Le premier week-end à l’Etrange Festival, c’est toujours pour Jean-Victor l’occasion de ne pas dormir pour assister plutôt à une nuit thématique. Celle de cette année s’annonçait aussi foutraque que délirante puisqu’elle était sobrement appelée : La Nuit SuperMegaBloodyApocalypticaTurboZombie. Tout un programme largement détaillé dans la suite…

Notez que nous sommes aussi allé revoir des films déjà chroniqués ici-même et diffusés au Forum des Images : Turbo Kid, Extraordinary Tales, Stung et The Corpse of Anna Fritz…

 

Heavy Girls (2013)
d’Axel Ranisch

Comment faire quand on est un réalisateur avec un projet qui nous tient à cœur et qui semble tout aussi impossible à financer auprès des institutions classiques ?
Et bien on le fait avec les moyens du bord !
C’est en tout cas ce que vous conseillerez Axel Ranisch, qui a tourné et monté Heavy Girls en 3 mois seulement avec 500€ de budget et sa grand-mère dans l’un des trois rôles principaux !
Ça tombe bien remarquez, car il est question d’un allemand vivant toujours avec sa mère et qui va tomber petit à petit amoureux du l’infirmier en charge de sa môman.
Et malgré une facture technique clairement amateur d’un point de vue visuel (le son est propre pour le coup), ça marche grâce à une jolie histoire qui dégueule d’authenticité et surtout de tendresse pour ses personnages, célébrant les petits détails anodins qui font de la vie une fête et une splendeur. La troisième partie rame en revanche un peu trop et amoindrit l’impact de ce cri du cœur improbable mais comme le dit si bien Benoit Delépine en présentant ce film dans sa carte blanche : Qu’importe le budget, pourvu qu’on ait l’ivresse du cinéma.

 

Cooties (2014)
de Jonathan Milott & Cary Murnion

On le sait depuis un bout de temps, notre Hobbit préféré Elijah Wood est un taré de films d’horreur.
A tel point qu’il a créé sa boite et qu’il en produit désormais, comme le prouve ce Cooties écrit par Leigh Whannell (Saw et les Insidious, c’était sa plume) et Ian Brennan, connu pour avoir bossé sur Glee. Alors là vous allez me dire, comment le scénariste de films d’horreurs peut-il collaborer avec un mec spécialisé dans une série pour pré-ados ?
En mettant en scène des mioches bien sûr ! En l’occurrence, Elijah Wood joue un remplaçant dans une école primaire qui va voir ses élèves se transformer en zombies après qu’une gamine ait gobé une nugget avariée. Quand on vous dit que la fast food c’est mauvais pour la santé…
Le résultat est une série B réjouissante, qui possède son lot de répliques fendardes et de situations un peu absurdes, d’autant que le casting a fière allure, surtout si vous êtes amateur du monstrueux Rainn Wilson, celui-là même qui jouait Dwight dans The Office US ou Super dans… Super.
Imaginez le bougre et Frodon Sacquet en train de dégommer nos chères têtes blondes, et vous aurez une petite idée du plaisir régressif ressenti devant Cooties.
Quand on vous dit que faire des enfants c’est mauvais pour la santé…

 

L’Élan (2015)
d’Étienne Labroue

L’Étrange aussi sait être prestigieux, avec parfois des avant-premières mondiales !
Cela dit, comme il s’agit d’un film français, ça ne risque pas de traverser beaucoup de frontières, mais toujours est-il que l’Élan est le premier long métrage d’un ancien scénariste des Guignols et de Groland. Le bonhomme et son film avaient toute leur place au festival, avec une histoire d’humanoïde avec une tête d’élan en peluche à la place de la tête qui débarque dans un village avec plein de questions dans son sillage et bien des péripéties.
Sans être du ressort d’un Quentin Dupieux, l’Élan évolue avec son propre niveau d’absurdes, ses personnages hauts en couleur et un scénario se compliquant la vie tout seul pour être sûr de remplir le cahier des charges du petit film bizarroïde. C’est rigolo, c’est sûr, mais c’est aussi un peu long par moment, ce qui n’enlève pas un certain soin formel malgré un budget réduit.

