Le mois de septembre ne rime pas qu’avec la fin des vacances, la rentrée scolaire ou des résolutions qu’on ne tiendra pas. Septembre rime surtout avec Etrange Festival !

Nous sommes de retour au Forum des Images pour découvrir des films de genre jusqu’au 16 septembre prochain, comme nous le faisons désormais depuis neuf ans ! Et on commence tout naturellement avec le film d’ouverture, Anna and the Apocalypse, dont la bande-annonce vient justement d’être mise en ligne sur Internet…

 

Anna and the Apocalypse (2017) de John McPhail

Des zombies, de la comédie musicale et des adolescents pour Noël, qui dit mieux ? Pas John McPhail en tout cas, qui débute sa carrière de cinéaste avec un programme pour le moins costaud et alléchant, en suivant une bande d’adolescents sur le point de quitter le lycée et confrontés aux doutes de l’âge… Jusqu’à ce que l’apocalypse débarque.
De quoi bien chambouler leurs problèmes existentiels et leur conception de l’avenir, même s’ils le font en chanson entre deux massacres de morts vivants improvisés.

Absolument canon sur le papier, le projet de Anna and the Apocalypse rencontre quelque peu les mêmes travers que ses personnages : tout ne se passe pas toujours comme prévu.
Dès sa première chanson, le film montre que ses bonnes intentions passent par une musique pop totalement générique avec des arrangements et une production d’une pauvreté assez dingue, tout semblant sortir d’un logiciel de composition premier prix. (Qui a dit Garage Band ?)
Si les paroles s’en sortent gentiment, le film suit cette logique discount sur sa mise en scène, souvent un peu pataude, figée et peinant sérieusement à rencontre le dynamisme vers lequel elle tend, ne pouvant cacher son tournage rapide et son manque de moyens.
Clairement, on est plus du côté de Glee, avec encore moins d’argent, que du musical ultra catchy dont vous retiendrez toutes les chansons, puisqu’ici il est difficile de repartir avec un air en tête.
Et le massacre de zombies alors ? Il est globalement de la même école, avec quelques effets gores sympathiques mais déjà vus maintes fois chez la concurrence, et des maquillages ou mises à morts sans innovation. Plus sérieux qu’il ne le prétend, Anna and the Apocalypse prend le soin de s’attarder aux sorts de tous ses personnages, se paume quelque peu en voulant faire du directeur adjoint de son lycée un bad guy grandiloquent qui pèse sur le rythme, et donne bien plus que prévu dans les scènes tristes, l’Apocalypse n’épargnant pas une seconde son héroïne pour le coup.

Alors vous allez me dire que tout ça n’est plus franchement attrayant, et pourtant, difficile d’en vouloir au film qui garde malgré tous ses défauts un capital sympathie bien réel.
Parce qu’il a réellement compris les angoisses de l’âge ingrat et s’y attarde sincèrement.
Parce qu’il comprend la génération à laquelle il s’adresse en premier lieu et la dépeint avec un zeste d’humour non négligeable.
Parce que son actrice principal Ella Hunt, aux doux airs d’Anne Hathaway plus jeune, rayonne de bout en bout de pellicule au sein d’un casting qui se donne à fond même quand les acteurs ne sont pas tous au même niveau.
Et enfin, parce qu’à certains moments, son concept prend réellement, et offre quelques instants très amusants, dont une scène où l’héroïne part au lycée toute guillerette en chanson sans se rendre compte que le monde s’écroule derrière elle. Alors oui, les influences comme Shaun of the Dead pèsent lourdement et le film ne s’en affranchira pas, voué sans doute à rester dans l’ombre de ses modèles par les nombreuses imperfections qui le caractérise, et n’ayant pas les épaules suffisamment large pour embrasser le potentiel de film culte que son projet laissait planer.

Mais malgré sa tenue hésitante et précaire, tel un adolescent maladroit pas toujours malin mais qui veut y croire, Anna and the Apocalypse mérite notre bienveillance, car c’est littéralement ce qui le caractérise.

 

Perfect Skin (2018) de Kevin Chicken

Il y a des films dont on se demande les raisons de leur existence. Ou plutôt, les conditions de création d’un pitch. Perfect Skin en fait partie, et on imagine sans mal une discussion entre amateurs de cinéma de genre, où les interlocuteurs alcoolisés auraient listés les professions déjà dépeintes dans des films gores, et celles qui n’y auraient pas eu le droit.
Alors le boucher, évidemment c’est fait. Le dentiste aussi.
Les médecins de toute sorte, les voisins chelous, la famille barjo, le gardien d’immeuble bizarre, le flic zinzin, celui qui travaille pour la cause animale d’un peu trop près, le patron d’un musée un peu  spécial, la revanche de l’acteur déchu, le monteur qui coupe plus que ses films, le technicien de toutes les surfaces, l’ancien militaire qui n’est jamais sorti de sa guerre, etc, etc.
Et bien manifestement, la grande famille des psychos un rien fêlés peut compter sur un nouveau membre : le tatoueur ! Sisi, le tatoueur du coin de la rue.

Dans Perfect Skin, c’est Richard Brake qui s’y colle, avec sa tête creusée et inquiétante que vous avez déjà croisée dans tout un tas de séries B et de films d’action, ou bien dans Game of Thrones. Le roi des Marcheurs Blancs, c’est lui ! Un type qui inspire confiance donc, et qui va ici se passionner pour le corps d’une jeune russe, à la peau encore vierge et blanche comme la neige.
La toile parfaite pour sa création donc, et comme la petite n’est pas tellement partante pour se faire tatouer, voilà pas que le bougre la kidnappe, la séquestre dans une cage et la fait tomber dans les vapes à chaque fois qu’il veut passer un coup d’encre sur elle, tandis qu’une amie de l’héroïne va pointer le bout de son nez pour retrouver sa copine au bout d’un moment.

C’est tout ? A peu près oui. Incapable de creuser son sujet et de traiter aussi bien la mutation d’un corps ou l’obsession maladive d’un artiste foiré (ou pas d’ailleurs), Perfect Skin se vautre dans une intrigue totalement générique qu’il peine à incarner au-delà du canenas narratif de base, avec une enquête policière molle du genou pour meubler çà et là, et la vie privée du foufou. Parce que oui, le monsieur est papa à ses heures perdues, comme c’est mignon !
Ultra redondant visuellement, avec une réalisation qui se veut sensitive en abusant à tort et à travers de gros plans et d’inserts sur la peau, sans se gêner pour réutiliser les 3 mêmes plans un peu stylisés tout du long, et faisant preuve de la même finesse au montage et à la musique en noyant le film sous les nappes sonores pseudo envoûtantes, le premier film de Kevin Chicken (!) est l’exemple parfait de la série B qui se vautre dans sa médiocrité et sa vision bas du front.

Même s’il faut bien admettre une chose : il y a limite de quoi être fasciné en voyant que mine de rien, sur un point de départ aussi simple, les responsables de la chose s’y tiennent mordicus et ne lâchent rien pendant 1h30 de péloche. Sur un tatoueur méchant qui veut redécorer une femme de la tête au pied. Mine de rien, il n’y a qu’au cinéma qu’on voit ça…

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