Ça y est. C’est terminé. Clint Eastwood a reçu le prix Lumière samedi soir et s’en est allé le lendemain, laissant les cinéphiles de Lyon et d’ailleurs désireux de revenir l’année prochaine pour la deuxième édition de ce festival qui, au vue des salles combles à chaque séance, eut du succès.

Pour cette dernière journée, mon programme était plutôt léger, sachant que je ne fut hélas pas en mesure de me rendre à la cérémonie de clôture. Tant pis, après tout, on avait déjà vu Le Bon, la Brute et le Truand (jamais sur grand écran, certes…). En lieu et place de ce film mythique, je décidai donc d’assister au seul type de séance que j’avais jusque là évité: un film de Shin Sang-Ok, réalisateur coréen qui œuvra pendant une très grande partie du XXe siècle. Mon ultime séance à l’Institut Lumière fut ainsi L’Arbre Éternellement Vert (1961), film dont j’éclipserai le titre original coréen, étant bien incapable en ce domaine. Longue fresque intimiste et pessimiste, ce film nous fait plonger dans la misère de la paysannerie coréenne. Deux jeunes étudiants, un garçon et une fille, décident d’abandonner leurs études et de retourner à la campagne aider leurs familles respectives. La jeune femme aura pour projet de transmettre son savoir aux nouvelles générations d’un village extrêmement pauvre, tandis que son ami aidera entre autres à l’irrigation des cultures communales.
Les thèmes d’altruisme, de savoir, de pauvreté matérielle opposée à la richesse intellectuelle sont très appuyés. Ce n’est pas un mal puisque le scénario, bien que s’embarrassant parfois de problèmes qui n’en sont pas, se révèle sincère, tout comme la prestation des acteurs. Bien sûr certains trouveront que le film tire trop sur la corde des bons sentiments, ce qui n’est pas totalement faux, cependant la place accordée à l’histoire d’amour est moins importante que la description factuelle d’une triste réalité. Sur le fond donc, je n’ai pas grand chose à redire si ce n’est une légère complainte sur la longueur du métrage, aisément amputable d’excroissances scénaristiques qui alourdissent le récit. Sur la forme ne revanche, la réalisation oscille entre l’inspiré, l’honnête et la boucherie. Si certains plans peuvent paraître recherchés (quoiqu’un peu vieillis aujourd’hui), l’immense majorité baigne dans la plus grande des banalités. Le montage est le moment où intervient le couteau de boucher: coupes erratiques et illogiques, précipitées ou peu pensées. La succession des scènes est, selon moi, mal articulée, ce qui rend la narration plus difficile à supporter.
J’avoue sans honte avoir versé ma petite larme à la fin (ça ne sera pas la dernière de la journée), mais que voulez-vous, je suis sensible aux bons sentiments. Quoiqu’il en soit, je pense que c’est un film à voir à l’occasion, si vous décidez d’explorer la filmographie de Shin Sang-Ok.

Le dernier film de ce festival en ce qui me concerne fut Breezy (1973), un étonnant film réalisé (mais pas écrit) par Clint Eastwood. Breezy, c’est une jeune hippie qui se cherche et qui va trouver Frank, un quinquagénaire fatigué de la vie de couple et un peu morose. Je vous entends d’ici me crier que c’est encore une histoire d’amour. Oui. C’est encore une histoire d’amour, mais ne rejetons pas notre humanité car après tout, l’amour est sans doute une des abstractions qui a le plus fasciné l’humain au fil des âges. Et Breezy, c’est un très beau film d’amour qui prend quelques libertés substantielles à défaut de prendre des libertés formelles comme le fait habituellement monsieur Eastwood. Ici, il nous propose surtout d’assister à la collision de deux mondes adversaires (mais pas ennemis) dans une société qui se fait bien trop arbitre de la vie des individus. Ancré dans l’esprit des années 1970, le film n’en abuse cependant pas et se concentre exclusivement sur les péripéties drôles et émouvantes de cette jeune femme en quête d’amour. Vous voulez qu’on vous rappelle pourquoi vous vivez? Regardez Breezy.

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