Quatrième “pack de critiques” suite aux innombrables possibilités offertes par l’organisation de l’Etrange Festival et avant de vous parler dès demain du palmarès et la soirée BiTS.

Au menu : le nouveau film du japonais dingue Yoshihiro Nishimura, la nouvelle production de la société SpectreVision appartenant à Elijah Wood, une reprise de 1968, une nouvelle perle venue d’Italie après Jeeg Robot ou encore le très attendu documentaire de Yves Hinant & Jean Libon, créateurs belges de la série Strip Tease et qui sortira en salles début 2018

 

Kodoku : Meatball Machine (2017) de Yoshihiro Nishimura

Malgré la fermeture de cette machine de production infernale qu’était Sushi Typhoon, le déglingo Yoshihiro Nishimura continue d’œuvrer dans le cinéma japonais pour répandre son savoir en maquillages surréalistes et dans le déversement de litres de sang.
Kodoku s’inscrit dans cette démarche une fois encore, avec l’histoire d’un comptable loser dont la triste vie va être chamboulée par une invasion extra-terrestre enfermant une partie de sa ville sous un dôme de verre. A l’intérieur, les aliens vont contaminer certains humains pour les transformer en machine de guerre, sauf que le cancer du héros va les empêcher de prendre le contrôle de son esprit malgré les ajouts physiques. L’occasion pour lui de prouver ce qu’il vaut au monde entier !
Dans la grande tradition du bonhomme, Kodoku est avant tout un énième prétexte pour triturer des corps dans tous les sens en massacrant tout ce qui bouge. Les fameux contaminés du film deviennent des espèces de monstres dont les extensions corporelles se calquent sur leurs « passions ».
Exemple : une nana qui adorait jouer avec des ciseaux se retrouvent affublées d’une paire géante à la place du bras, tandis qu’une gogo danseuse un peu trop omnibulée par sa poitrine voit celle-ci devenir colossale et capable de tirer telle une mitrailleuse…
C’est sûr, les habitués seront en terrain connu tant la formule ne change pas de d’habitude, et comme il faut juger une telle connerie à son inventivité concrète, on peut bien dire qu’on a vu mieux en la matière de la part du bonhomme, puisqu’ici le film tire un peu trop sur la corde malgré quelques scènes bien débiles. Les amateurs de nudité totalement gratuite seront aux anges, et si vous aimez tordre la bien-pensance, voir un gamin de 10 ans se faire écartelé dans une explosion d’hémoglobine (une de plus !) a le mérite de chatouiller franchement les zygomatiques, ce qui assure le capital sympathie de la chose. Mais soyons honnêtes : Nishimura a déjà fait bien plus cinglé et nettement mieux rythmé que ça.

 

Bitch (2016) de Marianna Palka

SpectreVision, la petite boite de production d’Elijah Wood, continue de tracer sa route dans les films horrifiques décalés. Après Cooties, A Girl Walks Home Alone at Night ou bien sûr The Greasy Strangler, voilà venir Bitch, écrit, interprété et réalisé par Marianna Palka.
Une femme qui a visiblement des problèmes de couples, puisqu’elle incarne une mère au foyer américaine au bord de l’implosion qui va du jour au lendemain se comporter comme un chien sauvage ! Dès lors, la cellule familiale va exploser, et son mari habituellement trop occupé à son boulot et ses aventures extra-conjugales va se retrouver comme un con avec les 4 gosses sur les bras… Vous vouliez un film étrange, vous allez être servi !
Si son 2ème acte, une fois le problème posé, rame sévèrement pour faire monter la sauce et charge plus le personnage masculin qu’autre chose, la réalisatrice a l’intelligence d’utiliser toute l’absurdité de la situation et l’antipathie crée par monsieur pour une dernière partie surprenante au ton différent, et qui capte quelque chose d’assez poétique. D’ailleurs, le film est plus centré sur le mari, joué par son vrai mari dans la vie (!) que sur elle, même si le tout ressemble à un exposé féministe sur l’importance capitale de la femme dans la société. On en doutait pas une seconde, et encore moins après ça, même si le portrait peu reluisant du type est sacrément chargé, et que Bitch coupe à vrai dire toute envie de faire des gosses. C’est vrai, quand on y réfléchit, c’est eux le problème, comme ça l’était déjà dans Cooties ! Peut-être que SpectreVision a un plan bien précis dont le but est de réduire la natalité dans le monde, peut-être…

 

Le Lézard Noir (1968) de Kinji Fukusaku

Suite et fin de la carte blanche à Mauvais Genre avec une autre perle, Le Lézard Noir de Kinji Fukasaku. Un film qui fût interdit pendant 20 ans, que l’Etrange avait déjà diffusé à l’époque, et qui peut réapparaître désormais, puisque les sanctions sont levées depuis 3 ans. L’occasion de redécouvrir une œuvre qui a été un succès à l’époque, avec l’histoire d’une voleuse de bijoux terrorisant le pays et kidnappant la fille d’un milliardaire, ce que le célèbre détective privé Akechi Kogoro (le Sherlock Holmes local) va devoir résoudre.
Situé du point de vue de la criminelle, par ailleurs jouée par un homme, Le Lézard Noir s’inscrit dans ces films dont on aime détester et vice-versa l’antagoniste. Une comédie criminelle au scénario assez fantasque, comme en témoigne certains dialogues et rebondissements bien absurdes, sauf que le tout est emballé dans une avalanche de couleurs pop, la base du Lézard Noir s’apparentant à l’antre psychédélique d’un méchant de James Bond, avec des victimes transformées en statues !
Une vraie friandise d’un autre temps, perpétuellement cadrée avec un soin maniaque et qui mériterait une ressortie en bonne et due forme, aucun format officiel n’existant à l’heure actuelle…

