Le SXSW s’est terminé il y a maintenant plusieurs jours mais il restait quelques films vus sous le soleil d’Austin à évoquer avec vous.

Pour cet ultime récap’, il sera donc question entre autres d’un faux documentaire, d’un vrai docu consacré à George “007” Lazenby et d’une discussion entre différents participants à l’une des plus célèbres émission : le Muppets Show.

 

Becoming Bond (2017) de Josh Greenbaum

James Bond a eu bien des incarnations différentes au fil du temps mais celle qui fût la plus brève est incontestablement celle de George Lazenby, qui joua l’agent secret le plus célèbre de la planète seulement dans un seul film, Au Service Secret de Sa Majesté.
Sauf qu’avant d’en arriver là, et d’ensuite rejeter un contrat d’un million de dollars pour 6 films ( !), cet australien a eu une vie bien remplie et rocambolesque, retracé dans ce documentaire un peu spécial puisque narré par Lazenby lui-même dans une interview fleuve illustrée par une mise en scène de son parcours. Un docu-fiction étrange au premier abord, mais dont le dispositif s’avère extrêmement ludique et bien fait, la réalisation ne tombant jamais dans le piège du réalisme absolu pour mieux refléter la légèreté de ton de son héros avec un humour bien dosé, aussi sensuel que parfois burlesque.

La vie de Lazenby est véritablement palpitante, et l’acteur/mannequin garde une grande classe malgré l’âge, s’avérant aussi drôle que touchant dans le récit de son existence, et agrémentant le tout par un bilan bien senti. Une belle leçon de vie, qui sera prochainement distribué sur la plateforme de streaming Hulu.

 

Muppets Guys Talking – Secrets Behind The Show The Whole World Watched (2017) de Frank Oz

A travers les âges et le monde tout entier, une émission de télé pas comme les autres a marqué plusieurs générations. Il y était temps de jouer la musique et d’allumer les lumières, et ses marionnettes sont devenues de véritables icônes, avec Kermit la grenouille en tête. C’est bien évidemment le Muppet Show, et l’un de ses plus importants géniteurs, Frank Oz, a réuni 4 autres acteurs célèbres du show pour discuter de sa conception, de ses coulisses et de son formidable créateur Jim Henson.

Avec autant de talents et de bonne humeur autour de la table, difficile de résister à la sympathie contagieuse qui règne, et même si on n’est pas forcément familier des Muppets, la joyeuse troupe dégueule de passion et de malice dans cette heure d’entretien riche en anecdotes dingues et en souvenirs touchants. Si le contenu est de l’or en barre, Frank Oz n’a malheureusement pas fait beaucoup d’efforts à la réalisation qui sonne amatrice et cheap. Textes blancs sur fond noirs, schémas sortis tout droit de paint et austérité absolue de l’emballage font de ce documentaire un objet presque universitaire dans sa forme, là où il suffirait de quelques graphistes talentueux pour donner un sérieux coup de polish et de rythme à l’ensemble.

Ca renforce l’impression que le tout a été fait pour le plaisir avec un budget ridicule, mais il suffirait de peu pour transformer l’essai, et donner à ces échanges l’écrin qu’il mérite vraiment.

 

Gemini (2017) de Aaron Katz

Une agents pour stars fait face au meurtre soudain d’une actrice célèbre pour qui elle travaillait, alors que tous les soupçons mènent à elle. Au fur et à mesure de ses recherches, elle va creuser dans le monde sans pitié d’Hollywood et de ses apparences trompeuses…

Bon, ne nous avançons pas trop dans le synopsis de Gemini tant le film ne le mérite pas.
Thriller faussement esthétisant qui rêverait d’envoûter les spectateurs par son ambiance feutrée et glaciale, Gemini se tire un lamentable sérieux totalement pachydermique, où tout est explicité dans des dialogues fonctionnels débité par des acteurs sous prozac. Et si le spectateur ne parvient pas à décrypter tout seul le mystère que le film peine à cacher, il devra faire de gros efforts pour se soucier un minimum des personnages insupportables et couillons qui tirent le film vers une durée réglementaire là où toute personne normalement composée aurait résolu la chose en 5 minutes.

Un film auquel personne ne semble croire en son sein, et qui tire mollement sur la corde pour essayer en vain de raconter quoi que ce soit.

 

DRIB (2017) de Kristoffer Borgli

Dans ce faux documentaire, on est censé suivre un acteur qui a signé un deal avec une immense société d’energy drinks pour un contrat publicitaire viral se basant sur les vidéos chocs du bonhomme.

Là où DRIB s’avère des plus intrigants, c’est parce qu’il fait tout pour flouter la frontière entre fiction et réalité. Mettant en scène l’acteur qui est censé jouer son propre rôle dans les reconstitutions du film en parallèle de ses interviews pour décrire l’histoire, le film de Kristoffer Borgli ne cesse de briser le 4ème mur en montrant par exemple les ratés de tournage avec ses prises multiples, ou en pointant du doigt certains éléments changés par rapport à la « véritable histoire » comme la marque de la boisson.
Une mise en abyme d’un récit de fiction pour créer une illusion de réalité, voilà le parti pris casse gueule et étonnant de DRIB, qui réussit à installer le doute au fur et à mesure, pour s’avérer au final assez pertinent sur la réflexion qui le sous-tend sur le caractère artificiel des réseaux sociaux et des moyens de communication moderne, où chaque image et chaque information peut être trafiquée de façon imperceptible avant d’être lâchée au grand public.

Un drôle d’objet filmique donc, qui perturbe et intrigue sur sa nature réelle.

 

Prevenge (2016) de Alice Lowe

Remarqué en festivals fin 2016, notamment au PIFFF, Prevenge peut se targuer d’avoir un concept simple et excitant : une femme enceinte entend son bébé lui parler et celui-ci la somme d’assassiner plus ou moins tout le monde !

Alice Lowe avait fait sensation dans le Touristes de Ben Wheatley pour son humour noir, elle revient en tant qu’actrice/scénariste et réalisatrice pour mener ce projet reposant grandement sur une méchanceté bien anglaise et… C’est à peu près tout !
Une fois le postulat rigolo posé, Prevenge n’est qu’un enchaînement de scène où une nana mal à l’aise erre et décide plus ou moins de tuer untel ou untel, sans qu’une véritable construction dramatique vienne soutenir tout ça. Alors voir une nana enceinte buter tout ce qui bouge, c’est rigolo deux minutes, mais ça ne suffit pas à tenir un film d’une heure et demie, surtout quand on est devant une réalisation caméra à l’épaule des plus banales, pour ne pas dire ennuyante.

 

Daphne (2017) de Peter Mackie Burns

Daphne, c’est l’histoire d’une anglaise paumée qui subit sa vie paumée avec des relations paumées, un travail paumé et globalement un quotidien paumé. Quoi de plus normal pour un film paumé par un réalisateur paumé qui a visiblement paumé son scénario ?

Les portraits de losers, c’est marrant 2 minutes, mais si on a absolument rien à leur faire vivre, soit on a une écriture solide qui permet une identification immédiate, ou même durant le film, sinon c’est l’ennui assuré. Daphne rentre dans la seconde catégorie, et tandis que son interprète principale tente de porter tant bien que mal cette absence d’histoire totale, le tout reste désespérément fade puisque du début à la fin du film, il ne s’est rien passé de nouveau pour notre paumée. Ça valait bien le coup d’en faire un film, n’est-ce pas ?

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