 

Ruined Heart (2014)
de Khavn

Partant d’une simple romance entre un gangster et une prostituée aux Philippines, relation entraînant la jalouse d’un parrain local, et un torrent de violence, Ruined Heart se distingue par un dispositif formel pour le moins étonnant puisque les personnages ne parlent pas !
Un film volontairement muet donc malgré un son bel et bien diégétique, et l’occasion pour le metteur en scène Khavn d’emballer un pur produit d’esthète visuel certes très bien emballé (la photo est signé Christopher Doyle) mais qui trouve aussi ses limites tant l’absence de paroles tourne parfois à l’absurde. En ressort un beau livre d’images, tantôt hypnotisant, tantôt anodin.

 

Bunny The Killer Thing (2015)
de Joonas Makkonen

Prenez des ados bien crétins et prêts à s’envoyer en l’air dans une cabane perdue au fin fond de la forêt finlandaise et placez un lapin humanoïde géant courant le phallus à l’air en criant « PUSSSSYYYYYYYYYY » pour affirmer, au cas où on ne l’avait pas compris, son envie de forniquer jusqu’à la mort la moindre donzelle qui passe sous ses testicules.
Dans le genre grosse série B bien gratuite et crétine, ça donne envie hein ?
Et bah non ! Bunny The Killer Thing s’inscrit dans la longue lignée de ses films d’exploitation torchés par des mecs pensant être super drôles mais qui s’avèrent à vrai dire radins en tout.
Le taux de demoiselles nues ne dépasse pas le chiffre 2, les morts sont très peu inventives quand elles ne sont pas filmées hors champ et surtout, on s’emmerde royalement devant un film qui tente de meubler avec des acteurs pas foutus de sortir leurs blagues à temps. Tout tombe désespérément à plat, et la chose ressemble vite à une private joke dont on se sent bien extérieur.
Et pourtant, on parle quand même d’un film dans lequel un lapin géant fait l’hélicoptère avec son pénis en permanence en criant « PUSSSYYYYYY », ça devait pas être compliqué à réussir !

 

Tales of Halloween (2015)
d’Axelle Carolyn

Né de l’initiative de la réalisatrice Axelle Carolyn, Tales of Halloween s’inscrit dans cette nouvelle tendance du cinéma horrifique et fantastique, à savoir les anthologies. Après The Theatre Bizarre et plusieurs V/H/S ou ABCs of Death, voilà donc une série de courts métrages tournant autour d’Halloween avec un metteur en scène différent pour chaque segment, les noms les plus célèbres du casting étant ici Neil Marshall, Lucky McKee ou encore Darren Lynn Bousman.
Et pour une fois, vous éviterez le sempiternel « à boire et à manger » car clairement, ce Tales of Halloween est une réussite ! Tous les courts ne se valent pas, et il y en a peut-être un en dessous des autres, mais ils célèbrent tous le folklore de cette fête avec une ferveur qui fait plaisir à voir, et le plaisir de faire peur. Qu’il soit question d’inverser les rôles dans le schéma ultra classique du slasher, de voir des gamins prendre le principe de Trick or Treat un peu trop au sérieux ou de faire face à des citrouilles carnivores, les 92 minutes de Tales of Halloween passent à une allure folle et devraient rencontrer un franc succès auprès de tout ça qui veulent angoisser tout en s’amusant le 31 octobre prochain.

 

