Episode V, l’Etrange Festival contre-attaque.

La fin se fait sentir. Plus que trois jours dont le célèbre Retour de Flamme, séance d’un film animée et accompagnée au piano par Serge Bromberg, mais aussi le film de clotûre que Jean-Victor a déjà vu à Neuchatel.

Et d’ici là, on évoque pour vous un polar, l’adaptation d’une bande dessinée par l’auteur en personne et … un film diffusé tardivement et interdit aux moins de dix huits pour scènes de sexe explicites. Oui, un porno mais qui se veut artistique et underground. A l’Etrange Festival, tout est permis !

 

 

Wasteland
de Rowan Athale (2012)
Harvey Denton est assis dans une salle d’interrogatoire, le visage en sang. Fort de nombreux témoignages visuels, l’inspecteur West n’a aucun doute sur l’implication d’Harvey dans un braquage raté et la tentative de meurtre de l’escroc local, Steven Roper. Niant les accusations en bloc, Harvey accepte de donner sa version des faits…

Les anglais ont la réputation d’être plutôt doués lorsqu’il s’agit de faire du film de genre, généralement à forte connotation sociale et avec une bonne dose de folkore made in Britain.
Wasteland, premier film de Rowan Athale, ne dérogera pas à la règle, puisque ce premier film et son histoire de braquage orchestré par 4 amis de banlieue promet un bel avenir à son réalisateur.
Mélange habile des genres, qui croise le polar au film de braquage en passant par la chronique sociétale, Wasteland possède certes quelques traits de scénario un peu facile ou tirés par les cheveux (comme souvent, le twist final se joue sur des éléments jamais montrés au spectateur auparavant…) mais la sympathie dégagée par les personnages et le dynamisme du récit font passer le tout comme une lettre à la poste. Un peu démago sur les bords il est vrai, le film assume pourtant le choix de miser sur l’humain pour faire avancer son récit et c’est ce qui nous fait passer sur des menus défauts tant en fin de compte, on est avec les personnages du début à la fin au-delà même de certaines situations déjà vues mille fois. Espérons que Rowan Athale continuera dans cette voie.

 

The Resurrection of a Bastard
de Guidio Van Driel (2013)
Trois récits convergents : l’histoire d’un fermier des Frises qui veut se venger, celle d’un criminel d’Amsterdam qui survit par miracle à un attentat et celle d’un immigré clandestin au futur incertain.

Auteur de la bande dessinée originale, Guidio Van Driel adapte lui-même son œuvre sur grand écran avec cette histoire de petit caïd de la pègre revenu miraculeusement d’une tentative d’assassinat qui va changer son comportement. Autour de cet être de malheur viendront se greffer d’autres personnages dont la vie a été chamboulée un moment ou un autre par l’odieux monsieur. Une quête de la rédemption qui délivre un peu vite ses cartes tant les thématiques clairement annoncées en note d’intention ne seront que peu traitées à travers un film qui peine sérieusement à décoller. Il y a là des choix de mise en scène intéressants, notamment un acte final de nuit qui tente de retranscrire assez curieusement un éclairage naturel mais il plane sur le film l’impression qu’il ne dépassera jamais le carcan de base de son projet, et que le tout peine sérieusement à décoller. On peut aussi dire que tout ça était d’un ennui poli.

 

The Widower
de Marcus Rogers (1999)
Milton Smythe refuse le décès de sa tendre épouse et entend toujours sa voix, comme hanté par son fantôme. Mais Milton a également l’impression d’être observé par quelque chose ou quelqu’un. Divagation mentale ? Pas sûr…

L’Etrange le désirait visiblement plus que tout et enfin, cette année, Jello Biafra a accepté l’invitation et présente une carte blanche annoncée comme résolument étrange. Tout ça tombe drôlement bien, et le film d’ouverture The Widower ne contredira pas ces plans avec son histoire d’homme gardant le cadavre de sa femme chez lui et continuant sa vie comme si elle était encore vivante. Forcément, ça finit par être vu, et la voisine du coin va se retrouver avec le pire duo de flics de l’histoire de la police pour résoudre l’enquête. Ça n’a pas l’air comme ça, mais oui The Widower est bien une comédie, sa durée de long-métrage reposant tout simplement sur l’incapacité totale des deux hommes de loi à faire les choses biens. Par exemple, pourquoi se presser chez la dite vieille qui vient d’appeler pour signaler le problème quand on peut manger des donuts tranquille ? Evidemment, lorsqu’ils se rendent enfin chez elle 2h plus tard, le voisin bizarre est parti. Tout repose sur l’absurdité totale de la situation, avec une série de galères bien lourdingues comme il faut (oh bah tiens, une panne d’essence quand ils prennent le bonhomme en filature…) et qui étire lamentablement 1h45 de film campé par des acteurs de seconde zone qui jouent la crétinerie au lieu de garder leur sérieux, le tout avec une fabrication des plus hasardeuses. Alors oui, c’est « bizarre », mais c’est surtout très Z et au bout d’un moment, difficile de ne pas voir cette avalanche de bêtise revendiquée de la mauvaise façon comme un délire entre potes (Jello Biafra joue dedans) qui perd de sa superbe pour peu qu’on ne fasse pas partie de la bande.

 

Nightdreams
de Francis Delia (1989)
Une jeune femme enfermée dans un hôpital psychiatrique explore ses fantasmes sous les yeux d’un médecin et d’une infirmière. Mais les plus fous ne sont pas ceux que l’on croit…

Ouvrant un hommage au cinéaste Stephen Sayadian présent pour l’évènement, Nightdreams faisait partie de ses séances absolument surréalistes qu’on ne voit nulle part ailleurs. Et pour cause, puisque Sayadian est un cinéaste issu du milieu pornographique et dont la réputation s’est construite sur la radicalité de ses œuvres, plus expérimentales qu’autre chose, qui jouent sur les tableaux improbables, les choix colorimétriques extrêmes, et un refus de donner dans la pratique sexuelle animale de bas étage. Du coup, oubliez les histoires de plombier et les éclairages cliniques, Nightdreams mettant en scène deux chercheurs qui observent une malade victime de rêves salaces.
Tout ça c’est bien beau, mais force est de constater rapidement qu’on a bien à faire à un porno, avec sodomie, fellation et autres cunnilingus en tout genre, au fil de tableaux dont la forme un peu plus travaillée font le sel du cinéaste. Entre rite chamanique ou sexe décomplexé au paradis, Nightdreams multiplie les prétextes aux éternelles mêmes scènes de sexe, malgré des éclairages plus nuancés, travaillant notamment sur les ombres. C’est peu, mais ça constitue visiblement beaucoup pour le consommateur habituel, tandis que l’ambiance qui régnait dans le public était curieuse. On pouvait presque sentir la réflexion commune, pourquoi restions-nous assis alors que tout ça nous ennuyait profondément? Et pourtant, au milieu de cet oasis d’actrices enquillées par tous les orifices, le film nous offrit un moment surréaliste. Imaginez-vous dans une salle pleine à craquer, avec à l’écran une gourmande qui explique son amour pour une marque de crème en poudre, avant de faire une jolie fellation à un homme déguisé en emballage géant de la dite boite, tandis qu’un deuxième mec joue du saxophone à côté avec un costume de tranche de brioche. Pas de doute, on a bien atteint le point WTF suprême de l’Etrange Festival 2013.

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