Beaucoup de réalisateurs français se tournent vers l’animation et de nombreux projets sont en cours. Alexandre Astier va adapter Astérix et le Domaine des Dieux en animation 3D, Benoit Philippon (Lullaby) a toujours un projet intitulé Mune dans ses cartons et Patrice Leconte bosse toujours sur le Magasin des Suicides.

En attendant, le dernier de la bande est Rémi Bezançon dont L’Heureux Evènement est sorti il y a peu de temps. Pour Zarafa, il a fait appel à Jean-Christophe Lié, ancien du studio Disney à Montreuil et ayant bossé sur Tarzan et le Bossu de Notre Dame et plus tard sur Kirikou et les Bêtes Sauvages.

Critique animée.

 

 

Zarafa – Sortie le 8 février 2012
Réalisé par Rémi Bezançon, Jean-Christophe Lie
Avec Max Renaudin, Simon Abkarian, François-Xavier Demaison
Sous un baobab, un vieil homme raconte aux enfants qui l’entourent, une histoire : celle de l’amitié indéfectible entre Maki, un enfant de 10 ans, et Zarafa, une girafe orpheline, cadeau du Pacha d’Egypte au Roi de France Charles X.
Hassan, prince du désert, est chargé par le Pacha de conduire Zarafa jusqu’en France mais Maki, bien décidé à tout faire pour contrarier cette mission et ramener la girafe sur sa terre natale, va les suivre au péril de sa vie.
Au cours de ce long périple qui les mènera du Soudan à Paris, en passant par Alexandrie, Marseille et les Alpes enneigées, ils vont vivre mille péripéties et croiser la route de l’aéronaute Malaterre, des étranges vaches Mounh et Sounh et de la pirate Bouboulina…

 

Ah l’animation française… une grande et longue histoire. D’amour ? Pas sûr, pas à chaque fois en tout cas. De talent ? Bof, non plus. Du moins, ceux qui s’y sont collés ont eu pour tendance de se démarquer des autres (Chomet) ou de partir outre Atlantique, là où le budget est plus conséquent (Pierre Coffin avec Despicable Me). Et le reste ? Et ben pas grand chose. A part Chomet ou Ocelot et ses horribles effets de style, on ne se souvient pas, par exemple, de Un Monstre à Paris. Alors quand le réalisateur le plus insupportable du moment, Rémi Bezançon s’attaque à un simili-Kirikou, accompagné justement du superviseur des effets visuels de ce dernier, on tremblait de peur, avec un mauvais arrière-gout dans la bouche. Allait-on avoir le droit à un récit sur la vie, dire que quand même, la vie, parfois, c’est pas cool, à coup de voix off de Louise Bourgoin ?

Et ben pas loin. Non non, ne partez pas. Le responsable d’Un heureux évènement s’est calmé, ou du moins, a visé un public en bas âge. Oui, Zarafa est un récit sur la vie à coup de voix off (mais pas de Bourgoin cette fois). Et pourtant c’est clairement moins mauvais que ça en a l’air.
L’histoire se base sur une histoire vraie. Zarafa est effectivement une girafe qui a vraiment existé, offerte par Méhémet Ali à Charles X et a vécu dans le Jardin des Plantes. Ici, Bezançon a décidé d’inventer une amitié liant un jeune garçon, Kirikou Maki avec la girafe, tout en contant le voyage de l’animal jusqu’en France. Les deux seront aidé de Hassan et de Malaterre, en essayant d’échapper au terrible Moreno. Seulement voilà, c’est à peu près tout. On suit le voyage du gamin et de Zarafa, sans rebondissement puisque tout pointe le bout de son nez au moment attendu. Le méchant est très méchant les gentils sont très gentils, les esclaves sont libérés et tout est bien qui finit bien. Ils croiseront quelques personnages sur leur chemin, et même si l’un d’eux vient à mourir, il est réincarné dans un autre animal. Vous l’avez compris, c’est bel et bien sur le scénario que le bat blesse. A trop vouloir cibler les enfants, les réalisateurs en oublient les adultes.
Même si on ne demandait pas plusieurs niveaux de lectures, un déroulement parfois un peu plus adulte aurait été préférable. La majorité des problèmes est cependant dû à la courte durée du film. En effet, les situations problématiques sont résolues de manière très abrupte et les relations entre les personnages se font et se défont non pas sans lien mais sans émotion. Par exemple, Maki rencontre une jeune fille et pleure son départ dix minutes après leur rencontre (j’exagère à peine). Heureusement l’ensemble tient suffisamment la route pour qu’on s’y intéresse.

