Et si on partait pour le Moyen Âge ? D’un coté, un film français orienté action et avec Pascal Greggory dont la sortie est prévue prochainement sur nos écrans et de l’autre un long métrage à ambiance d’origine russe. En bonus, un bond dans le temps en 1965 avec la reprise de L’Obsédé, de William Wyler avec l’immense Terrence Stamp.

 

Ni Dieux Ni Maîtres, de Éric Cherrière – Sortie en 2020

Dans le genre pari totalement fou, Ni Dieux Ni Maîtres se pose là.
Jugez plutôt : c’est un film français se déroulant en 1215, où un village sous le coup d’un seigneur tyrannique va décider de se rebeller contre lui en envoyant un groupe d’hommes pour sauver une jeune femme enlevée. Et si les défis de reconstitution de l’époque et de revenge movie ne suffisaient pas, le film entend offrir des scènes d’action modernes, avec des arts martiaux et des combats frénétiques, se revendiquant des dernières tendances en la matière (qui a dit The Raid ?).

Alors tout ça, sur le papier, c’est beau, ça fait envie, c’est encourageant. Sauf qu’une fois devant le résultat, il faut s’accrocher un minimum pour garder autant d’enthousiasme face à une production qui a bien du mal à cacher son amateurisme latent.

Incapable de mettre en valeur ses rares décors, Éric Cherrière peine surtout à donner chair à son scénario, qui croule sous les dialogues fonctions, récités par des comédiens fébriles, y compris Pascal Greggory qui continue de nous étonner par son absence de justesse. Il faut voir les sous intrigues mises en place, entre le gang très méchant de l’antagoniste, dont les sous fifres servent de montures pour faire la course avec la demoiselle en détresse qui croit sincèrement deux secondes qu’elle va gagner devant ce qui est évidemment un coup monté, ou les ragots du village qui se déroulent tous dans une auberge… et puis c’est tout. Alors si, dans leur périple digne d’un actionner tout cheapos, nos valeureux guerriers improvisés vont tomber sur un gang pour offrir une scène de baston toute trouvée sauf que formellement, bonsoir…

Le découpage est hasardeux avec des cadres souvent trop serrés, le tout torpillé par un montage à tendance épileptique, qui n’hésite d’ailleurs pas à repasser la même action plusieurs fois sous des angles différents. L’effet tombe totalement à l’eau, et on galère à comprendre sincèrement quoi que ce soit, surtout quand les combattants sont tous habillés pareils, ce qui aide évidemment pour savoir qui tape qui.

Entre ça et une charpente narrative posée là sans qu’on ait pensé à construire la maison autour, Ni Dieux Ni Maîtres fait d’autant plus peine à voir qu’on trouve ça et là quelques intentions de plans plutôt jolis. Et c’est indéniablement un film qui a tenté sa chance, malgré ses petits moyens et sa musique insupportable. Au final, on a la désagréable sensation de tirer sur l’ambulance tant il est clair que c’est un tout petit film, d’autant plus qu’on a envie de saluer l’essai tant on sait combien il est primordial que des tentatives comme ça existent en hexagone. Mais qu’à cela ne tienne, il faut aussi être honnête, et quand le résultat est aussi précaire et rugueux, difficile de le conseiller.

 

The Mute (2019) de Bartosz Konopka

Au milieu de l’océan en plein moyen âge, un prêtre se réveille sur une barque avec tous ses confrères assassinés. Rejoignant tant bien que mal l’île sur laquelle il est censé convertir la tribu locale et sauvage, il va rencontrer en arrivant sur les rives un homme étrange, proche de sa culture, avec qui il va entreprendre cette quête semée d’embûches.

Dès les premières secondes, le réalisateur Bartosz Konopka pose le ton avec son personnage principal qui questionne sa religion en voix-off. Ce périple mystique va suivre un choc des cultures et observer les rapports de force et d’influences qui agiteront les deux camps et la foi de cet évangéliste, déterminé dans sa mission, du moins jusqu’à ce qu’il se retrouve face à la réalité des choses, et au concret. Filmé dans assez peu de décors mais profitant de paysages forestiers superbes, The Mute joue de son échelle réduite par une photographie hautement contrastée et peu saturée, qui isole les silhouettes dans l’horizon ou se met au plus près de visage pour sonder leur rapport au monde et aux autres.

Absolument superbe, cette odyssée intérieure, où chacun est en proie à ses démons et à la peur de l’autre, frappe par l’ampleur de sa mise en scène, qui transcende totalement le dispositif narratif relativement réduit du film pour faire ressentir ses enjeux le plus viscéralement possible. L’atmosphère est donc pesante, angoissée, et pourtant chargée d’humanité, même si cette dernière est loin de se montrer sous son meilleur jour, tout comme la religion chrétienne, qui ne cesse d’en prendre pour son grade à l’Etrange Festival.

Pour l’heure, on espère réentendre vite parler de The Mute, tant certaines images frappent la rétine au fer rouge, le film tenant son récit d’une main assurée, avec laquelle on plonge petit à petit dans les méandres des croyances et illusions humaines. Ce n’est pas toujours beau à voir, mais assurément puissant.

 

L’Obsédé (1965) de William Wyler

Un homme timide et complexé est fasciné par une femme vivant dans sa ville. Tellement fasciné qu’il va échafauder un plan pour la kidnapper et la séquestrer, la gardant le temps qu’il faut pour qu’elle tombe sous ses charmes… 6 ans après Ben Hur, William Wyler se lâchait dans ce petit film bien vicelard qui prend un malin plaisir à retourner toutes les attentes du spectateur en mettant en scène un stalker chic et étrangement intentionné, qui ne veut surtout pas lever la main sur la demoiselle ou porter atteinte à son intimité corporelle, la traitant comme une invitée dans une demeure anglaise superbe, où la belle peut demander ce qu’elle veut tant que ça reste entre les murs.

En tordant un schéma très classique, Wyler et ses scénaristes revisitaient le syndrome de Stockholm à leur façon, avec un jeune Terrence Stamp saisissant de classe et de retenue. Ce qui frappe en revoyant un tel film aujourd’hui, c’est la simplicité de son découpage, qui va toujours à l’essentiel dans une grande épure qui laisse le champ libre aux comédiens, relevé par la musique très présente de Maurice Jarre qui souligne chaque émotion et variation de ton, en étant à la limite du Mickey Mousing tout en faisant preuve d’une efficacité bien réelle. La captive jouée par Samantha Eggar va se prendre comme elle peut à ce jeu trouble du chat et de la souris, qui ferait sûrement grimper au plafond tous les social justice warriors et les consciences « woke » s’il sortait aujourd’hui, tant « The Collector » dans son titre original fascine à créer une forme d’empathie pour un être coupable d’un crime véritable, quand il ne laisse pas pantois dans son rapport de force assez unique en son genre, et toujours aussi captivant plus de 50 ans après sa sortie.

Si ça vous intéresse de sonder une certaine forme de perversité, et de maladie mentale en l’occurrence, le film avait eu le droit à un dvd chez Wild Side.

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