Etrange Festival #4 : Thelma, la Lune de Jupiter, Forgotten Silver…

Le festival le plus étrange de France a touché à sa fin ce dimanche.

Lors de la cérémonie de clôture, le prix Nouveau Genre a été décerné à la Lune de Jupiter, tandis que le public a remis son prix aux Bonnes Manières avant de découvrir Mutafukaz dont nous avions déjà parler lors du festival d’Annecy. Avant de lire les dernières critiques de cette édition 2017, nous tenions à remercier une fois de plus l’équipe du festival pour leur accueil, Estelle Lacaud qui nous a permis de couvrir l’évènement aisément, et Frédéric Temps pour la richesse de la programmation offerte encore cette année.

 

Thelma (2017) de Joachim Trier – Sortie le 22 novembre 2017

L’adolescence, les montées d’hormones, les pulsions qui s’en suivent et l’inconfort de la sexualité émergeante, voilà tout un programme qui ne manque pas d’être décortiqué tous les ans par le prisme du cinéma de genre, Grave étant par exemple déjà passé par là cette année à sa manière.
Le Norvégien Joachim Trier s’y attaque lui aussi avec Thelma, une jeune adolescente timide qui a bien du mal à faire sa place dans son campus universitaire, l’ombre de sa famille écrasante étant un boulet supplémentaire pour son émancipation. Et ce n’est pas les crises et évanouissements soudains qui vont changer la donne, à moins que tout ça ne cache quelque chose…
Enveloppé dans une atmosphère froide et enlevée, où les longs plans léchés suive la jolie Eili Harboe avec douceur, le nouveau Trier surprend par son utilisation d’un contexte fantastique somme toute familier des geeks mais ici amené par petites touches successives, jusqu’à des fulgurances plus graphiques assez renversantes. Si le ton très austère peine à cultiver l’émotion dans les scènes les plus importantes pour le personnage, le trouble qui entoure la demoiselle est bien représenté par une série de symboles évocateurs, et la découverte progressive de la nature de ses problèmes emmène le film dans un terrain assez inattendu, sans jamais perdre de vue sa psyché.
Une œuvre sensible et réservée, sans doute un peu trop, qui sait pourtant se faire langoureuse quand il faut, et dont le mystère ambiant suffit pour séduire le spectateur.

 

9 Doigts (2017) de F. J. Ossang.

La France aime décidément co-produire du cinéma sortant des sentiers battus avec d’autres pays.
Après Les Bonnes Manières avec le Brésil, voici donc 9 Doigts avec le Portugal, qui est venu prêter main forte à l’écrivain F. J. Ossang pour qu’il puisse mettre en scène l’histoire d’un homme se retrouvant malgré lui embarqué dans un gang criminel partant pour un voyage en mer où tout l’équipage va petit à petit péter les boulons.
Visiblement filmé avec 3 bouts de ficelles, 9 Doigts est typiquement le genre de tentative osée et différente qui se met toute seule du plomb dans l’aile. D’abord parce que sa réalisation tout en plans fixes et au montage approximatif qui enchaîne les transitions en fondu au noir sent bon l’amateurisme à plein nez, ou du moins la copie de travail inachevée, mais surtout parce que sa galerie de comédiens enchaîne les dialogues ineptes, riches en logorrhées poético/philosophiques vites insupportables, surtout quand les acteurs ne semblent jamais à l’aise pour les sortir naturellement. Pas un seul acteur ne relève le niveau, tout est dit de façon mécanique et ampoulée, dans un film qui vise une sorte de lyrisme noir pour mieux crouler sous les crissements de ses rouages rouillés. Lors d’une scène le héros s’étonne même qu’il n’y comprend rien et que c’est ça la clé. Peut-être, mais ça n’empêche pas cette chose d’être aussi pompeuse que pénible.

 

Kuso (2017) de Flying Lotus

La raison d’être de l’Etrange Festival, c’est évidemment de proposer les œuvres les plus cinglées possibles. Cette année, le gagnant implacable ne peut qu’être Kuso, après avoir déjà chamboulé les spectateurs de Sundance. Et pour cause, puisque ce film à sketches est une célébration sans queue ni tête de la purulence, de l’insalubre, du sale et du dégueulasse. Kuso, en japonais, ça veut dire merde.
Ça vous donne une idée du niveau, à l’image des différents « scénarios » dans le film, comme un type allant dans une clinique insalubre pour perdre sa phobie des seins en ingurgitant la semence d’un ver géant vivant dans le colon du docteur ! Ou encore une nana vivant avec deux extra-terrestres poilus multicolores qui adorent s’envoyer leur caca à la tronche. Ce serait dommage aussi de ne pas mentionner un homme découvrant la purulence vivante et douée de paroles sur le cou de sa copine, cette dernière lui proposant une fellation en bonne et due forme, le trio s’y adonnant dans la plus grande joie… Festival ininterrompu de saloperies, où chaque personnage a le visage ravagé par l’herpès et autres boutons dégoulinants, Kuso s’avère être une comédie absurde à l’extrême, capable d’offrir des images hallucinées et hallucinantes, à l’image d’un délire psychédélique qui ressemble à un croisement entre une expérience sous LSD, une vision de l’enfer et une partouze chez des obèses baignant dans du beurre pourri aux grumeaux de sperme rance. Il faut bien être conscient qu’un OVNI pareil ne parlera sans doute qu’à 5% des spectateurs de cette planète. Cela étant, pour peu que vous soyez prêts à tout, Kuso a le mérite d’être un trip transgressif à l’extrême, comme une boîte de pandore pestilentielle aussi malsaine que fascinante.

