Il devrait être difficile de passer à coté la semaine prochaine et la concurrence s’annonce rude avec Albert Dupontel : le nouveau film de Jean-Pierre Jeunet au titre à rallonge sort sur les écrans et devrait même truster les salles Imax (aux dépends de Gravity).

Pour L’Extravagant Voyage du Jeune et Prodigieux T.S. Spivet, Jeunet retourne tourner aux Etats Unis 16 ans après Alien La Résurrection. Mais cette fois, pas de commande d’un studio mais une histoire qu’il a lui-même choisi d’adapter et pour laquelle il a fait tourner Helena Bonham Carter, Judy Davis et le jeune Kyle Catlett.

Et un résultat plutôt satisfaisant, qui nous permet d’ajouter Jeunet à la shortlist des réalisateurs maitrisant la 3D.

 

Il y a quatre ans, Jean-Pierre Jeunet signait Micmacs à Tire-Larigot, un film basé sur une histoire originale qu’il a lui-même écrit. Le film reprenait toutes les habitudes et gimmicks du réalisateur vues et revues depuis Amélie Poulain et finissait dans la caricature de ses propres œuvres. Filtre jaune, personnage caricaturaux, petites manies de chacun et bricolage dans tous les sens pour une histoire au fond bien peu inspirée et qui ne m’a pas laissé un grand souvenir.

C’est donc avec le sourire que je vous parle de son nouveau long-métrage, beaucoup, beaucoup, plus réussi que son précédent.

L’Extravagant Voyage du Jeune et Prodigieux T.S Spivet est à l’origine un romain sorti en 2009 et dont Jeunet s’est vite emparé, cherchant une histoire à adapter. On y suit les aventures du jeune T.S, un gamin surdoué, amateur de sciences et d’inventions, qui passe son temps à faire des expériences, des schémas et des notes. Il vit sa famille dans un ranch perdu au milieu du Montana. Sa soeur s’intéresse aux concours de beauté, sa mère étudie les insectes, son père est une sorte de cowboy moderne. T.S. a bien du mal à trouver sa place parmi eux, d’autant que son frère jumeau est décédé dans un accident. Alors quand il apprend que le Smithsonian Museum veut lui offrir un prix pour une invention, il décide de traverser les USA pour aller l’accepter et prononcer un discours de remerciement.

On pourrait croire raconté comme cela que le film va se focaliser sur la traversée des Etats Unis par un petit garçon. Il n’en est en fait rien puisque cet extravagant voyage est avant tout une histoire de famille. Le trajet en lui-même connaitra bien quelques rebondissements et personnages intéressants (donc Dominique Pinon, obligé) mais il se fera globalement de manière posée et sans risque. Jeunet va surtout s’intéresser à écrire (et décrire) ses personnages, avec leurs caractères tous très opposés et pourtant si unis quand il le faut. Avec Guillaume Laurant, son comparse scénariste, ils décrivent des personnages ayant des habitudes comme on en voit depuis Amélie mais sans tomber pour autant dans la caricature et la facilité. Et il faut bien reconnaitre un certain talent pour cela. Quel cinéaste prend le temps d’évoquer le chien familial et sa passion pour les seaux métalliques qu’il aime croquer ? Qui prend le temps de filmer un martin pêcheur avec une caméra sous marine ?

Bien que marqué par le décès d’un membre de la famille, le frère jumeau de T.S. qui apparait à plusieurs reprises comme un fantôme, le film est ampli de couleurs et de douceur. Jeunet prend un plaisir immense à filmer les Etats Unis et les grands et magnifiques espaces du Montana en particulier. Les plans sont superbes et la 3D incroyablement réussie, alternant entre profondeur de champs et quelques objets en direction du spectateur. Jeunet, rendant en passant un bref hommage au cinéma asiatique 3D des années 50, utilise de cette technique considérée aujourd’hui comme un gadget pour mettre en avant les différents dessins réalisés par T.S. En fait, le livre de Reif Larsen est un roman illustré de nombreux croquis et annoté par le personnage que Jeunet a intégré dans le film de cette façon.

On prend donc un réel plaisir à suivre la mignonne histoire de ce petit bonhomme, même si la fin est plombée par un dernier acte sorti d’un chapeau où T.S, tout auréolé de son prix, doit participer à une émission de télévision. Pendant ce passage, on bascule de l’histoire familiale à une dénonciation malvenue du système médiatique et des enfants stars. Un passage étrange, venu de nulle part et pas du tout à sa place.

