Après 25 ans d’existence, l’éclectisme de l’Etrange Festival n’est plus à prouver. Et ce septième compte rendu en est un bel exemple puisque nous avons pu enchainer un film de genre inédit en France,  une histoire se déroulant au 19e siècle par le réalisateur d’A La Croisée des Mondes, la future série HBO, ainsi qu’un western des années 80 avec Gary Busey dans le rôle principal…

 

The Wretched (2019) de Brett Pierce et Drew T. Pierce

La séparation des parents, c’est rarement sympa, mais ça permet d’avoir deux maisons, et de passer des vacances chez l’un ou l’autre ! Ben, 17 ans, n’est pas vraiment ravi de passer l’été chez son pôpa qui s’occupe d’une marina et va faire bosser son fiston au passage. Un programme pour le moins plan-plan, avec quelques possibilités de plan drague pour égayer le tout. Mais c’était sans compter sur une créature mystérieuse qui rôde et provoque une attitude étrange chez certaines personnes, ce que seul le héros de The Wretched semble voir !

Si l’introduction donne à penser que nous sommes face à un film d’horreur bourrin et un peu gorasse type slasher fantastique, il n’en est rien. Prenant bougrement leur temps, les frères Pierce font mener l’enquête à leur héros, dans une sorte d’évolution des récits Amblin, ici ramené à deux lieux entre la marina et le voisinage. S’inspirant d’un folklore plutôt original, l’ensemble s’avère brouillon tant il disperse ses indices un peu n’importe comment, au point de faire passer l’une des révélations finales pour un coup de chapeau magique tant rien ne préparait vraiment le terrain pour le spectateur qui se retrouve devant le fait accompli.

Mis en scène sans éclat, le film retarde le plus possible l’affrontement avec son monstre qui offre pourtant deux trois idées visuelles assez saisissantes malgré un design peu inspiré, mais reste une sorte de Paranoiak (vous savez, le remake de Fenêtre sur cour pour ados !) qui aligne ses scènes de suspense imposées, avec Ben qui regarde ses voisins à travers la fenêtre et en parle de temps en temps avec sa nouvelle amie qui le croit mais pas trop. Ah, et il y a quelques passages de bullying par la bande de sportifs californiens entourés de bimbos, parce que l’adolescence ce n’est pas facile, et la relation père-fils est là pour donner un peu de chair à tout ça. En soit, The Wretched n’a rien de déplaisant, il est même honnête dans sa démarche. C’est juste qu’il aligne les poncifs de façon scolaire, piochant ça et là des éléments déjà vus ailleurs sans réussir à décoller.

 

La Vengeance Mexicaine (1982) de Fred Schepisi

L’Ouest s’est toujours écrit autour de légendes, dont la simple évocation des noms suffisait pour évoquer crainte et envie. C’est le cas de Barbarosa, un cowboy insaisissable qui laisse derrière lui une bonne pile de cadavres, et qui va tomber par hasard sur un jeune fermier en fuite suite à un meurtre accidentel. Les deux vont alors former un duo insolite, concentrant sur eux la haine de toute la région, et des envies de vengeances multiples.

Troisième film de l’australien Fred Schepisi, cette Vengeance Mexicaine était présenté à l’Etrange Festival dans la carte blanche offerte à Jean-Pierre Dionnet (Metal Hurlant, Mauvais Genre…) et s’avère être un western fortement tourné vers la comédie, reposant sur un principe très simple à appréhender : la violence appelle la violence. Dit comme ça, ça a l’air un peu morbide, sauf que la violence est toujours chargée en connerie, et cela se traduit par un défilé de gueules pas possibles n’ayant qu’un seul mot à la bouche (VENGEANCE !). Tout ce beau monde va croiser la route de notre paire de cowboys mal froqués, menée par un Willie Nelson au charisme immédiat, et donner lieu à une suite de situations assez coquaces et drôles, où les assassins haineux vident leurs chargeurs tellement vite qu’ils ne mettent pas une balle dans la cible, Barbarosa en l’occurrence, qui regarde consterner le spectacle se répéter avant de leur en mettre une dans le buffet.

Mettant en valeur les paysages du Texas avec une simplicité formelle qui n’a d’égale que son efficacité (le classicisme, ça a du bon), cette Vengeance Mexicaine tire donc son épingle de l’énorme botte de foin qu’est le western, et construit au passage une parabole assez belle sur ce qui construit les légendes, même si leurs fondations sont loufoques.

