Trois films pour cette deuxième partie consacrée au Festival des Arcs. Trois titres courts et trois pays. On part donc cette fois pour la Norvège, l’Islande et la Hollande.

 

Disco (2019) de Jorunn Myklebust Syversen

Découverte dans le carton TV norvégien Skam, Josefine Frida Pettersen fait le saut vers le grand écran avec Disco, l’histoire d’une jeune danseuse qui alterne les compétitions de disco et une vie familiale ultra religieuse, puisqu’elle appartient à une communauté évangéliste gérée par son beau-père.

Vu comme ça, vous vous dites que le film va être cool avec un titre pareil, mais le « Disco » en question est une sorte d’électro house ultra rapide, proche de l’euro dance, autant dire un truc insipide sur lequel des adolescentes couvertes de paillettes se déhanchent à peu près n’importe comment.
Et si la promesse musicale s’écroule, c’est qu’elle n’est pas le sujet central du film, qui se concentre sur le mal-être de cette adolescente, mise sur le devant de la scène dans sa communauté religieuse, mais qui ne parvient pas à s’y épanouir sans parler d’un contexte familiale légèrement oppressant.
Elle a beau chanter que Jésus lui montrera la voie, rien n’y fait, et Disco étale une structure assez cyclique, entre sport, famille et culte, sans réussir à approfondir son sujet tant il reste en surface, le malaise restant finalement léger, et les actions de son héroïne quasi inexistantes pour s’en émanciper.

Plus concentré à filmer son actrice avec le regard dans le vide qu’autre chose, Disco peine à retranscrire ses troubles, et reste finalement très en surface de son sujet, sans changement brusque, sans scène choc, avec un encéphalogramme assez plat du début à la fin, comme s’il ne savait pas quoi faire de sa thématique une fois cette dernière présentée. Pas du tout disco en définitif…

 

Echo, de Runar Runarsson- Sortie le 1er janvier 2020

Composé de 56 plans fixes décrivant la vie en Islande durant les périodes de Noël, Echo est un projet surprenant, une œuvre de fiction où chaque image est issue d’un souvenir du réalisateur, plus précisément d’une observation qu’il a marqué dans un carnet qu’il tient depuis l’âge de 16 ans.

56 tableaux, méticuleusement composés, qui montrent aussi bien une voiture dans un tunnel de lavage que des SDF jouant à un jeu de société, une ferme en train de brûler, des échanges familiaux, la mer en furie sur un bateau de pêche ou la fouille d’une équipe de secours dans des paysages glacés.
Le but est de donner à ressentir le pouls de la société islandaise, mais aussi occidentale par extension, simplement par des mises en lumière de gestes et situations apriori anodines mais qui font en définitif le sel du quotidien, et de la vie en communauté.

Un projet d’autant plus surprenant qu’Echo est une fiction, où chaque plan est une mise en scène à quelques exceptions près (dont un accouchement). Le réalisateur se targue d’explorer la frontière entre fiction et documentaire justement par ce procédé qui se veut naturaliste en définitif, et pourtant il est difficile de ne pas voir l’écriture transparaître par moment. Si certains plans de quelques secondes sont là juste pour donner une ambiance, retransmettre une émotion, d’autres sont presque des petits courts-métrages rien qu’à eux, des scénettes avec un début, un milieu et une fin.
Certaines scènes se répondent au fil du montage, là où d’autres se suffisent à elles-mêmes, et les émotions explorées sont assez larges, certains passages durs ou poétiques rencontrant la comédie, et quelques moments absurdes qui rappelleraient presque le travail de Fabcaro en BD dans son analyse de l’ordinaire.

Quelque part, le projet global se rapproche dans une moindre mesure du travail de Godfrey Reggio sur Koyaanisqatsi ou Ron Fricke sur Baraka et Samsara : l’idée est de donner au spectateur un rôle omniscient, où la multiplication de fragments donne lieu à une fresque globale sur le monde.
L’échelle n’est évidemment pas la même, tout comme ici la parole remplace la musique, et le projet rencontre plusieurs limites tant les liens entre plusieurs passages sont très marqués, les intentions de cadre plutôt répétitives, et l’écriture loin d’être invisible. Disons que l’envie du réalisateur de donner à voir le monde avec recul et poésie se ressent dans la fabrication, et que ses intentions débordent parfois un peu trop du cadre pour que l’ensemble semble naturel de bout en bout.

Pourtant, il faut bien admettre qu’Echo vise juste çà et là, et se pose comme une proposition atypique assez aboutie.

 

Instinct (2019) de Halina Reijn

Après des années à incarner une sorcière dans Game of Thrones, l’actrice hollandaise Carice Van Houten comptait renouer avec le cinéma, si possible d’auteur et intimiste, loin d’une machine à grand spectacle.
Pour cela, elle s’est associée avec une autre comédienne, son amie Halina Reijn qui lui donnait la réplique dans Black Book, et elles ont lancé une boite de production dont Instinct est issue, Reijn étant aussi scénariste et derrière la caméra.

Inspiré de plusieurs faits réels, ce qui n’a rien de rassurant, Instinct suit une psychiatre qui travaille en prison et va faire face à un ancien délinquant sexuel s’apprêtant à bientôt acquitter sa peine.
Si ses collègues sont tout à fait optimistes le concernant, elle va vite être fascinée par l’homme, leur relation devenant de plus en plus obscure et incertaine…
Relation dominant/dominé, influence néfaste, obsession maladive ou syndrome de stockholm : vous pouvez y aller, à peu près tout ce qu’on peut imaginer sur un thriller psychologique et sexuel fait partie d’Instinct, qui a pourtant le mérite de ne jamais tomber dans l’explicite et la vulgarité, et tente de coller au plus près des tourments de cette femme qui perd pied petit à petit.
Son profil est d’ailleurs alourdi par des liens étranges avec sa mère, histoire d’appuyer son instabilité sociale, comme si le sujet principal du film ne suffisait pas à l’écriture pour que le tout soit crédible.

C’est un peu l’effet inverse qui se produit, mais l’interprétation du duo principal et leur drôle de jeu du chat et de la souris prennent le pas sur l’ensemble, et offrent quelques scènes sous tension, sans pour autant que le film sorte des sentiers battus qu’un tel pitch laisse entendre.

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