Les jours deux et trois du festival du film chinois de Dublin ont hélas confirmé l’impression du premier soir: la fréquentation n’est pas suffisante.

En effet, Forever Enthralled, deuxième film de la programmation, n’intéresse qu’une dizaine de personnes, et les projections d’Ip Man et d’Ip Man 2, auxquelles je n’ai malheureusement pas pu assister, n’ont pas fait salles combles non plus.
En espérant que la deuxième partie du festival, qui aura lieu en fin de semaine avec les derniers films de la programmation, notamment la première mondiale de Blood Oath, attirera plus de monde.

 

 

Forever Enthralled – aucune date de sortie en France
Réalisé par Chen Kaige
Avec Leon Lai, Zhang Ziyi, Honglei Sun
Mei Lanfang est un jeune chanteur d’opéra chinois au talent prometteur. Ambitieux et généreux, il souhaite dépasser les contraintes des règles traditionnelles et transcender son art pour le public…

Biopic mené sans faute ni temps mort, ce Forever Enthralled est probablement l’un des plus intéressants films de la programmation. C’est d’ailleurs une illustration parfaite de la séparation et de la difficulté que peuvent avoir deux cultures pour se comprendre l’une l’autre, jusqu’au jour où l’une d’elles a assez de courage pour faire le premier pas. La vie de Mei Lanfang est ainsi semée de défis, qu’il relève, et qu’il affronte la tête haute.

Le film est aussi l’occasion de découvrir l’opéra chinois tel qu’il se faisait dans la première moitié du XXe siècle. Dans une mise en scène qui épouse bien son sujet, l’illustration toute en sobriété de cet art permet d’admirer ses compositions visuelles, ainsi que les performances de ses interprètes. La biographie de Lanfang est propice est traiter bien des sujets, dont la relation qu’artiste peut entretenir avec le public, et l’importance qu’il accorde à sa vie privée, les effets secondaires d’une telle célébrité sur son entourage ou simplement sur ses admirateurs, ou encore la place de l’art dans une société contrôlée et censurée (pendant la domination japonaise). Révélant une volonté de sincérité et de justesse, Forever Enthralled s’inscrit dans les meilleurs biopics de ces dernières années. Il est aidé d’acteurs brillants et d’un récit qui berce aisément son public pour le fasciner de cette vie pas comme les autres. À voir si vous en avez la chance.

 

 

The Magic Aster – aucune date de sortie en France
Produit par Shanghai Animation Film Studio
Avec les voix de Lin Chi-ling, Leon Lai, Yao Ming
Ma Lang est une jeune homme intrépide et courageux qui possède une fleur magique capable d’exaucer tous les voeux. Alors qu’il tombe amoureux d’une jeune fille, les forces du mal convoitent la fleur magique…

Film d’animation chinois pour très jeune public, The Magic Aster ne possède malheureusement pas les qualités nécessaires pour dépasser sa cible. En effet, au delà d’une animation franchement cheap qu’on excusera vu le manque de moyens, l’écriture de ce dessin animé se révèle bien trop simpliste. Enchaînant les situations manichéennes qui n’offrent aucune possibilité d’exploration d’un éventuel deuxième niveau de lecture, le contre du Magic Aster se cantonne aux poncifs de la fable à morale qui manque cruellement de subtilité.

Si l’histoire en elle-même est passable, son traitement peut très vite devenir irritant à toute personne qui a plus de six ou sept ans, la faute à un groupe de sidekicks animaux au rôle de faire-valoir et aux traits d’humour inefficaces, et surtout à un étirement du récit sur sa dernière demi-heure qui frise le ridicule (ou l’art de faire durer trente minutes ce qui aurait pu être résolu en cinq). Ainsi, si vous survivez les personnages cul-cul la praline, il vous faudra encore supporter un affrontement final interminable et effarant de platitude. Le manque de maîtrise du récit entraîne une baisse de rythme impardonnable et de fait un manque d’implication du spectateur non-enfant inévitable. Je n’ai rien contre les contes pour enfants, j’adore même ça, du moment que c’est intelligemment écrit (allons revoir du Miyazaki, vite). Au delà de la qualité du film, sa programmation était intéressante en cela qu’elle donne une idée de la production animée en Chine, qui visiblement, selon les dires de Geoff Power, le directeur du festival, cherche encore à saisir les clés du succès en occident. Notons enfin la présence d’une lectrice lors de la projection, très bonne idée qui permet aux enfants de suivre l’histoire sans se soucier des sous-titres.

 

 

Election – sorti le 3 janvier 2007
Réalisé par Johnnie To
Avec Cheug Siu Fai, Lam Ka Tung, Wong Tin Lam
Les différents gangs d’Hong Kong entament une guerre sans merci pour le contrôle de la Triade…

Ça, c’est ce que j’appelle un film de gangsters des plus efficaces. Les ingrédients sont simples: des acteurs à gueule qui interprètent des ordures finies auxquelles on s’attache, un scénario prenant, une mise en scène classe à en faire exploser l’écran, et quelques scènes de combat mathématiquement pensées. J’avoue avoir peu de choses à ajouter sur ce thriller qui sait faire monter la tension crescendo sans facilité d’écriture et sans perdre le spectateur. La caméra de Johnnie To magnifie chaque plan, sa réalisation est immersive à souhait. Du pur film de gangster comme on sait en faire de l’autre côté de la planète, un régal.

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