L’Étrange Festival a une tradition : chaque samedi soir, une nuit thématique est organisée. Elle commence à minuit et se termine au petit matin, à l’heure des premiers métros. Et il faut être courageux quand on a enchainé des films en journée pour s’attaquer à une série de films souvent obscures, bis, ou réservés aux adultes. La première nuit de cette cuvée 2013 était thématisée “bad girls” avec notamment un film de Jonathan Demme et une réalisation signée Koichi Sakamoto, metteur en scène de la majorité des séries “sentaï” actuelles.

Mais nous avons également vu des choses aussi diverses que le Voyage Fantastique de Sinbad ou le film d’animation d’animation japonais Blood C. Etaient aussi à notre programme The Agent en séance de rattrapage pour lequel vous pouvez revoir l’Emission qui lui est consacré ainsi que l’excellente comédie d’Albert Dupontel, Neuf Mois Ferme, sur laquelle Jean-Victor reviendra bien plus longuement d’ici à sa sortie en salles…

Blood C, The Last Dark
de Naoyoshi Shiotani (2012)
Tokyo, de nos jours. Saya, l’une des vampires les plus dangereuses de son espèce, ayant subi un lavage de cerveau, veut se venger de Fumito Nanahara, responsable de son malheur. Elle tombe sur un groupe de jeunes hackers activistes cherchant à contrer les plans d’une puissante organisation secrète, dirigée par son bourreau…

Souvenez-vous. En 2000, le studio d’animation I.G lachait une petite bombe : Blood. 50 minutes d’action pendant lesquelles une jeune vampire habillée en lycéenne et munie d’un katana découpait des monstres dans une base militaire. Le film était voulu comme une démo technique et s’est révélé absolument excellent. Depuis, la franchise a été déclinée en deux séries (et un film live qu’on préfère oublier).
Blood C The Last Dark est donc le long métrage qui conclut la deuxième série. Mais ne vous attendez pas à voir quelque chose dans la lignée du film original. The Last Dark est molasson, bavard et les quelques scènes d’actions qui viennent ponctuer le récit ne sauvent pas le spectateur de l’ennui. La bonne nouvelle, c’est que la réalisation de Naoyoshi Shiotani est parfaitement stand alone, peut se voir sans connaitre la série. La mauvaise, c’est qu’elle n’a pas grand intérêt.

 

Le Voyage Fantastique de Sinbad
de Gordon Hessler (1973)
Sinbad et son équipage interceptent un homunculus transportant une tablette en or. Koura, créateur de l’homunculus et adepte de la magie, veut récupérer la tablette et se lance à la poursuite de Sinbad. Entretemps, Sinbad fait la rencontre du Vizir qui détient une autre partie de la carte d’or…

Présenté dans le cadre de l’hommage à Caroline Munro, le « Golden Voyage » de Sinbad fait office de film culte dans la carrière de l’actrice mais aussi dans celle du géant des effets spéciaux Ray Harryhausen. 2ème opus de la trilogie sur laquelle œuvrait fortement le maître, qui est aussi à la production et au scénario, ce film d’aventure permet de croiser de nouvelles créatures mythologiques en stop motion comme un griffon, un centaure cyclope ou encore une statue indienne à 6 bras et autant d’épées. Ajoutez à cela la musique évocatrice de Miklos Rozsa et le charme opère toujours, les nombreux enfants présents dans la salle étant là pour témoigner du sens de la quête toujours intacte procuré par le film malgré quelques longueurs et facilités scénaristiques. C’est coloré, généreux et hautement recommandable pour tout les amoureux d’histoires riches en légendes et en rebondissements.

 

Dr Jekyll & Sister Hyde
de Roy Ward Baker (1971)
Cherchant à percer le secret de l’immortalité, le jeune et séduisant Dr Jekyll multiplie les assassinats de prostituées. Après une série d’expériences infructueuses, il crée un élixir qui le transforme en la sculpturale et venimeuse Mrs Hyde. Satisfaite de sa nouvelle vie et des exactions qu’elle commet dans les bas-fonds de Whitechapel, son double décide de se rebeller contre son géniteur.

Au début des années 70, le mythique studio de la Hammer était en perte de vitesse et trouva alors comme solution d’insuffler plus de violence et d’érotisme à ses œuvres pour garder la forme. Dr Jekyll & Sister Hyde est un bel exemple de cette politique, et malgré un titre évocateur, le film est étrangement très sérieux, et repose sur de belles idées. Se déroulant dans un Londres victorien dont les rues sombres sont parfaites pour des meurtres façon Jack l’Eventreur, cette version de Dr Jekyll voit le héros devenir une femme fatale lorsqu’il absorbe sa potion censée être un élixir de vie. Chacune de ses facettes va avoir une conquête, et le combat entre l’homme et la femme va aller en grandissant, la facette féminine prenant de plus en plus de pouvoir sur le corps. Un duel organique rappelant David Cronenberg à ses premiers amours même si la transformation n’est jamais montrée frontalement, tandis que la reconstitution soignée et le casting (dont une Martine Beswick vampirique à souhait) transforment cette idée saugrenue en une bonne surprise.

