Vous l’attendiez avec impatience, notre rendez-vous annuel du meilleur du fantastique au cinéma est de retour.

Comme tous les ans, Jean-Victor troque ses heures de sommeil contre des canettes de Red Bull pour vous proposer un maximum de films jusqu’au 14 septembre.

Les 20 ans ont commencé sur les chapeaux de roues. Ce week-end a été l’occasion de redécouvrir un Gaspar Noé, un dessin animé drogué, un film de genre français et un documentaire sur l’Etrange Festival.

Notons également la présence de White God, The Canal, It Follows, Alleluia & These Final Hours dont on avait déjà parlé , et .

 

Seul Contre tous
de Gaspar Noé (1998)
La dérive d’un ex-boucher chevalin, d’abord a Lille, puis a Paris ou il s’installe a l’hotel de l’Avenir et tente de refaire sa vie. Peu a peu, il se replie sur lui-meme. Sans un sou et avec pour seul compagnon un revolver charge de trois balles, il ne voit plus clairement quel est le moteur de sa vie. Son ventre lui crie de se nourrir. Son cerveau lui ordonne de se venger. Quant a son coeur… Au bout du tunnel, l’imprevu surgit toujours.
Gaspar Noé est un habitué du festival et forcément, il ne pouvait pas y avoir une rétrospective spéciale pour les 20 ans de l’Etrange sans la présence de l’un de ces films. Seul Contre Tous était donc de la partie, avec son personnage de boucher campé par Philippe Nahon, arrivant à un point de sa vie où tout va mal quand il décide d’envoyer paître le monde entier. Monument de nihilisme porté par la voix off d’un homme au bout du rouleau bien décidé à sortir de son existence banale, le premier long métrage de Gaspar Noé reste saisissant par sa noirceur absolue et la beauté qui en ressort malgré tout. Certains gimmicks de réalisation et de montage, comme des transitions abruptes avec des bruitages d’armes à feu, cristallisent le caractère trop ouvertement provocateur d’un film qui devient presque vaseux à trop vouloir revendiquer sa radicalité par moment. Cependant, le charisme de Nahon doublé d’un final toujours aussi fort n’ont rien perdu de leur superbe.

 

White Shadow
de Noaz Deshe (2013)
Alias, un jeune albinos tanzanien, part chez son oncle après avoir été témoin du meurtre de son père. Il devra apprendre à survivre en communauté…
Direction la Tanzanie, où l’on va suivre les errements d’un jeune enfant albinos qui va réapprendre à vivre auprès de son oncle après avoir assisté au meurtre de son paternel. Bienvenue en Afrique donc, où le racisme sous prétexte de superstitions ancestrales est toujours en vigueur, et mis en pratique avec une violence extrême malgré une modernisation des pays somme toute chaotique. Le réalisateur Noaz Deshe, qui écrit/produit/réalise et compose la musique du film, nous offre une plongée immersive dans cet autre monde qui soumet les faibles à une survie de tous les instants, dans des conditions de vie d’un temps ancien. Joliment mis en images et conté avec tendresse et poésie, White Shadow est à l’image du pays qu’il dépeint : exotique et excitant, tout en étant réel et terrifiant.

 

Asphalt Watches
de Shayne Ehman & Seth Scriver (2013)
Une histoire vraie fondée sur le voyage en autostop des deux cinéastes, Shayne Ehman et Seth Scriver. Aventures comiques et douloureuses de Bucktooth Cloud et Skeleton Hat durant leur périple transcanadien de l’année 2000.
Quand on va à l’Etrange Festival, c’est dans l’espoir de voir des choses qui sortent des sentiers battus. C’est peu dire qu’avec Asphalt Watches, on a été servis grassement !
Imaginez plutôt : suite à un road trip riche en rencontres incongrus tout en étant constamment drogués, deux canadiens ont décidés de mettre en images leur périple. 8 ans de travail plus tard, voilà Asphalt Watches, entièrement réalisé en animations flashs, dont le design et l’esthétique générale semblent sortir de Paint. Ceux qui trouvaient South Park pauvre visuellement ne sont pas au bout de leur peine devant un film improbable, sorte de méga trip de camés où chaque élément donne lieu à des échanges et des scènes pas possibles. On parle aux héros d’une pizza au début du film ? Et paf, voilà qu’ils en font une chanson avec un synthé 80’s en étant complètement stones ! Tout le film est de cet acabit, et si on s’amuse devant la surprise les premières minutes, on subit vite la chose pour peu qu’on ne soit pas défoncés au crack. Manque de bol, on ne l’était pas.

