L’Etrange Festival s’est clôturé ce dimanche avec la victoire par KO de The Voices. Le surprenant film de Marjane Satrapi avec Ryan Reynolds, Gemma Arterton et Anna Kendrick est reparti avec le Prix Nouveau Genre, décerné par des professionnels, mais aussi le prix du public. Des récompenses méritées pour un film immanquable à sa sortie en 2015.

L’éclectisme a été de mise une nouvelle fois pendant ces dix jours au Forum des Images à Paris et les dernières séances n’ont pas été en reste puisque Jean-Victor a pu découvrir un survival belge (si si !), un documentaire sans le moindre dialogue et une pépite japonaise ayant cartonné cet été au pays du soleil levant.

A l’année prochaine pour d’autres aventures encore plus étranges !

 

Cub
de Jonas Govaerts (2014)
Un jeune scout d’une douzaine d’années va camper en forêt avec sa tribu de louveteaux. Hélas celle-ci est truffée de pièges machiavéliques remettant en question la survie de « la meute »…

La Belgique est un bien beau pays, et je ne dis pas ça uniquement parce que la maison mère de notre bien beau site vient de là-bas. Non seulement ils cultivent l’art de la bière à un degré de raffinement exquis, ont de bien belles villes et sont sympathiques, mais en plus ils débordent de bonnes idées.
Prenez Jonas Govaerts par exemple. Pour son premier film, cet homme qui a lui aussi l’air très sympa (enfin ça vous le voyez pas mais passons) montre bien qu’il dégueule d’amour pour le genre mais tout en gardant un caractère très national puisque Cub raconte l’histoire d’une bande de scouts qui va s’aventurer dans une forêt peu fréquentable ces derniers temps. Une histoire de loup garou, de personnes portées disparues etc… Exit les gamins diaboliques ou tout gentils, la fière troupe ici présente étant entre les deux, capable de se faire des crasses horribles entre eux tout en gardant une certaine innocence. Bref, un décorum d’enfer (non mais c’est vrai, c’est chouette les scouts) qui souffle un vent de fraîcheur sur le genre ultra usité du survival, avec un folklore local des plus appréciables, et pas seulement pour la guéguerre Français/Flamand. Un vent qui ne dure pas tout du long malheureusement, comme en témoigne une dernière partie ultra bourrine et un peu curieuse dans son approche sans concession d’une violence que le film ne semble pas questionner. A la base on pourrait s’en cogner, mais il est tout de même question de nos chères têtes blondes.
Au-delà de ça, et surtout de l’étirement à rallonge de cette dite fin, on a là une péloche bien mise en lumière, avec une pointe d’originalité et joliment incarnée. Pour un premier essai, on a vu pire.

 

Visitors
de Godfrey Reggio (2014)
En 74 plans dénués de parole, Visitors nous propose une réflexion sur la vie, sur les technologies modernes et sur nous-mêmes.

On peut donner la parenté du documentaire sans paroles à Godfrey Reggio. Réalisateur de la trilogie Qatsi (Koyaanisqatsi/Powaqatsi/Naqoyqatsi) qui a lancé au passage Ron Fricke pour le dyptique ultime du genre (Baraka/Samsara), Reggio n’aurait pas eu meilleur place qu’aux 20 ans de l’Etrange Festival. Outre une carte blanche qui lui était offerte, c’était l’occasion de découvrir son nouveau film forcément attendu, Visitors. Si Philip Glass est toujours présent à la musique, la formule change de ses précédents travaux qui s’articulaient comme des voyages autour du monde pour voir la vie sous toutes ses formes et les travers de la société mondiale. Ici, il délaisse la montée en puissance enivrante de sa trilogie pour nous ramener à un calme absolu, avec 74 plans dénués de paroles mettant en scène des hommes et des femmes face caméra en train d’observer on ne sait quoi, mis en parallèle avec des paysages vides de toute humanité ou des mains interagissant avec des objets technologiques. Exprimer par des mots l’expérience vécue devant un film sans paroles est forcément compliqué, mais on peut dire sans trop se mouiller que Visitors est un voyage durant lequel on se trouve dans une douce hypnose, bercé par le score sublime de Philip Glass et des images toutes plus belles les unes que les autres, avec un noir et blanc dosé à la perfection.
Il faut se donner corps et âme à ce genre de film, et c’est pourquoi les conditions de projection sont cruciales pour être le plus à même de s’immerger totalement mais les sensations vécues sont uniques pour peu qu’on se laisse bercer par cette symphonie délicate plus narrative qu’elle n’en a l’air. Un poème filmique sur notre passage éphémère sur cette Terre, qui aura sûrement bien du mal à se frayer un chemin jusqu’à une salle proche de chez vous mais qui est déjà disponible en blu-ray et dvd. Si vous êtes prêts à vivre un tel moment de sagesse et de pure beauté, parce qu’il est bel et bien question de perceptions et d’émotions mises à nue avant tout, vous savez ce qu’il vous reste à faire.

 

The World of Kanako
de Tetsuya Nakashima (2014)
Quand la belle Kanako, lycéenne populaire et sans histoire disparaît, sa mère fait appel à son ex mari, flic alcoolique, pour qu’il retrouve leur fille. Mais celui-ci va découvrir que sous les apparences, l’univers de l’adolescente est plus trouble qu’il n’y paraît…

Pour clôturer le festival comme il se doit, l’Etrange nous offrait le plus gros succès estival au japon, The World of Kanako. Adapté d’un roman local célèbre, le film conte la descente aux enfers d’un père qui ne s’est jamais occupé de sa famille et qui se retrouve soudain à enquêter sur la disparition de sa fille. Sauf que la petite cachait bien des sombres secrets et les méthodes du papounet sont un chouilla extrêmes : c’est le genre à refaire la mâchoire de l’interlocuteur avant de lancer la discussion. L’identité du récit est calquée sur cette radicalité et ce tempérament hystérique typiquement asiatique, ici poussé dans ses derniers retranchements : le montage s’amuse à jouer sur des plans hyper rapides, presque épileptiques par moment, la narration met très souvent 3 scènes en parallèle pour créer des connexions thématiques incessantes et la structure ne cesse de jongler avec les flash-backs, les passages clipesques et une imagerie fêtarde infernale. Ce déferlement d’images qui frôle à plusieurs reprises l’overdose reflète la dualité d’une œuvre excessive par tous ses aspects, ce qui finit par annuler l’effet escompté. Difficile en effet de prendre en compte l’émotion à la fin alors qu’on a eu un générique à la Tarantino, des scènes de violence totalement gonzo et gratuites, certains passages de soirée épileptiques ou encore une scène de viol sans détour. Combinant une dramaturgie constamment sur la frontière du pathos et une incapacité à se retenir ne serait-ce qu’une seconde, y compris dans des révélations finales trop tardives, The World of Kanako fascine par sa folie autant que cette dernière excède.

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