Dernier volet des critiques d’Arkaron au Festival du Film Chinois de Dublin.

Il revient sur Apart Together, un drame chinois ayant fait l’ouverture du festival de Berlin en 2010 et dont le réalisateur y avait été couronné en 2007 pour Tuya’s Marriage mais aussi sur Blood Oath.
Vendu comme une avant-première mondiale, la projection n’en était pas réellement une puisque le film de Stephen Shin produit par Zhang Yimou est en réalité un nouveau montage de The Great Conqueror’s Concubine, film datant de 1994 et dont la version complète dure 8 heures !

Voici les deux critiques en espérant pouvoir vous en proposer d’autres l’année prochaine.

Apart Together
Réalisé par Quan’an Wang
Avec Lisa Lu, Feng Ling, Cai-gen Xu
Après 50 ans d’exil à Taiwan, Liu revient en Chine et retrouve sa première femme. Plongé au coeur d’une nouvelle famille, il avoue à son épouse qu’il l’aime toujours et qu’il voudrait l’emmener avec lui à Taiwan. Mais ils doivent d’abord l’annoncer à la nouvelle famille de Qiao…


Bande annonce chinoise

À la lecture du synopsis, j’étais intrigué. Il faut dire qu’à part une mince frange de la population cinéphile (les cinéphages, en fait), le cinéma chinois est très peu connu en Europe, et les films dramatiques chinois le sont surement encore moins. Ce Apart Together s’est au final révélé être l’un des meilleurs films du festival.

En effet, mettant principalement en scène des acteurs du troisième âge, les concepteurs du projet prennent le risque de laisser sur le carreau une bonne partie du public. Seulement voilà, le métrage de Wang a énormément de qualités pour lui, à commencer par une écriture des personnages au diapason, qui dépeint une galerie de personnalités proches, compréhensives, altruistes, et pourtant douloureusement humaines dans leurs tristesses respectives. La force d’une telle histoire, c’est qu’il est impossible de prendre parti pour l’un ou l’autre des trois protagonistes, tant la sincérité ou la volonté de faire ce qui est mieux reste au centre des rapports sociaux.

Au delà de son écriture qui recèle quelques situations déroutantes (un couple qui cherche à divorcer est support à quelques blagues bien senties), Apart Together étonne de ses aspects techniques d’une efficacité indiscutable, qu’il s’agisse de ses dialogues principalement filmés en plan-séquence (jusqu’à dix minutes), ou ses acteurs d’une justesse sans faille. La mise en scène est par ailleurs fort bien réfléchie, et ne donne jamais plus d’importance à un des protagonistes plutôt qu’aux autres, en atteste l’absence pure et simple de gros plans, au profit de plans d’ensemble qui englobent les personnages dans le même univers.

Drame social à la sincérité rare, Apart Together touchera et épatera tous ceux qui veulent bien croire aux histoires qui commencent comme des belles histoires…

 

Blood Oath
Réalisé par Stephen Shin
Avec Sung Young Chen, Li Gong, Rosamund Kwan, Shun Lau
La révolution du peuple chinois lors du règne tyrannique du premier empereur Qin, canalisée à travers deux hommes d’exception…

Surprise de taille lors de la cérémonie de clôture du festival: Blood Oath n’est pas un nouveau film, c’est un re-montage de deux heures d’un film qui a l’origine faisait huit heures, The Great Conqueror’s Concubine. Celui-ci racontait la défaite du premier empereur de la dynastie Qin, et de l’épopée de l’homme qui en fut la cause, de l’ascension à la chute. D’où vient cette volonté de présenter au monder une nouvelle version du film? J’avoue ne pas savoir.

J’avoue également être très sceptique sur le résultat. En effet, deux problèmes majeurs se posent à Blood Oath. Premièrement, le changement de focus qui recentre l’intrigue presque uniquement sur le guerrier tend à écarter la fameuse concubine dont il était autrefois question. Deuxièmement, la majeure partie de l’histoire étant tronquée (le coupes se font terriblement sentir), le film se révèle être un enchainement inintelligible de séquences sans grand rapport les unes aux autres. Au final, c’est exactement le même souci qu’avec la demi-version des 3 Royaumes de John Woo. Pour rester sur la comparaison, même si Woo conserve aisément sa première place de metteur en scène d’exception à Hong-Kong, Shin prouve lui aussi qu’il peut insuffler un certaine puissance aux scènes clés de son métrage ; notamment la scène finale, le dernier combat du héros, qui amène le spectateur dans des extrêmes d’épique et d’héroïsme. Il faut dire que l’utilisation des paysages magnifiques et le travail sur la photographie des scènes tournées en 1994 rendent le voyage extrêmement intéressant d’un point de vue purement technique.

Il ne fait aucun doute que Blood Oath donne envie de découvrir The Great Conqueror’s Concubine, seulement voilà: était-il vraiment utile de concevoir une bande-annonce de 120 minutes? À vous de voir.

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