 

Ni Juge Ni Soumise (2017) de Yves Hinant & Jean Libon – Sortie le 7 février 2018

Quand l’équipe de l’émission Strip Tease décide de passer au long-métrage documentaire, il faut bien s’attendre à un résultat haut en couleurs. Reprenant le sujet d’un des épisodes de l’émission, Yves Hinant et Jean Libon ont suivis pendant 3 ans une juge d’instruction Bruxelloise traitant aux quotidiens d’affaires d’agressions, de cambriolages et de meurtres en tout genre.
Suivant ses face-à-face avec ses « clients » en parallèle avec une vieille affaire ressortie des dossiers pour tenter de la résoudre 20 ans après les faits, le tout est un portrait absolument ahurissant d’une femme hors du commun, avec des nerfs en acier trempées, un tempérament d’une spontanéité désarmante et une intégrité à faire pâlir toute classe politique.
Une sorte de plongée dans le pire de l’humanité contemporaine, où les criminels défilent les uns les autres et se retrouvent comme des cons face à une personnalité inébranlable qui n’a peur de rien.
Le docu enchaîne d’ailleurs les échanges ahurissants, que ce soit une famille rongée par la consanguinité à qui la juge réexplique des principes biologiques de base, un homme qui réfute les preuves évidentes posées sous son nez et sort en jurant de faire un détour en Syrie pour revenir tout faire péter, ou encore une femme à l’apparence banale qui explique dans le plus grand des calmes comment elle a assassiné son fils qu’elle considère être le fils de Satan, faisant ainsi un geste pour l’humanité. Il y a de quoi sincèrement perdre foi en la race humaine, et pourtant il y a toujours ce pilier intangible, cette juge dont la vivacité d’esprit et la sincérité forment une lumière vive aux cœurs des ténèbres. Un documentaire tout simplement incroyable, dont on attend une sortie salle avec impatience.

 

Ugly Nasty People (2017) de Cosimo Gomez

L’an dernier, bien des festivaliers étaient enthousiastes devant On l’appelle Jeeg Robot, réorchestration mafieuse de la figure du super héros, et signe d’un renouveau du cinéma de genre italien. Ugly Nasty People semble confirmer cette tendance, d’abord parce que l’acteur principal de Jeeg Robot, Claudio Santamaria, est encore de la partie, et ensuite parce qu’on y retrouve la même intelligence. Ici, pas de super héros mais des freaks, à savoir un cul de jatte, un nain gangsta, une femme sublime sans bras et un rasta constamment stone, qui forment un gang de braqueurs pas comme les autres, dont le dernier et ultime cambriolage cache bien des manigances en coulisses…
Avec une réalisation assez pop des plus énergiques, une écriture foldingue qui multiplie les situations rocambolesques et une incroyable galerie de gueules, Cosimo Gomez mène sa barque sans jamais faiblir. Le film joue intelligemment sur la perception sociale de ces handicapés qui sont pourtant plus monstrueux entre eux que les autres, permettant au scénario de changer les rôles perpétuellement, offrant une dynamique sans cesse renouvelée, tandis que les pauvres en prennent plein la tronche pour notre plus grand plaisir, certaines scènes n’y allant pas de main morte sur le grotesque hilarant.
Mais si on souffre un peu avec les personnages, Ugly Nasty People reste avant tout un défouloir punk qui ne recule devant rien sans oublier l’âme de ses persos, et s’impose comme une comédie aussi originale que fun. Amis italiens, pourvu que ça continue comme ça !

 

I’m not a Witch (2017) de Rungano Nyoni

En Zambie, on croit beaucoup à la sorcellerie. Si vous êtes une petite orpheline qui erre à la recherche de nourriture et d’un toit, méfiez-vous des villages où vous passez, il suffit qu’un habitant vous accuse de ses torts récents et vous risquez d’être cataloguée sorcière en moins de deux, avec un ruban accroché à votre dos que vous ne pouvez pas couper sous peine de vous transformer en chèvre…
Alors oui, on nage en plein délire, mais un délire bien pesant pour l’héroïne de ce petit film assez saisissant, où l’on observe une Afrique coincée entre deux époques, où le manque de moyens et les envies de modernisation font face à un obscurantisme spirituel désuet qui ronge tous les rapports humains. Filmé avec sobriété et élégance, I’m not a witch s’étale un peu trop compte tenu de son sujet somme toute très simple qu’il illustre à chaque scène, ce qui n’enlève rien à la beauté de son héroïne paumée et à l’absurde de nombreuses situations qui semblent trop folles pour vraiment se dérouler à notre époque. Une jolie fable passée par la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes, ce qui devrait lui offrir une visibilité bientôt pour le grand public.

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