Après avoir rempli pendant cinq jours les salles du Gaumont Capucines, le Paris Internation Fantastic Film Festival a tiré sa révérence ce dimanche… jusqu’à l’année prochaine.

De nombreux courts métrages ont été récompensés. Coté long, les prix ont été attribués à Cheap Thrills qui repart avec l’Oeil d’Or (voir notre critique au NIFFF) et à l’Etrange Couleur des Larmes de ton Corps de Hélène Cattet et Bruno Forzani (qui avaient notamment signé Amer en 2010).

Le festival s’est terminé avec la projection de Wolf Creek 2, suite du film de Greg McLean sorti en 2005.

 

Modeste production horrifique dont l’originalité provenait seulement du pays d’origine, Wolf Creek est l’un de ces films ayant fait sa réputation d’un festival à un autre, au point d’arriver dans le circuit de distribution classique. Très vite classé « culte », le film de Greg McLean n’avait cependant rien de bien original et déroulait un énième schéma de survival ardent en territoire sauvage. Seul le tueur, un chasseur redneck à l’accent prononcé, pouvait un minimum étonner par la présentation sympathique qui en était faite, avant de zigouiller ses victimes crédules.
Et manque de bol pour les touristes australiens, le bougre n’a pas fini de circuler…

L’attrait de Wolf Creek, c’était l’ambiguïté somme toute relative et assez mal gérée par ailleurs du tueur incarné par John Jarratt. Un bon bouseux, débarqué de nulle part, qui aidait des étrangers égarés pour mieux les plonger la tête la première dans la gueule du loup. Une idée excellente mais limitée puisque traitée de manière sommaire. En gros : une fois sa face sombre révélée, le personnage de Mick Taylor n’était qu’un psychopathe de plus dans la longue liste du cinéma d’horreur, qui jouait comme tel tout le reste du film, sans nuance.
S’il y avait bien quelque chose à exploiter de ce personnage, c’était pourtant sa dualité. Et l’intro de Wolf Creek 2 donne le bon ton, avec deux flics qui arrêtent le meurtrier façon Crocodile Dundee sans aucune raison valable, en prétextant un faux excès de vitesse pour passer l’ennui dans le désert.
S’en suit un échange tendu, où les policiers ne font rien pour arranger leur cas en s’acharnant sur un type dont on sait pertinemment les capacités et la nature sanguinaire. Le reste de la scène ne fera aucune surprise, et le revirement de situation est d’autant plus total qu’il est assez jouissif. Certes ces flics n’ont dans l’absolu pas franchement mérité une fin funeste, mais on ne peut s’empêcher d’être du côté de rustre pour une simple question d’abus de pouvoir. Jouer sur le code moral du spectateur en le mettant avec l’enfoiré de l’histoire, voilà un filon qui ne demandait qu’à être approfondi, en questionnant sans cesse l’éthique du public. Seulement une scène suffisait à Wolf Creek 2 pour ça, le film préférant vite passer à autre chose…

