5e jour à l’Etrange Festival avec un programme aussi éclectique qu’international. Et c’est aussi pour cette richesse qu’on aime y aller chaque année.

Jean-Victor a donc vu un film lituanien de science-fiction expérimentale (Vanishing Waves), un film canadien à tendance osée avec un tatouage qui bouge, si si (Comforting Skin), du cinéma de genre français scénarisé par le journaliste Vincent Julé (Dead Shadows) ainsi qu’un docu américain sur des groupes de métal (Road Dogs).

Tout un programme détaillé en mini critiques et bandes annonces.

Vanishing Waves (2012)
Réalisé par Kristina Buozyté & Bruno Samper
Lukas, un scientifique, participe à une expérience qui lui permet d’entrer dans l’esprit d’un patient comateux inconnu. Au début, il ne distingue qu’une explosion de sons et d’images, puis aperçoit une femme inconnue. À chaque nouvelle connexion, il en apprend davantage sur cette femme et finit par en tomber éperdument amoureux.

Chaque année réserve son film de science-fiction expérimental et à forte résonnance métaphysique. Après l’insupportable Beyond the Black Rainbow, le candidat de cette édition 2012 vient de Lituanie, et suit le parcours d’un scientifique en pleine expérience à haut risque dans laquelle il va rentrer en contact avec l’esprit d’une jeune femme dans le coma. Les résultats vont vite s’avérer bien plus probants que prévus, et l’homme va alors vivre une histoire d’amour dérangée dans cet univers spirituel, ayant bien vite du mal à revenir à la réalité tant cet espace irréel laisse place à des émotions et des sensations extraordinaires. Intéressant dans son concept et son déroulement, Vanishing Waves souffre malheureusement d’un bon nombre de passages tombant un peu trop dans le grotesque et la surenchère inutile, ce qui est d’autant plus dommage que la direction artistique se tient parfaitement, et que le final parvient à retomber sur ses pattes. Cela n’empêche pas le film d’afficher de jolies choses et de nous prouver que les pays de l’est sont aussi capables de livrer un cinéma différent.

 

Comforting Skin (2012)
Réalisé par Derek Franson
Une jeune femme solitaire, en manque désespéré d’échanges émotionnels et sexuels, se retrouve embarquée dans une relation surréaliste et destructrice avec son encombrant tatouage qui progressivement prend vie sur sa peau.

On a l’habitude d’être tout excités à l’idée de voir un film canadien, et Comforting Skin est venu taché notre beau tableau. Avec son héroïne mal dans sa peau et dont la vie va changer après s’être fait tatouée, on se demandait bien ce qu’allait nous proposer cette œuvre fantastique dont l’influence serait du côté d’un Cronenberg. Hélas, mille fois hélas, non seulement l’existence morose de cette pauvre fille est dépeinte avec la grâce d’un pachyderme, mais le film devient vite complètement ridicule et pour cause : le tatouage vivant de la demoiselle se déplace sur son corps et lui murmure tout plein de choses dans sa tête. Il faut voir la chose pour le croire tant l’effet est consternant de connerie, d’autant que le scénario joue clairement la carte du fantastique là où il aurait été peut-être plus pertinent de donner dans la schizophrénie. Le film et son traitement de bulldozer annihile tout potentiel, avec un mixage son plus bordélique tu meurs (la musique plus forte que les dialogues la plupart du temps, c’est un rien emmerdant) ou une aisance à tomber dans le cliché qui laisse pantois (la petite voix du tatouage étant évidemment vicelarde et sifflante…) Enfin, entre une scène lesbienne avec partage de tatouage ou une autre avec l’héroïne qui se prend un orgasme juste par les mouvements de son tatouage, difficile de ne pas voir que Derek Franson a voulu nous refaire Black Swan avec une idée de scénario qui nous laisse perplexe.

 

Dead Shadows (2012)
Réalisé par David Cholewa
Le passage de la comète de Halley transforme les habitants d’une petite ville en monstres tentaculaires…

La projection de Dead Shadows ressemblait presque à une prise en otages, puisque toute l’équipe du film était là, avec un réalisateur et des acteurs nous rabâchant en intro toute la bonne volonté de l’entreprise, combien ils en avaient suer pour que le projet puisse se faire, et combien ils étaient fier d’être là pour représenter un cinéma de genre français se posant comme une véritable alternative, qu’il fallait défendre à tout prix. Un beau flingue sur la tempe d’un spectateur du coup bien emmerdé face au résultat. Pourtant, pendant 10 minutes, Dead Shadows a tout du nanar sympathique, avec ses dialogues improbables, ses situations insensées et son manque de budget plutôt bien géré. Puis le film démarre vraiment, et là, c’est le drame. Se prenant bien plus au sérieux que prévu, aussi fadasse dans son scénario que sa réalisation, et ne pouvant cacher ses failles budgétaires, Dead Shadows représente tout le problème d’une production française qui veut bien faire mais qui est incapable de concilier faible budget avec ses ambitions, toujours obligé de donner dans les genres qui l’ont fait fantasmé sans avoir les moyens nécessaires. Alors même si il porte les meilleures intentions du monde, même si il faudrait soi-disant avoir un tant soit peu d’indulgence, rien n’y fait. Dead Shadows n’a rien à raconter, rien à montrer, et s’avère plus embarrassant qu’autre chose.

 

Road Dogs (2012)
Réalisa par Shane Aquino
Trois groupes de néo-métals (Kettle Cadaver, The Peppermint Creeps et H.T.T.H.) traversent les États-Unis à l’occasion d’une tournée D.I.Y. et subissent de nombreux revers…

Le réalisateur de Road Dogs a suivi durant près de 7 ans trois groupes de métal américains issus de la scène underground dans leurs tournées un rien fauchées pour faire ce documentaire qui explique les 10 règles à suivre pour toute formation musicale voulant réussir sa série de concerts. Au delà même de la musique, Road Dogs constitue un formidable témoignage de gueules incroyables qui donnent leur vie pour leur passion et son partage, malgré un nombre d’embuches qui en ferait reculer plus d’un. Entre les bordels incroyables orchestrés par les membres de Kettle Cadaver lors des concerts sans fans, les délires psychédéliques fendards des Peppermint Creeps ou la philosophie de vie de HTTH et de leur communauté, Road Dogs s’avère aussi humain que rock’n roll, et colle une patate monstrueuse tout en s’avérant très touchant. Un putain de documentaire rock, dans la lignée des excellents Anvil ou Lemmy.

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