Classieux et savoureux, ce périple pas comme les autres au Far West ressort dans une très belle copie en DVD et Blu-Ray le 24 septembre chez Elephant Films, et ce serait dommage de se priver.

Jean-Pierre Dionnet

 

Adam’s Apples (2005) de Anders Thomas Jensen

En 2005, le réalisateur danois Anders Thomas Jensen marquait les esprits avec Adam’s Apples, une comédie ultra noire où un néo nazi tout juste sorti de taule se retrouve pour 3 mois dans une église tenue par un Mads Mikkelsen littéralement illuminé. C’est bien simple : le prêtre semble totalement déconnecté de la réalité tant sa foi inébranlable et sa tendance à tout pardonner lui font tordre les faits, lui qui vante par exemple la sobriété de longue date d’un des habitants des lieux, que l’on découvre 2 minutes plus tard en ivrogne accompli devant des bouteilles vides.
Le Adam du titre, le fameux néonazi, va alors tout faire pour faire voir la triste réalité à cet homme de foi, ce qui va provoquer une série de catastrophes et d’emmerdes bien salés…

Vous aimez l’humour noir ? Très très noir ? Ça tombe bien, Adam’s Apples en revend à la pelle, avec un sens du décalage d’une précision chirurgicale, ce qui lui permet d’en mettre plein la tronche à tout le monde, y compris les animaux, en creusant intelligemment la question de la perception dans la vie. Combien une vision du monde affecte son environnement est ici la thématique centrale, et elle est traitée de fond en comble, amenant d’ailleurs le film vers le drame avec une fluidité saisissante, et une émotion inattendue tant nos zygomatiques sont mis à rude épreuve pour peu que vous n’ayez pas la morale fragile. Sans jamais perdre de vue l’indécence de son récit, Jensen mettait les deux pieds dans le plat, rentrait dans le lard de sujets défendus (le point goldwin ? Trop facile !) et offre étonnement une parabole d’une sagesse, où la farce n’est finalement jamais gratuite et toujours justifiée.

Proposé dans le festival par le scénariste et réalisateur Vincent Ravalec, Adam’s Apples a été introduit comme un film capable de faire changer d’avis les croyants, mais aussi les athées. Le plus fou dans cette histoire, c’est que cette affirmation n’est pas loin d’être vraie…

Vincent Ravalec

 

La Terre des Oubliés (2019) de William McGregor

Jeune réalisateur ayant fait ses armes à la télévision sur The Missing, Misfits ou la prochaine adaptation d’A la croisée des Mondes, William McGregor signe ici son premier film intitulé Gwen en version originale.

Gwen, c’est une jeune femme vivant au 19ème siècle avec sa mère et sa sœur au fin fond du pays de Galles, dans une ferme isolée en pleine nature, loin des affres de la révolution industrielle. Mais ce havre de paix va être perturbé par une présence invisible, qui va vite transformer leur vie en cauchemar.

Rappelant The Witch par son décor et la période traitée, La Terre des Oubliés arrête la comparaison là tant son dispositif de mise en scène est différent, usant du scope pour isoler les personnages dans les vastes plaines et montagnes rocheuses qui les entourent, un décor aussi majestueux qu’inquiétant par la sensation de solitude extrême qu’il procure.

McGregor l’a bien compris, et mise tout sur l’isolement face à la nature, le film réduisant la musique à de très rares passages, et construisant l’ambiance de son film autour des bruits de vent et de l’extérieur, dans une démarche totalement naturaliste, qui donne à ressentir le tempo de la vie à cette époque, et le calme apparent. Ces bruits de vent semblent d’ailleurs de plus en plus menaçants, comme les voix d’un autre monde soufflant sur l’héroïne pour la mettre en garde.
Sans trop en révéler, le film tient son mystère via cette tension sourde et filme la fin de l’innocence, quand l’enfance se mange de plein fouet la cruauté, dans un parallèle qui érige le tout comme un film ouvertement féministe, porté par une Eleanor Worthington-Cox dont la fragilité fait mouche à chaque instant. Par son minimalisme formel et son parti pris immersif qui demande de se laisser porter, ce ne sera sûrement pas facile pour la Terre des Oubliés de trouver un public large, même si quelques jump scares superflus viennent ponctuer le tout.

Ce qui est sûr, c’est que William McGregor n’a pas choisi la solution de facilité pour un premier long-métrage, mais il tient l’ensemble avec brio et se pose comme un nom à suivre.

William McGregor

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