nombreuses scènes érotiques et quelques plans hardcore. Sans doute le film de cette catégorie le plus abouti visuellement pour l’époque, Spermula renferme des passages sexuels aux frontières du lyrisme et de l’onirisme. Dans sa quête de l’équilibre entre excitation sensuelle et titillement cérébral, cette rareté des années 1970 s’impose finalement comme une découverte fascinante.

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