L’Etrange Festival se termine ce dimanche 16 septembre. Mais c’est déjà (malheureusement) la fin pour nous. Les spectateurs du Forum des Images à Paris pourront voir des films déjà abordés ici-même : Upgrade, Luz et The Man With The Magic Box.

On termine donc cette série d’articles avec trois films très différents : un genre de “Visiteurs” venu du Kazakhstan, un film de procès et le fameux Mandy avec Nicolas Cage…

 

Realtors (2011) de Adilkhan Yerzhanov

A l’occasion de la sortie de La Tendre Indifférence du Monde le 24 octobre, déjà passé par un Certain Regard à Cannes cette année, l’Etrange Festival organise une rétrospective complète de l’œuvre de Adilkhan Yerzhanov, un cinéaste venu du Kazakhstan et qui s’est imposé en quelques années comme l’un des plus prolifiques de son pays. Et le bonhomme a fait du chemin comme le prouve son premier film Realtors sorti en 2011, où un gugus pas très malin va tenter de revendre les terres de ses grands-parents pour éponger des dettes, jusqu’au moment où lui et son bourreau se retrouvent catapulter dans le passé.

Les Visiteurs kazakhs donc, avec des personnages qui ressembleraient presque à Jean Reno et Christian Clavier, le héros étant un petit rigolo lâche avec un colosse en acolyte.
Face à une tribu qui leur voudra la peau, les héros vont devoir se démener comme ils peuvent pour sortir de cet enfer dans une comédie énergique qui fait tout ce qu’elle peut pour contre balancer son manque de moyens flagrant. Comprenez qu’on est face à une production fauchée dans un pays ayant une infrastructure audiovisuelle ultra modeste ! Trois bouts de ficelle dans 3 champs en guise de décor, ça peut quand même faire un film, avec un réalisateur qui abusait du jump cut à tort et à travers, faisant ses gammes et apprenant de ses erreurs sous l’œil du spectateur, tout en déployant une fantaisie et un humour assez délurés. Il y a même le début des revendications du cinéaste, qui prône le respect des traditions et le refus de tout céder à l’argent, la corruption allant devenir l’une des thématiques les plus récurrentes de sa carrière par la suite.

Une œuvre bien curieuse donc, pas toujours facile à regarder par son caractère encore amateur et approximatif, mais qui augurait déjà un caractère bien trempé.

 

Dukun (2018) de Dain Said

En 2016, Dain Said présentait à l’Etrange Festival son petit dernier Interchange. Deux ans après, voilà qu’il débarque avec son nouveau film tourné en 2006 !
12 ans d’interdiction par les autorités malaisiennes auront ainsi retardé la sortie de Dukun, film de procès sur une femme accusée de meurtre lors d’un rite de magie noire…

Et si on était méchant, on pourrait presque dire qu’on comprend le retard, tant la chose accuse du retard à tout niveau. Avec la classe d’un téléfilm bas de gamme, Dukun étale son intrigue à tiroirs en écumant les séquences de sorcellerie cheap, avec un sens du kitsch et du surjeu qui laisse parfois pantois. Auréolé d’une bande son orchestrale entièrement faite sur un synthétiseur 20 ans d’âge, le tout étire son intrigue à tout va et assomme le spectateur par les rouages éculés de son scénario, ses effets chocs en réalité plutôt tocs, et ne parvient jamais à rendre son récit crédible.

 

Mandy (2018) de Panos Cosmatos

Bon nombre de spectateurs de l’Etrange Festival présent en 2011 se souviennent sûrement de Beyond the Black Rainbow, tentative de SF hallucinée qui cachait derrière ses plans sur-esthétisés un vide abyssal. Le responsable s’appelait Panos Cosmatos, et il est de retour en fanfare avec Mandy, déjà passé par bien des festivals et présenté comme un revenge movie haut perché.

Forcément, avec Nicolas Cage en mari dépossédé de son amour qui va revenir high as fuck pour se venger, il y avait de quoi se réjouir.
Et bien calmez vos ardeurs, car c’est bien le réal de Beyond the Black Rainbow derrière la caméra !
Comprenez par-là que la première heure de Mandy est limite un remake du précédent film, où chaque plan est noyé dans une couleur criarde et dure des plombes avec une musique assommante parce que c’est soit disant comme ça qu’on propose une expérience radicale.
Le pire étant les scènes de dialogues, où des personnages filmés en gros plan débitent des inepties à tout va, semblant jouer le concours de celui qui arrivera à sortir la logorrhée pseudo méta/philosophique la plus incompréhensible qui soit. Personne ne semble rien comprendre à ce qui se passe de toute façon, et même une scène d’échange entre les deux tourtereaux encore bien au chaud dans leur lit prend des plombes juste pour le plaisir de.
Quand ce tunnel masturbatoire d’une heure (!) voit la lumière arriver, le film se transforme soudain en série B quelque peu bourrine, où Nicolas Cage grille une durite en slip dans une salle de bain pendant 5 minutes avant de péter la gueule aux méchants sur du riff d’heavy metal.

Ça se regarde toujours méchamment le nombril, Panos ne ralentissant pas la cadence sur les plans interminables bourré de symbole (oulala, une église plongé dans le rouge de l’enfer !), mais il ose quelques écarts sanglants qui ne se refusent pas, et donnent dans la surenchère grand guignolesque loin d’être poussée à son paroxysme, mais qui permet de souffler après le triturage d’égo de la première partie. Cela reste une bien maigre consolation après le calvaire de la première heure, mais ce n’est pas la première fois, ni la dernière, que Nicolas Cage nous pousse dans nos pires travers.

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