La cote de Jean-Pierre Jeunet avait donc baissé au fil des années depuis mais devrait remonter en flèche tant L’Extravagant Voyage au titre à rallonge est un joli film, portés par de chouettes acteurs dont le jeune Kyle Catlett découvert aux cotés de Kevin Bacon dans la série The Following. Un film qui donne envie de partir au Montana, juste pour le plaisir de regarder la nature assis sur les marches d’un porche en bois.

 

L’Extravagant Voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet – Sortie le 16 octobre
Réalisé par Jean-Pierre Jeunet
Avec Helena Bonham Carter, Judy Davis, Callum Keith Rennie
T.S. Spivet, vit dans un ranch isolé du Montana avec ses parents, sa soeur Gracie et son frère Layton. Petit garçon surdoué et passionné de science, il a inventé la machine à mouvement perpétuel, ce qui lui vaut de recevoir le très prestigieux prix Baird du Musée Smithsonian de Washington. Sans rien dire à sa famille, il part, seul, chercher sa récompense et traverse les Etats-Unis sur un train de marchandises. Mais personne là-bas n’imagine que l’heureux lauréat n’a que dix ans et qu’il porte un bien lourd secret…

3 commentaires

  • Coolool vendredi 11 octobre 2013 15 h 26 min

    On pourrait en fait considérer que la 3D est utilisée de manière presque amusante quand elle apparaît, comme un gag ou une fin de sketch réussie, une grimace efficace de Jim Carrey derrière son Masque, quelque chose qui ajoute une petite fraîcheur, comme la couleur dans Jour de Fête quand elle apparaît “dessinée ou peinte” à certains endroits, sur un drapeau par exemple, alors que tout le reste est en noir et blanc.
    Cependant, la 3D, en ce qui me concerne, qu’elle soit utilisée à tort ou à raison, qu’elle ait été propulsée sur le devant de la scène grâce à Avatar ( depuis Titanic je ne reconnais plus le cinéma de James Cameron), tout cela reste surestimé, un artifice dont on peut se passer, un gadget, un intérêt bassement commercial.
    Il ne s’agit pas d’une nouvelle étape dans l’expression cinématographique comme l’apparition du son ou de la couleur à une époque, ou plus récemment d’effets spéciaux révolutionnaires tels que ceux de Terminator 2 en 1991 ou peut-être de Matrix en 1999, ou aujourd’hui de la performance capture ( et non de la motion capture) aujourd’hui: Golum dans le Seigneur des Anneaux, King Kong de Peter Jackson, Hulk dans Avengers, etc. Là on tient un réel progrès.
    La 3D, c’est également toute une projection avec une paire de lunettes “scotchée” pendant plus d’1h30 souvent en attendant qu’un effet se présente, l’intérêt du film ou de son histoire passe au second plan, et la place plus chère ( que la 3D soit réussie ou non).
    Alors que de grands réalisateurs (Jeunet en fait partie ou pas…j’hésite) comme Cameron ou Peter Jackson aient utilisé ce moyen d’expression aux effets faciles même si cela peut donner à de rares occasions des effets “impressionnants!” ou “drôle!” ( comme à la Géode ou au Futuroscope…), cela me navre. C’est un procédé qui n’évolue pas, qui ne sert même pas de tremplin, une étape intermédiaire, une transition, pour nous amener vers quelque chose de révolutionnaire, de vertigineux.

  • steffan45 vendredi 11 octobre 2013 17 h 59 min

    @Coolcool : Bien que j’ai apprécié la 3D dans “PINA” de Wim WENDERS et dans “L’ODYSSEE DE PI” de Lee, je tenais EXACTEMENT le même discours que toi… mais il y a un souffle, une douceur qui est réellement apportée par la 3D dans Spivet. Il serait dommage de passer à côté. Je trouve.

  • coolool vendredi 11 octobre 2013 21 h 00 min

    Je n’ai pas encore vu le film, et pour cause, mais justement mon premier paragraphe reflète un peu ce que j’ai compris concernant l’usage de la 3D dans ce film. Un peu de poésie, faisant partie de l’histoire. Je serais plutôt d’accord sur ce point effectivement. Cela dit, je regrette en général que la 3D fasse passer le reste au second plan. Quand j’ai vu Avatar en 3D, j’ai trouvé handicapant ce procédé, le fait de devoir supporter ces lunettes pendant toute la projection mais les soulevant de temps en temps pour voir par mes propres yeux l’écran, mais bien évidemment sans les lunettes cela n’était pas plus agréable.
    J’avais besoin d’être dans l’histoire pas dans la 3D.
    Je pense à la Guerre des Etoiles, la scène finale était largement assez impressionnante dans les couloirs de l’étoile de la mort, pas besoin d’effet relief ou 3D.

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