Que s’est il passé ce vendredi à l’Etrange Festival ?

En soirée, le nouveau film d’Alex de la Iglesia intitulé en français Un Jour de Chance a été projeté et nous aurons l’occasion de revenir dessus plus longuement. Jean-Victor, lui, a vu quatre films : trois anciens et une avant-première pas encore datée en France.

Un programme finalement assez léger avant le mastodonte du weekend et qu’on vous propose de découvrir via des critiques express illustrées des bandes annonces.

 

 

Le collier perdu de la colombe (1992)
Réalisé par Nacer Khemir
Dans l’Andalousie musulmane du XIe siècle existe une citadelle imaginaire où un jeune garçon extralucide nommé Zin sert de messager aux amants. Il a pour compagnon un singe qui serait un prince métamorphosé. Pendant ce temps, un élève en calligraphie nommé Hassan rêve d’une jeune fille sur un parchemin : la princesse de Samarcande.

Auteur à succès de livres pour enfants, Nacer Khemir possède quelques films à son actif, parmi lesquels on trouve ce collier perdu au destin peu clément. Jugé lors de sa présentation à l’époque comme le plus beau film du festival de Berlin et promis à une jolie carrière, le film a souffert de la première guerre en Irak à cause de son sujet.
Sorte de conte des Mille et une nuits avec un enfant qui cherche à comprendre ce qu’est l’amour dans une ville imaginaire, le film cherche à montrer la beauté de l’Islam et ses douces subtilités, ce qui n’était pas forcément du goût de tout le monde à l’époque. Pourtant, ce long-métrage un rien bavard mais visuellement très joli ne ferait pas de mal à une mouche tant il célèbre tel un poème la densité du sentiment amoureux, pour lequel il existe soixante mots aux sens différents en arabe.

 

Freaks, la Monstrueuse Parade (1932)
Réalisé par Tod Browning
Amoureux de l’acrobate Cléopâtre, Hans le lilliputien, abandonne sa fiancée, la microscopique écuyère Frieda. Cléopâtre épouse Hans par intérêt et décide de l’empoisonner avec la complicité de son amant…

Jalouse du succès d’Universal avec des films d’horreur tels que Dracula, la MGM invita le réalisateur Tod Browning à mettre la barre encore plus haut. Freaks fût le fruit de cette invitation, et défia la chronique avec un scandale retentissant à sa sortie, ne facilitant pas le visionnage d’une œuvre rapidement censurée. Le scandale tient d’avantage dans le fait qu’on puisse être choqué devant tant d’humanité, Freaks débordant de compassion et de tendresse pour ses gueules cassées et ses corps torturés, jouées par de véritables handicapés physiques. Tournant presque vers le thriller noir dans son final, ce court long-métrage d’une heure n’a rien perdu de sa force et reste aussi prenant et émouvant des décennies après sa sortie. Un classique à n’en pas douter.

 

Le Voyeur (1960)
Réalisé par Michael Powell
Obsédé par le cinéma depuis que son père lui a offert une caméra pour ses 9 ans, Mark Lewis, jeune homme solitaire et névrosé, trouve son suprême plaisir en assassinant des jeunes femmes et en immortalisant leur terreur et leur agonie sur pellicule.

Réalisateur culte des chefs d’œuvres intemporels que sont les Chaussons Rouges ou le Narcisse Noir, Michael Powell a pourtant mis du temps à être reconnu par la profession et sa réputation s’est construite bien des années après ses films, grâce à d’autres cinéastes tels que Martin Scorsese. La preuve en est avec ce Peeping Tom, film scandale qui lui ferma tous les financements lors de sa sortie et marqua une fin abrupte à sa carrière. Trop en avance sur son temps, ce film matriciel suivant un serial killer obsédé à l’idée de filmer ses victimes (on va un peu vite, mais l’idée est là) préfigurait toute l’esthétique des giallos et des films en caméras subjectives, dont l’héritage sera cultivé par des classiques tels que Maniac, Vendredi 13 ou Halloween. Sorte de Hitchcock plus pervers dans lequel le réalisateur contourne subtilement la censure grâce à son découpage notamment pour la nudité de ces dames, Le Voyeur est peut être prévisible dans son déroulement au vu de l’influence qu’il a eu, mais travaille encore admirablement son personnage principal torturé et fait preuve d’une élégance qui ne ment pas sur l’importance de l’ensemble. Un incontournable pour les amateurs du genre.

 

Citadel (2012)
Réalisé par Ciaran Foy
Un jeune père devenu agoraphobe depuis que sa femme a été tuée par un gang d’enfants cagoulés affronte de nouveau les agresseurs qui veulent s’en prendre à son bébé. Aidé par une infirmière et un prêtre adepte de l’auto-défense, il comprend que le seul moyen d’exorciser sa peur est d’y faire face en s’introduisant dans la Citadelle, là où réside le gang…

Premier film d’un anglais passionné de cinéma horrifique, Citadel voit le parcours cauchemardesque d’un homme traumatisé par l’agression de sa femme sous ses yeux, se retrouvant agoraphobe et seul avec son bébé dans une ville désertée par ses habitants.
Il y a deux films en un avec Citadel : d’abord un thriller psychologique puis un survival horrifique. A fort caractère autobiographique, l’histoire semble avoir été un exutoire pour son auteur, à tel point qu’une grosse partie ne tourne qu’autour de cette question de l’agoraphobie et de la peur de l’extérieur, renforcée par la métaphore fantastique balourde qui vient ensuite. Si on veut bien comprendre la catharsis d’un auteur qui passe par la réalisation pour exorciser son traumatisme, le film prend malheureusement ses allures de séance chez le psy teinté de fantastique ultra référenciel et recyclant sans génie des figures usitées, avec l’immeuble anxiogène et menaçant (Die Hard, Rec ou même La Horde…) et des histoires de religieux tarés. Malgré une atmosphère soignée, le tout manque d’idées et représente le film pensé un peu trop pour son créateur.

 

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