 

La Lune de Jupiter (2017) de Kornél Mandruczo – Sortie le 22 novembre 2017

Quand on sort d’un film comme White God, forcément l’attention se pose sur nous, avec une véritable excitation pour la suite. Kornél Mandruczo le sait bien, puisque son nouveau film était en sélection officielle à Cannes cette année, et s’est révélé aux spectateurs de l’Etrange où il avait particulièrement sa place, puisqu’il y question d’un immigré clandestin qui se fait tuer en essayant de passer la frontière hongroise. Pas de chance diront certains, sauf que le bougre n’est pas mort, et a désormais la capacité de voler, ce qui va attirer bien des attentions mal intentionnées.
Démarrant par un plan séquence ultra immersif qui nous montre bien que l’ambition du bonhomme n’est pas très loin de celle d’un Alfonso Cuaron sur les Fils de l’Homme, la Lune de Jupiter a impressionné le public par ses fameuses scènes de vol où la gravité se déroge aussi pour une caméra virevoltante qui tourne autour de son héros avec un naturel assez étourdissant, la production ayant visiblement réussit à gommer toute impression numérique, pour un résultat très organique.
Passé ce tour de force filmique, il faut bien avouer que le récit se perd totalement en deuxième partie de film, la chasse à l’homme tournant rapidement à vide avec les histoires de corruption en arrière-plan, et un personnage principal trop discret qui semble parfois autant spectateur que nous.
Alors bien sûr, le film est une véritable charge politique et dézingue à tout va l’avilissement institutionnel général, mais dilue son impact dans une intrigue qui ne semble ne jamais vouloir en finir en multipliant les péripéties ultra redondantes jusqu’à épuisement, en tentant de relancer quelques fulgurances formelles çà et là avec d’autres scènes planantes dont l’intérêt narratif finit lui aussi par devenir énigmatique. Un bon gros bordel donc, bien loin de l’immédiateté du précédent film, même si l’ensemble reste une singularité de production bienvenue, confirmant la voix alternative forte de ce réalisateur.

 

Perdita Durango (1997) de Alex de la Iglesia

Par Marc – L’Etrange Festival offrait à l’émission BiTS une soirée pour célébrer la pop culture évoquée chaque semaine en vidéo. Le rédacteur en chef avait notamment choisi le film d’Alex de la Iglesia, qu’il a présenté comme l’un de ses réalisateurs préférés, Perdita Durango. L’Espagnol, présent lors de l’évènement, a lui évoqué cette première tentative de long-métrage en langue anglaise (bien avant Crime à Oxford) comme l’un de ses travaux préférés.
On suit un couple qui se rencontre à la frontière mexicaine, tous les deux de mauvaises personnes bien décidées à faire tout et n’importe quoi. Elle est incarnée par Rosie Perez (vue récemment dans Cartel de Ridley Scott) et lui est tout simplement Javier Bardem avec une coupe de cheveux aussi improbables que sa moustache. Entre deux scènes où ils s’envoient en l’air, ils se retrouvent obligés de convoyer un camion jusqu’à Vegas et de le faire avec un couple d’ados américains bien sous tous rapports qu’ils ont enlevés pour en faire leurs jouets.
Trash, vulgaire, plein de scènes de culs, Perdita Durango n’est pas à mettre entre toutes les mains. Si ça surprend de voir une production américaine de cet acabit, les habitués du cinéma d’Alex de la Iglesia y trouveront leur compte face à ce couple de monstres. Le film se révèlera malheureusement être trop long, en plus de faire la part belle au personnage masculin alors que le titre laissait penser le contraire. Une curiosité pour les amateurs (et pour les fans de James Gandolfini qui y a un petit rôle). Les autres préféreront quand même les réalisations espagnoles du metteur en scène de Pris au Piège.

 

Forgotten Silver (1995) de Peter Jackson

Par Marc – Quelques années avant de mettre en production Le Seigneur des Anneaux, Peter Jackson met la main dans une cabane de jardins sur des pellicules tournées par Colin McKenzie. Et décide de faire un documentaire sur ce cinéaste neo-zélandais qui a failli être un précurseur du cinéma moderne au début du vingtième siècle. Le bougre a notamment inventé la caméra portative pour filmer des gags potaches et a travaillé sur une technique permettant la couleur, des années avant son invention en Europe. Un peu avant la Première Guerre Mondiale, il met en chantier le premier peplum de l’histoire intitulé “Salomé” et basé sur des passages de la Bible. Ce sont ces images que Jackson a retrouvé et qu’il finira par présenter en avant première.
Le docu alterne donc témoignages de procheset images d’archives pour raconter l’incroyable vie de Colin McKenzie, qui a interrompu le tournage de sa fresque aux incroyables décors pour partir combattre au front.
L’ensemble présenté est prenant et les intervenants passionnants. On se laisse prendre à son histoire qui est … totalement bidon. Tout a été inventé de A à Z, Jackson ayant tout tourné lui-même. 52 minutes diffusées à l’époque à la télévision et qui ont fait les gros titres de journaux, où apparaissent très sérieusement Sam Neil et Harvey Weinstein où rien n’est exact.
Au delà de la vanne, il faut saluer le travail accompli de Peter Jackson qui va jusqu’à tourner des scènes de tranchées et des passages d’un peplum, avec décors et costumes comme si tout était d’époque et qui va jusqu’à se mettre en scène lui-même dans la forêt locale, machette à la main, en quête d’un décor de cinéma… qui n’a jamais existé et qu’il a fait construire pour les besoins d’une blague.



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