On ne change pas une formule qui marche. Manque de pot, on ne trouve pas qu’elle marche vraiment. Ainsi, si vous aimez le premier épisode, cette suite reprend vite le même schéma pour le pousser plus loin. Voilà donc de nouveaux touristes, allemands ce coup-ci, qui vont évidemment avoir la malchance de rencontrer celui qu’il ne fallait pas pour bénéficier un relooking express sans rien demander.
Jouant la carte la plus primaire du survival, Wolf Creek 2 va passer le restant de sa durée avec son cinglé jonglant d’une victime à une autre, en ajoutant de nouvelles quand les enjeux s’essoufflent, jusqu’à tomber sur celle qui va survivre plus longtemps que les autres et pousser le bougre dans ses derniers retranchements. En cela, le principe scénaristique du film n’a pas grand intérêt.
Redite friquée du premier, l’histoire montre la même chose : une chasse à l’homme dans des paysages désertiques dignes d’une carte postale. Alors oui, c’est beau, d’autant que la seule chose qu’on peut réellement accorder au réalisateur, c’est d’avoir un vrai sens du cadre. Wolf Creek était tourné en DV et avait une sacrée gueule, autant dire que cette suite avec un budget plus confortable ne se fait pas prier pour afficher de jolis plans. Seulement on ne s’attache pas aux victimes puisque le héros du film est le tueur. On ne s’attache pas au tueur puisque passé la rencontre avec son bétail, il joue le gros psychopathe de service, et on le connaît trop pour avoir peur de lui (c’est juste un bouseux, non mais oh !). On ne s’amuse pas non plus puisque les mises à mort sont toutes les mêmes (couteau dans le dos, tir au fusil) et que le ton se veut premier degré, excepté lors d’une scène bien gratos où des Kangourous en prennent pour leur grade.
Tentative d’assise mythologique de « l’icône » Mick Taylor, Wolf Creek 2 possède un schéma scénaristique sans surprise que l’on pourrait étirer à l’infini, et étonne seulement quand il part soudainement sur le terrain du torture-porn, pour un échange interminable.

Sans compter les nombreuses fois où le boogeyman aurait pu se faire avoir si les héros n’étaient pas débiles (vous vous souvenez dans le premier quand il était HS à terre et que l’héroïne avait 10 fois le temps de l’achever tranquillement ?), Wolf Creek 2 essaie de donner de la matière au bonhomme, en approfondissant son background et en montrant des choses inédites sur l’univers du tueur.
Souhaitant compiler en un homme toutes les tares du monde contemporain, Greg McLean fait de sa création le pire des enfoirés, misogynes, racistes, patriotes exacerbés, et j’en passe.
Entre ça et la volonté de casser les clichés de son Australie natale pour la célébrer tout en lui tirant dans les jambes, le cinéaste semble surtout se complaire sur sa réussite passé en lui donnant un écrin plus luxueux, mais aussi plus vain. Qu’il se fasse plaisir en citant Duel de Spielberg ou en triturant sa nation d’origine, c’est une chose, mais au fond, comment faire de son tueur une figure sacrée et effrayante si on la connait de A à Z ? Comment donner de l’attachement à des victimes si dès le début elles sont présentées comme telles ? Voilà quelques-unes des nombreuses contradictions d’une œuvre qui semble s’être elle-même perdue dans l’immensité des plaines australiennes.

Dans la catégorie « scénario prétexte extensible à l’infini », j’ai demandé Wolf Creek 2 !
Une interminable chasse à l’homme à l’issue évidente malgré ses sempiternels rebondissements soporifiques, qui ne manquent pas d’aller bouffer à tous les râteliers et à sombrer dans le torture-porn le plus éculé afin de sembler plus profond qu’il en a l’air. Passant encore une fois à côté du potentiel de son personnage, Greg McLean l’enterre définitivement en montrant tout ce qu’il y a à voir sur lui. Quoi que, il reste de la place pour voir ses origines dans un préquel, si jamais l’échec de cette suite ne lui suffit pas.

 

Wolf Creek 2 (2013)
Réalisé par Greg Mclean
Avec John Jarratt, Ryan Corr, Shannon Ashlyn, Phillipe Klaus
Deux routards décident de partir dans l’outback australien et tombent sur le plus dangereux prédateur du coin : le psychopathe Mick Taylor.

1 commentaire

  • neitsoko samedi 24 mai 2014 13 h 44 min

    Je ne suis absolument pas d’accord avec cette critique, ce film est une vraie réussite d’une extreme tension. Personnellement je n’ai pas vu un tel film depuis fort longtemps. Avec une mise en scène hallucinante, l’oeuvre nous plonge plus encore au cœur de la Bête, de ce tueur hallucinant. C’est brutal, drôle et sauvage. Bref mis a part une fin un peu décevante, l’ensemble est tout simplement jouissif. Un vrai grand bon film de survival et surtout une très bonne suite.

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