Mais surtout, Zarafa est à retenir pour son visuel. En effet, une animation classique en 2D est un projet louable, d’autant plus lorsque c’est très soigné. Ainsi donc, on oublie par moment le scénario bancale et on se laisse entraîner dans une Afrique sublime dont certains passages sont époustouflants (le Sahara notamment) et quelques personnages, comme Charles X, rappelleront le design de Chomet. Et heureusement d’ailleurs, parce que l’animation arrive à sauver un scénario bien trop classique et enfantin. Ca aurait pu être remarquable, ce n’est que vaguement marquant. Dommage. Quoiqu’il en soit, on espère qu’il va renouveler son expérience de l’animation et mettre un peu de côté ses films “sur la vie”. Ce qui ne semble pas le cas au vu de son prochain projet (un film sur la crise de la quarantaine).

6 commentaires

  • brou mardi 7 février 2012 9 h 06 min

    Petite précision : Pierre Coffin n’est pas parti outre-atlantique… Toute l’animation de “Despicable me” est réalisée en France.

  • Marc mardi 7 février 2012 11 h 49 min

    C’est d’autant plus cool alors, merci pour la précision :)

  • brou mardi 7 février 2012 21 h 02 min

    En fait, depuis le succès de “Despicable Me”, la branche animation de MacGuff (dirigée par Coffin, donc) est devenue “Illumination MacGuff” pour bosser exclusivement sur tous les films produits par le Illumination Entertainment de Chris Meledandri. Apparemment, sur Le Lorax et Despicable Me 2, le fonctionnement reste le même : les postes de production, scénar et storyboard sont américains, et tout le reste (direction artistique, animation, effets spéciaux etc.) est français (c’est frappant de voir la répartition entre noms français et noms anglais/américains sur la fiche imdb de Despicable Me, par exemple). Les américains reprennent ensuite le film pour le montage, mixage puis marketing etc…
    Je crois d’ailleurs que ce rachat/partenariat a mis quelques productions françaises dans un embarras temporaire (le Astérix de Alexandre Astier et Louis Clichy devait se faire chez MacGuff mais doit trouver un nouveau studio, donc).

  • Marc mercredi 8 février 2012 9 h 39 min

    Je note, ca m’intéresse. Tu as dessiné pour le studio ?

  • Alex mercredi 8 février 2012 11 h 57 min

    En fait je parlais surtout de la production, qui a quand même un budget plus conséquent aux Etats-Unis qu’en France :)

  • brou mercredi 8 février 2012 13 h 23 min

    @Alex : Oui, oui (ceci dit, si Illumination est venu chercher MacGuff, c’est surtout parce que ça leur a permis de réduire les coûts -Despicable Me ne coûte “que” 69 millions de dollars, une paille comparé aux 200 millions de Cars 2)… Mais je crois que les problèmes de l’anim française ne viennent pas seulement d’un manque de budget, il y a aussi des problèmes structuraux… Un Monstre à Paris a perdu de l’argent et de l’énergie après la fermeture de Bibo Studio… Le boulot a ensuite dû être re-dispatché, avec notamment des prestataires étrangers si je ne m’abuse. The Prodigies a souffert de la fermeture du studio de “motion capture” Attitude Studio en cours de production. Parmi les prochains films, La Mécanique du Coeur connaît il me semble aussi des soubresauts après le dépôt de bilan de Duran-Duboi… Beaucoup de problèmes qui coûtent en temps, en argent et en créativité et ne sont pas forcément liés à des raisons strictes de budget mais aussi à des problèmes de rythme de production, de stabilité de la chaîne de production etc. mais je ne suis pas expert…
    @Marc : Je ne suis pas du tout de la partie, mais ce sont des choses qui filtrent sur certains sites et forums (catsuka par exemple). ça reste flou pour moi mais on peut voir quelques grandes lignes.

Ajoutez un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs marqués * sont obligatoires.