I’v got the feeling that it’s gonna be a wonderful day! Ainsi parlait Stan Smith, et sa maxime pourrait s’accorder avec la journée du vendredi 16 octobre au Festival Lumière de Lyon si je ne m’étais pas levé dans un brouillard total. Courage, me dis-je, cinq films sont aujourd’hui au programme pour combler tes lacunes culturelles.

Dès 9h30, les cinéphiles s’animent avec la projection de The Threat (1949), de Felix Feist, film en noir et blanc d’une très courte durée (1h06), réalisé dans la tradition du noir. Une fois de plus, Eddy Muller et son collègue son là pour commenter le film, et j’ai même eu la chance de discuter avec l’américain après la séance. Rapportant ses quelques paroles que j’ai bu sans soif, je retiens surtout du métrage sa violence importante pour l’époque (plusieurs meurtres explicites, une femme maltraitée), et sa construction narrative à première vue simpliste mais en réalité minimaliste et directe, qui fait avancer l’histoire à la manière des cartoons humoristiques des années 1940-1950. Une découverte intéressante en somme, même si la suite de la journée réserve encore moult surprises.

À 11h, l’Institut Lumière enchaîne avec Hell is for Heroes, film de guerre de Don Siegel de 1962. Légèrement déçu par Baby Face Nelson, L’Enfer est pour les Héros me convertit totalement à la réalisation de Siegel. Film de guerre certes, mais plus intimiste qu’épique, le métrage nous fait vivre quelques jours en compagnie d’un groupe de soldats obligés de tenir une position contre les forces allemandes. Doutes, désaccords, erreurs et héroïsme sont au rendez-vous dans ce film excellent, qui a d’ailleurs la bonne idée de nous priver de toute bande musicale lors du climax. Notons également la formidable interprétation de Steve McQueen. Fortement recommandé, le film existe en DVD.

Après avoir grignoter un bout, je me rends au Comoedia, où j’avais il y a deux jours rencontré mademoiselle Argento. Aujourd’hui aucun invité ne viendra présenter hélas, mais c’est une maigre peine lorsque je regarde mon programme. On commence alors à 14h par High Plains Drifter (L’homme des Hautes Plaines, 1973), de Clint Eastwood. Mon coup de cœur du festival jusque là car comme toujours, monsieur Eastwood offre une mise en scène d’une efficacité absolue dans plusieurs registres, le western flirtant parfois avec le mystique. La tension s’installe d’elle-même sans vraiment que le spectateur s’en rende compte, et soudain, la scène de flashback fait retentir des coup fouets d’une violence extrême, et met mal à l’aise tant son atmosphère semble s’emparer de la salle. Le cinéma est vraiment le lieu où les westerns prennent toute leur ampleur: les grands espaces arides, le souffle du vent dans les oreilles, le bruit des bottes et des armes à feu, tous ces éléments semblent grandis et amplifiés pour offrir un spectacle unique. Monsieur Eastwood (l’homme le plus classe du monde, rappelons-le) campe ici un personnage à la fois détestable et fascinant qui porte le film sur ses épaules: un regard, un sourire cynique ou un grognement suffisent à provoquer une réaction chez le public. Sans vouloir paraître pédant (j’aurais de toutes façons un sacré culot), ce film est à voir ou à revoir absolument. Concluons sur cette œuvre par une petite anecdote: alors que les gens s’installaient dans la salle, j’entendais deux hommes discuter derrière moi, et l’un dit: “J’ai un peu peur de voir un western conventionnel.” Je suis resté muet, cependant je n’ai pu m’empêcher de penser “Mec, tu vas voir un film de Clint Eastwood. Ça ne peut pas être conventionnel.”

Tandis que mon esprit a du mal à se remettre de cette magistrale leçon de cinéma, j’enchaîne presque sans pause par le légendaire Invasion of the Body-snatchers (L’invasion des Profanateurs de Sépultures, 1956), dont le titre français baigne allègrement dans le hors-sujet. Troisième film de Don Siegel que je vois, deuxième réussite à mes yeux, ce métrage fait bien sûr penser sur quelques détails aux films de zombies qui suivront, cependant son registre est bien plus science-fiction et suspens qu’horeur. J’avoue avoir sursauté une ou deux fois, mais je mets ça sur le dos du cinéma, ils mettent le son beaucoup trop fort. Alors que Baby Face Nelson manquait de rythme, Siegel a ici parfaitement géré sa narration, qui intrigue et berce le spectateur pour l’entraîner dans le cauchemar du héros. Certes, le film peut paraître désuet sur certains éléments, comme la relation amoureuse des héros qui s’approchent avec des pincettes et nous livrent des scènes romantiques peu convaincantes, mais ce serait mentir que d’affirmer que le fil conducteur du scénario est inintéressant. Invasion of the Body-snatchers n’est pas un chef d’œuvre. C’est un film culte, et non sans raison. Je pense qu’il est à voir, ne serait-ce que pour ce délicieux goût de cocktail science-fictif et enquête un peu kitsch.

Une pause d’une heure me permet de reprendre mon souffle, quoique je sens bien que le cinquième film se doit d’être le dernier de la journée. White Hunter, Black Heart (Chasseur blanc, cœur noir, 1990) raconte l’histoire d’un réalisateur, John Wilson, qui marche sans honte sur le parquet ciré d’Hollywood avec ses rangers pleines de terre. La comparaison peut sembler étrange, mais c’est tout à fait ça. Encore une fois, ce film est à voir notamment pour la magnifique prestation de Clint Eastwood qui campe un artiste rebelle au bon fond nuancé et pour l’écriture de son script intelligent et réflectif. Les mimiques de Clint font rire, et ses répliques font mouche, tandis qu’il manie toujours aussi bien la caméra et n’hésite pas à tirer profit des magnifiques paysages africains qui accompagnent son récit.

Cette troisième journée de festival fut la plus remplie, et autant dire que j’apprécie de rentrer chez moi pour reposer mes yeux quelques heures. À demain, pour plus de Don Siegel et plus de Clint Eastwood.

N.B: j’ai l’air d’insister, mais regardez au moins L’Homme des Hautes Plaines.

2 commentaires

  • Sylvebarbe samedi 17 octobre 2009 15 h 43 min

    J’ai eu toujours du mal avec “L’homme des hautes plaines”, par contre le Siegel est très bon.

    “Chasseur blanc, coeur noir” raconte aussi surtout une partie du tournage de “African Queen” et Eastwood joue John Huston.

  • Arkaron dimanche 18 octobre 2009 0 h 02 min

    Oui, d’ailleurs The African Queen suivait mais je ne pouvais plus rester.

Ajoutez un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs marqués * sont obligatoires.