 

009-1 The End of the Beginning
de Koichi Sakamoto (2013)
Le monde est divisé en deux factions : le bloc de l’Ouest et le bloc de l’Est. Alors que la guerre froide se prolonge, la tension entre les deux factions, ainsi que le nombre d’armes nucléaires dont elles disposent, augmentent. Mylene, cyborg agent secret du bloc occidental, en mission d’infiltration, découvre le secret de ses origines.

Pour débuter la nuit Bad Girls, l’Etrange Festival a été cherché le premier film de Koichi Sakamoto. Ce nom ne vous dit sûrement rien, mais si vous avez grandi dans les années 90, vous avez peut être déjà vu des travaux du bonhomme puisqu’il a officié en tant que cascadeur, production et réalisateur sur la série des Power Rangers !
Et il passe maintenant par la case long métrage, en adaptant un manga dans lequel le monde ne s’est pas remis de la guerre froide puisqu’il est divisé en deux blocs. Entre nous, le contexte géopolitique de tout ça n’a aucune utilité puisqu’il est un prétexte pour mettre en scène une superbe agent secret cyborg qui se castagne à tout va dans sa tenue rouge moulante. A vrai dire, c’est la grosse attraction du film, qui s’évertue à mettre en scène des combats en jeunes japonaises aux tenues affriolantes et aux pouvoirs surprenants, avec une fois de plus des seins mitraillettes ! La chose reste assez sage et pudique à l’image, le cuir moulant des tenues constituant le summum du sexy proposé par le film, et on ne peut que regretter d’assister à du sous-Sushi Typhoon. Contrairement aux productions du studio japonais taré telles que Helldriver ou Mutant Girls Squad, 009-1 limite l’hémoglobine à quelques effusions numériques très légères et se révèle bien trop calme pour être le vrai plaisir régressif auquel il aspire. Les habitués du genre s’ennuieront poliment, les autres ont mieux à découvrir avant.

 

A Gun for Jennifer
de Todd Morris (1996)
Jennifer, femme battue, tue son mari psychotique et s’enfuit à New York où un gang de filles lui met la main dessus. Elles lui trouvent un job de go-go girl, lui donnent un flingue et lui apprennent à s’en servir contre la gent masculine.

Produit et co-scénarisé par une ancienne go-go danceuse qui a tiré parti de son expérience, A Gun for Jennifer voit son héroïne (dont on vous laisse deviner le prénom) débarquer à New York et rejoindre un gang féministe faisant sa vendetta sur le moindre mâle qui agît de travers. Ce thriller noir et poisseux, porté par une girl power attitude légèrement violente, a l’intelligence d’être impartial et de ne jamais glorifier les actes barbares commis par le groupe au cœur du film quand bien même il répond à des gestes tous aussi répréhensibles. Descente aux enfers savamment orchestrée, le film pose les bonnes questions, soigne son ambiance et reste pertinent encore aujourd’hui. Et mine de rien, il faut bien avouer que voir des machos à fort complexe de supériorité se faire ruiner par des femmes en furie a quelque chose d’assez délectable.

 

Stray Cat Rock : Sex Hunter
de Yasuharu Hasebe (1970)
Tachikawa est devenue une ville anarchique : guerre des gangs, marché noir, alcool, drogue, toute l’économie locale repose sur la base américaine installée depuis la fin de la guerre. Des bandes rivales s’entraident ou s’entredéchirent, dont la fameuse Bande des Chattes sauvages, menée par la séduisante Mako.

Premier volet de la trilogie Stray Cat Rock, ce Boulevard des Chattes Sauvages constitue un vrai miracle de production dans le contexte du Japon des années 70, dans lequel la femme est considéré comme inférieure et ne devant surtout pas sortir de sa place au foyer. Avec son gang d’hommes tombant sur le premier inconnu approchant leurs demoiselles (alors que celles-ci ne sont pas forcément d’accord), le film exposait ouvertement les déséquilibres sociétaires et les dérives racistes du système, en plus d’une jeunesse perdue appelant à un remaniement des poncifs du pays. Passé ces strates de lecture en rapport à l’histoire du pays du soleil levant, le film peine tout de même a passionné avec ces filles qui veulent sortir avec des types qui se font tabassés par d’autres mecs, mais l’ambiance générale du film lui confère un caractère assez irrésistible, surtout pour sa musique rock locale très énergique qui a inspiré Tarantino les 5,6,7,8’s dans Kill Bill Volume 1.

 

Cinq Femmes à Abattre
de Jonathan Demme (1974)
Une poignée de détenues s’évade de la prison de haute sécurité de Connorville. Après avoir subtilisé leur butin à un gang de voleurs, elles reviennent sauver leurs camarades emprisonnées.

Dernier film de la nuit Bad Girls, « Caged Heat » aurait pu finir les festivités en beauté avec ses femmes rebelles en prison, d’autant qu’il s’agit du premier film de Jonathan Demme, un monsieur qui traumatisera le monde entier par la suite avec son Silence des Agneaux. Devant sa première œuvre, on se demande surtout si on a à faire au même homme tant le travail présenté s’avère plat sur tous les plans. Malgré une violence poussée, cette production Roger Corman est bien trop longue en plus d’avoir des personnages clichés, et le film sonne faux a plusieurs reprises tant il sent la péloche d’exploitation trop opportuniste pour être prise au sérieux.

 

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