L’Etrange Festival, c’est parti.

4 ans après la diffusion en ouverture du festival de Panique au Village, nous sommes de retour à l’Etrange avec un programme aussi riche que varié. Jean-Victor a en effet planifié une cinquantaine de films à lui tout seul sur les dix jours à venir, chose faisable quand on sait qu’à ‘heure où ces lignes sont publiées, il en a déjà vu près d’une quinzaine.
On commence don cette série de mini critiques avec notamment Wrong Cops, le nouveau film de Quentin Dupieux, un thriller indonésien ou encore le fameux Star Crash, sorte de Star Wars du pauvre sorti en 78 avec David Hasselhof.

Et ce n’est que le début.

 

Found
de Scott Schirmer (2012)
Marty a douze ans. Détesté par ses camarades de classe, il supporte le réel en trouvant refuge dans la BD et les films d’horreur qu’il consomme à longueur de journées. Lorsqu’il découvre une tête planquée dans le sac de son frère et comprend que ce dernier est un tueur en série, son monde s’écroule…
Commencer l’Etrange Festival par une œuvre questionnant le rapport du spectateur aux images ultra violentes des films d’horreur, ça semblait plutôt pertinent. Sauf que Found, qui montre un jeune garçon américain passionné du genre découvrant que son frère est un serial killer découpeur de tête, porte malheureusement les prémices d’une toute petite production au budget revendiqué de 10.000 dollars. Difficile de ne pas tiquer face à certaines images au rendu hasardeux et à l’amateurisme latent de l’entreprise, notamment chez ses acteurs. De plus, la volonté prononcée de choc graphique se voit limitée tant le réalisateur se complait dans une violence exacerbée et souvent tout aussi gratuite, d’autant que le héros du film et ses 12 ans d’âge suffisent à une certaine retenue sans pour autant que son malaise ne soit pas crédible à certains passages.
C’est d’ailleurs sur ce point que Found parvient à susciter l’intérêt, dans sa capacité à refléter l’injustice ressenti durant l’enfance sur des questions de violence et de bonne conduite, quand la solution de facilité nous est proscrite. Dommage que le scénario tombe dans les travers du pseudo film choc, l’ambiance sonore très travaillée aspirant à un visuel plus subtil.

 

Belenggu
de Upi Avianto (2012)
Elang se consume de solitude dans son appartement et gagne sa vie comme barman dans un nightclub. Sa routine est bouleversée lorsqu’un soir il rencontre Jingga, une mystérieuse jeune fille qui cache un lourd secret. Pendant ce temps, un tueur déguisé en lapin rôde dans le quartier, semant la paranoïa parmi les habitants.
Réalisé par une jeune indonésienne désireuse d’utiliser le fantastique dans un thriller halluciné, Belenggu suit le parcours d’un barman soumis à des hallucinations à base de tueur déguisé en lapin en plus d’une rencontre soudaine avec une femme mystérieuse…
Fortement influencé par les travaux de David Lynch, Belenggu fonctionne comme un film à twists utilisant les délires crescendo du héros pour brouiller les pistes avant de faire éclater la vérité au milieu du chaos de l’esprit. Le souci dans l’histoire, c’est que le schéma narratif est extrêmement manipulateur puisqu’il se permet de nous montrer quantité de choses fausses et tout bonnement impossibles dans l’exposition avant de faire éclater ces acquis telle une vulgaire bulle pour mieux nous assommer la vérité lors de son climax préparé au burin. Malgré une rigueur formelle certaine, Belenggu finit donc par énerver par l’inconsistance des procédés qu’il emploi et ressemble plus à une démonstration de force ratée qu’à un film bien construit.