Klovn Forever (2015)
de Mikkel Norgaard

A l’origine, Klovn est une série danoise en 6 saisons dans laquelle on suit deux comiques dans leurs propres rôles et leur amitié aussi foutraque qu’attachante.
Après un premier film en 2010, voilà le second opus sur grand écran, toujours réalisé par Mikkel Norgaard, que beaucoup ont découvert cette année avec les Enquêtes du Département V.
Si le bonhomme se débrouillait pas trop mal avec les polars anxiogènes, il s’affirme encore meilleur dans la comédie comme le prouve ce nouveau chapitre par ailleurs très accessible pour les néophytes de la série. Partiellement en amérique, cet opus voit l’amitié de Frank et Casper en péril et la tentative désespérée du premier pour retrouver leur alchimie, même si cela sera aux dépens de leurs vies privées respectives. Irrévérencieuse et chaleureuse, cette comédie qui a cartonné au Danemark n’a pas usurpé son succès tant on est surpris de voir une histoire de potes dans une structure de comédie romantique avec une avalanche de sketchs loufoques franchement fendards. Là où Klovn emporte l’adhésion, c’est surtout dans sa justesse sur la camaraderie tant on est au final touchés par ces deux types que la vie a éloigné et qui gardent pourtant un lien inexplicable dépassant toutes leurs différences. Plus qu’un film de potes, un film d’amis et ça, c’est beau quand même !

 

Moonwalkers (2015)
d’Antoine Bardou-Jacquet

Antoine Bardou-Jacquet.
Retenez ce nom car ce français qui sort ici son premier long métrage risque bel et bien d’exploser s’il rencontre le succès. Et d’un côté, il s’est donné toutes les chances puisque Moonwalkers n’est pas une production francophone et vient d’outre-manche.
Blasphème diront certains, toujours est-il qu’on a bien du mal à voir comment on aurait pu produire pareille comédie en France avec un pitch déjà ultra excitant, où Ron Perlman joue un agent de la CIA chargé en 1969 de convaincre Stanley Kubrick de filmer l’atterrissage sur la lune d’Apollo 11, au cas où la vraie mission serait un échec. Après quiproquo avec un jeune manager joué par Rupert Grint (Ron dans Harry Potter…), les deux bougres se retrouvent embarqués dans un tournage bordélique qui leur attirera bien des ennuis, pour le plus grand plaisir des spectateurs.
Dès son générique psychédélique, Moonwalkers affirme un caractère résolument funky assez irrésistible, qui l’amènera par la suite à s’imposer comme une comédie exécutée avec brio.
Mise en scène léchée, casting royal et écriture généreuse qui ne lésine pas sur les répliques cinglantes et les situations folles, tout est là pour vous faire passer un super moment avec en prime un trip sous acide durant lequel Ron Perlman confirme tout son génie comique.
A l’instar de sa bande son irrésistible ou de ses hippies drogués et heureux de l’être, Moonwalkers fait plaisir à voir et on espère de tout cœur qu’il marquera le début d’une longue carrière.

 

NH10 (2015)
de Navdeep Singh

Présenté comme le « Eden Lake indien », NH10 montre pour la énième fois un couple pour qui tout devait se passer comme sur des roulettes avant de faire une rencontre incongrue.
Quand Bollywood décide de s’énerver et de donner dans le drame/survival, le résultat est forcément intriguant. On voit bien ici le retard qu’a ce cinéma sur le genre par rapport à l’occident, tant la recette a été éculée et est réutilisée sans aucune nouveauté. D’autant que le film reste assez sage en terme de violence, et aussi sur son caractère insalubre, ses homologues européens et américaines étant capables d’être bien plus malsains, notamment autour du personnage féminin.
Pour autant, NH10 utilise le genre pour mieux montrer les disparités grandissantes entre une Inde ancienne, ancrée dans des traditions ancestrales et plus forcément au goût du jour, surtout quand elles font face à une nouvelle génération plus occidentalisée, ou du moins fruit de la mondialisation et du capitalisme. Une fois cet aspect social esquissé, reste un film malheureusement mal écrit, et pas seulement pour son manque d’originalité. La moindre des choses à faire avec ce type pour de films pour qu’on s’attache aux personnages, c’est bel et bien de les mettre au mauvais endroit au mauvais moment, dans une situation désespéré qui leur échappe totalement et qui va les plonger dans un cauchemar absolu. Hors ici, les héros se mettent volontairement en péril, et passent devant toutes les issues qui leur sont offertes durant la première partie. Du coup, le long métrage possède cet aspect un brin superficiel et capilotracté qui l’empêche de captiver, et en fait plus le témoignage d’une évolution sociale qu’un film notable.

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