Les festivals, c’est une chance de voir des films en avant-première, souvent autour d’une thématique, de faire des rencontres mais aussi des découvertes. Blackaria en est une : un film de genre français fait par une équipe vraiment passionnée et motivée.
Il sortira en DVD en octobre prochain…

Blackaria – Sortie en DVD en octobre 2010
Réalisé par François Gaillard et Christophe Robin
Avec Clara Vallet, Aurélie Godefroy, Anna Naigeon.
Angela découvre les mœurs libertines de sa voisine, Anna-Maria. Cette révélation tourne à l’obsession, et la fait progressivement dériver vers de macabres visions. Un soir, elle trouve son corps mutilé et récupère les fragments d’une boule de cristal aux pouvoirs divinatoires. Dès lors, futur et présent s’entremêlent, tandis que les meurtres continuent…

 

Il fut un temps où les salles obscures étaient souvent fréquentées par des jeunes femmes sensuelles, traquées par un mystérieux assassin armé d’une lame qui scintillait dans l’ombre. Sous une palette de couleurs primaires qui envahissaient la nuit possédée par une musique enivrante et malsaine, les meurtres prenaient une autre dimension: la mort n’avait jamais été aussi belle. C’était l’âge d’or du Giallo (*), mené par des maîtres tels que Dario Argento, Lucio Fulci, ou Mario Bava.

Si le genre n’a pas été oublié, sa popularité s’est dramatiquement atténuée depuis la fin des années 1980. Même Argento, pourtant piler du genre, ne lui a plus rendu ses lettres de noblesse depuis. Les années 2010 seraient-elles propices au retour de ce genre si particulier? La récente sortie du film Amer a frappé comme un coup de tonnerre dans le domaine du cinéma de genre. Quel rôle, alors, viendrait jouer Blackaria dans tout ça?

Précisons avant tout que Blackaria est un film auto-produit, aux moyens limités certes, mais jouissant d’une synergie de talents qui pallient, la plupart du temps, aux difficultés techniques. François Gaillard, instigateur du projet, se contente d’un univers restreint, limité, et c’est très bien: avec 1h10 de film, inutile d’étirer un scénario classique mais efficace. Cependant, l’écriture est probablement le point faible du métrage. Les dialogues, souvent, sonnent faux et font bien pâle figure à côté de la puissance des images. Le développement de l’intrigue est assez adroit pour créer une confusion chez le spectateur: un flou s’installe alors progressivement sur les rôles respectifs des protagonistes qui entament un jeu du chat et de la souris habilement mené mais, hélas, dénoué de manière artificielle par une explicitation finale peu satisfaisante. La force, la tourmente injectée au spectateur comme un élixir réparateur qui empli les veines et fait redécouvrir une sensation disparue depuis vingt ans des salles obscures se voit extirpée soudain et s’étiole sous l’effet d’un épilogue qui brise l’enchantement de par sa formalité, presque banale, qui laisse le spectateur sur sa faim. Un tel onirisme méritait meilleur traitement.

Les acteurs, eux, convainquent à moitié. Trop théâtraux, pas assez spontanés, ils manquent trop souvent le coche lorsqu’ils se retrouvent en situation de dialogue. L’onirisme est l’acteur principal du film. Si les quelques scènes purement fonctionnelles et utiles à l’avancement du scénario ne retiennent en rien l’attention, les réalisateurs font preuve d’une maîtrise irréprochable lors des scènes qui font tout l’intérêt du genre: les meurtres. Pièces esthétiques de toute beauté (le travail d’Anna Naigeon, directrice de la photographie, est fantastique) et instants d’envolées giallesques jouissives à souhait, les séquences d’assassinat mêlent ouvertement violence et sensualité. Si toutes ces scènes ont leur impact (dans la salle de bain, dans la ruelle), c’est la première scène de l’ascenseur qui fait l’effet d’une bombe tant le vocabulaire du Giallo est mis en avant. Chambre secrète de l’érotisme et point de rupture avec la réalité, l’ascenseur canalise la puissance charnelle du genre à travers le miroir. Face à cet écran matériel qu’on croyait infranchissable, Angela, comme le spectateur, peut toucher l’autre monde, entrer dans son intimité et ressentir la beauté de son acte de destruction.

Blackaria n’est pas une œuvre qui transcende son genre, le côté trop référentiel l’en empêche, et ce n’était de toute façon pas l’objectif. La pari consistait à faire une lettre d’amour au Giallo, et le pari est gagné: meurtres beaux et violents à la fois, esthétique chiadée, atmosphère sensuelle loin de toute vulgarité, musique entêtante typée Goblins. Les ingrédients sont là, la sauce prend indéniablement. François Gaillard, Christophe Robin et leur équipe viennent nous apporter l’espoir: il y a encore en Europe un bastion de jeunes cinéastes qui en veulent et qui donneront tout pour faire renaître les frissons giallesques d’antan.

Blackaria sortira en DVD en octobre 2010. Ses réalisateurs travaillent déjà sur leur prochain projet qui sera… un Giallo!

-Arkaron

(*) Le giallo est un genre de film d’exploitation, principalement italien, à la frontière entre le cinéma policier, le cinéma d’horreur, le fantastique et l’érotisme qui a connu son heure de gloire dans les années 1960 à 1980. Les réalisateurs phares du giallo sont Mario Bava et Dario Argento. Il emprunte son nom à celui donné en Italie au roman policier (Wikipedia)

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