 

StarCrash, le Choc des Etoiles
de Luigi Cozzi (1978)
Aux confins de l’univers, le maléfique comte Zarth Arn s’oppose à l’Empire et à son bienveillant empereur. Deux aventuriers, Stella Star et Akton, reçoivent la dangereuse mission de trouver sa base secrète…
Les Italiens ont eu durant des années une méthode un peu particulière pour produire des blockbusters locaux permettant de concurrencer les mastodontes américains : il les copiaient tels quels ! Ainsi le ras de marée Star Wars ne pouvait pas rester impuni sans avoir droit à sa version rital, j’ai nommé StarCrash, film devenu culte dans les rangs des amateurs de nanars et présenté à l’Etrange Festival 2013 dans le cadre de l’hommage rendu à Caroline Munro. Et malgré les moyens déployés à l’époque, avec un tournage aux quatre coins de l’Italie, des décors énormes construits dans les luxueux studios de CineCitta ou encore John Barry à la bande son (le papa du générique de James Bond), le résultat est un sommet de kitsch et de ridicule franchement réjouissant. Difficile de résister à une direction artistique aussi foireuse, reprenant comme elle peut celle du film de George Lucas en essayant de s’en cacher, tandis que les héros traversent une aventure sans queue ni tête et utilisant le plus de terme spatiaux à chacune de leurs actions pour avoir vraiment l’air d’être dans l’espace. La VF contient son lot de répliques cultes (J’ai des circuits affectifs et logiques : l’humour m’est inconnu !), Christopher Plummer se demande ce qu’il fout là, chaque scène rivalise de niaiserie, des amazones sortent de nulle part, certains raccords viennent de la quatrième dimension (traduction : ils n’ont aucun sens) et en guise de cerise sur le gâteau : David Hasselhoff fait péter la coupe moumoute pour mieux se battre au sabre laser ! Pour les amateurs de films has-been, c’est tout simplement culte !

 

Wrong Cops
de Quentin Dupieux (2013)
Los Angeles 2014. Duke, un flic pourri et mélomane, deale de l’herbe et terrorise les passants. Autour de lui, un chercheur de trésors ; un obsédé sexuel; une femme flic maître chanteur; un borgne difforme se rêvant star.
Désormais habitué de l’Etrange Festival, Quentin Dupieux est encore présent cette année après son court métrage Wrong Cops Chapter One l’an passé.
Et le court a muté en long, Wrong Cops prenant même certaines scènes du court métrage et étoffant l’univers de ce dernier en suivant plusieurs flics complètement à côté de leurs pompes sur le plan moral ou éthique. Semblant de moins en moins travailler ses films et les faire toujours plus à l’instinct, Dupieux signe sûrement là son œuvre la plus nombriliste, certains passages s’évertuant à montrer des personnages commentant la musique « géniale » qui passe (faite par le monsieur sous le pseudonyme Mr Oizo), tout comme on peut carrément voir des personnages captivés devant leur télé en ventant combien le film qu’ils regardent est bien. Le film n’étant autre que Rubber !
Pour le reste, on a le droit à une série de gags absurdes et décalés avec des flics beaufs ou à côté de leur pompes dont on se demande encore comment ils ont pu passer l’examen de police. Pas forcément désagréable mais en mode automatique, le film ne décolle que dans son dernier quart, pour une scène d’enterrement assez cocasse. Même si on ne doute pas une seconde que cette récré devait bien faire marrer Dupieux, on est bien face à son film le moins travaillé, la production à l’appareil photo ne s’étant jamais autant ressentie, et on espère que son prochain Reality avec Alain Chabat aura quelque chose de plus à raconter qu’une série d’anecdotes passablement prévisibles pour quiconque connaît la bête.

 

La Nuit des Alligators
de Peter Collinson (1967)
Dans un studio luxueux, Bruce et sa maîtresse Barbara abritent leurs amours clandestines. Surviennent deux faux employés du gaz, Tom et Dick. Bruce est ligoté, Barbara enivrée. La peur s’installe…
Présenté dans le cadre de l’hommage à Martine Beswick, La Nuit des Alligators est un home invasion movie montrant un couple volage soudain aux prises avec deux hommes s’invitant progressivement dans leur appartement…
Avec une atmosphère au cordeau et des comédiens excellents, cette adaptation d’une pièce de théâtre tire profit du matériau d’origine en se permettant des dialogues ou monologues très longs, le découpage se permettant des plans de plus de 5 minutes parfois pour garder les performances des acteurs intactes tout en resserrant drastiquement l’aspect claustro. Ne cédant jamais à une violence gratuite et préférant jouer sur le verbeux, le film se pose en vrai choc moral et psychologique, déjouant les codes du genre pour nous emmener sur un final terriblement ambigu et désenchanté, plaçant la victime face à ses démons intérieurs. Une pépite de plus déterrée par le festival, à voir absolument si l’occasion se présente.

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