 


Séance Retour de Flamme

Tous les ans, c’est la tradition : Serge Bromberg, directeur de la société Lobster spécialisée dans la restauration de vieux films, vient faire le show pendant une séance spéciale appelée Retour de flamme. Des curiosités ressuscitées du passé et montrées dans les conditions d’époque sont souvent au programme, et pour les 20 ans du festival, Bromberg fût généreux. Au programme, une série de courts métrages étranges, forcément, et ramenés depuis les débuts du cinéma, soit un ensemble de preuves irréfutables concernant le penchant du 7ème art pour des visions farfelues depuis sa création. Cette année, on a donc vu un cochon dansant, une mouche acrobate, un drame shakespearien d’une minutes trente, le deuxième film d’animation de l’histoire, du burlesque chirurgical à base de clarinette, ou encore un film de monstre fabuleux dans lequel un homme rêve une attaque de homard géant après en avoir avalé un pas frais. Clou du spectacle, 3 courts métrages sur lesquels a travaillé Slavko Vorkapich, l’un des pionniers des effets spéciaux à Hollywood dans les années 30, que l’histoire officielle a quelque peu oublié. L’exemple le plus parlant était “The Life & Death of 9413, a Hollywood Extra », court métrage expressionniste a souhait qui vilipendait déjà à sa manière le caractère impitoyable de l’industrie Hollywoodienne.
Dans tous les cas, la séance était menée tambour battant par un Serge Bromberg toujours aussi impeccable en animateur, en historien du cinéma et en musicien puisqu’il accompagne les films muets au piano. Une fois n’est pas coutume, merci maître pour toutes ces découvertes, et à très vite pour un prochain Retour de flamme, pas forcément à l’Etrange d’ailleurs !

 

Horsehead
de Romain Basset (2014)
Sujette aux cauchemars depuis son enfance, Jessica s’est tournée vers des études de psychologie du rêve. Lors du décès d’une aïeule, elle va devoir retourner parmi les siens, et les visions vont recommencer…
Quand il est question de film de genre français, on rentre toujours avec une petite appréhension dans la salle, l’envie d’y croire étant systématiquement balancée par la peur de voir une œuvre croulant sous les problèmes de budget et de production.
Mené à terme dans une économie fragile par la seule passion de Romain Basset dont c’est le premier long-métrage, Horsehead suit les cauchemars d’une jeune femme s’adonnant au rêve éveillé pour comprendre ses traumas psychologiques, qui se manifestent plus fortement que jamais alors qu’elle retrouve sa famille pour le décès de sa grand-mère.
Le terrain de jeu parfait en somme pour un réalisateur qui s’adonne à fond dans les visions fantasmagoriques fortes en symboles, où la belle se retrouve soudainement affublée d’un costume de chaperon rouge face à une menace à tête de cheval, à des rites sanglants ou à des loups.
Bénéficiant d’un travail esthétique assez bluffant, et pas seulement pour la modestie de son entreprise, Horsehead s’avère être un voyage visuel très soigné, avec des idées de situations diverses et peu redondantes, pour plonger le spectateur dans un monde inquiétant et fascinant.
Il est dommageable que ce principe se fasse au détriment d’enjeux tangibles puisque le film démarre d’entrée par des images fantaisistes, et il n’y a pas vraiment de crescendo dramatique au fur et à mesure des hallucinations de l’héroïne. Que cela ne nous empêche pas pour autant d’apprécier le soin pointilleux apporté à une œuvre qui ne néglige pas l’atmosphère sonore pour une fois, qui a l’intelligence d’être en anglais pour se donner toutes ses chances sur le plan international et qui transpire un amour sincère et véritable pour le genre.

 


Étrangement Vôtre

de Frédéric Temps (2014)
Quand le président de l’Etrange Festival fête la 20ème édition de ce dernier, c’est en lui offrant un documentaire entièrement dédié ! D’un côté, on y suit Alejandro Jodorowsky qui nous emmène dans différents lieux de la capitale française pour nous montrer des inspirations de son travail et des choses ayant attrait à l’Etrange. Cela va aussi bien des sculptures sur Notre Dame de Paris aux Musée de l’Erotisme en passant par celui des Arts Forains. Bien qu’amusante, cette partie semble un peu être là pour remplir les trous face à l’autre aspect du documentaire, sur la manifestation en elle-même, sa profession de foi et sa nécessité. On y voit notamment, excusez du peu, Guillermo Del Toro, Jan Kounen, Gaspar Noé ou encore Jean-Pierre Jeunet, qui parlent de leur amour pour le cinéma transgressif, étonnant, décalé et inédit que le festival s’évertue à promouvoir depuis 20 ans.
Un plaidoyer qui vise incroyablement juste sur la richesse absolue de cet évènement qui, contrairement à beaucoup d’autres, s’avère être d’une curiosité, d’une humilité et d’un amour absolus pour le cinéma. Si vous n’avez jamais mis les pieds à l’Etrange, ce documentaire devrait fortement vous donner envie, comme vous pourrez le remarquer ce mois çi sur Canal + Cinéma où il sera rediffusé. Ne le manquez pas !

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