Après un film historique sur les écrits de Shakespeare que personne n’a vu (Anonymous, sorti l’année dernière et tout aussi inconnu que son titre), Roland Emmerich revient cette année à ce qu’il sait faire de mieux : tout faire péter !

Cette fois, pas de période glaciaire pour recouvrir la planète ni d’extra-terrestres mais quelque chose de plus modeste : des terroristes et la Maison Blanche. Le film réunit Channing Tatum, Jamie Foxx mais aussi Maggie Gyllenhaal, Richard Jenkins ou encore le trop rare James Woods.

Qu’en est il donc du film et comment le comparer avec La Chute de la Maison Blanche ? Jean-Victor fait péter la critique.

 

Symbole de l’histoire et de la suprématie des Etats-Unis d’Amérique, la Maison Blanche fait partie des monuments inébranlables de la nation, excepté au cinéma. Après l’avoir explosée à grand coup de laser de soucoupe volante ou de porte avion en pleine façade, Roland Emmerich semble ne s’être toujours pas rassasié dans sa discipline favorite, et lui dédicace même un film entier.
Ça s’appelle sobrement White House Down, et comme si cela ne suffisait, le film fait face à une autre similaire puisque sortait au début de l’année la Chute de la Maison Blanche de Antoine Fuqua. Dans cette lutte à qui détruira le mieux le gouvernement américain, Emmerich semble avoir une certaine longueur d’avance, et c’est l’occasion de voir s’il a toujours la main.

La comparaison avec le film du début d’année tenu par Gérard Butler va heureusement s’arrêter assez vite pour la simple et bonne raison que celui-ci était un énième ersatz de Die Hard et 24H Chrono complètement cheap et dénué de surprises. Pourtant, dans les faits, il partageait bien des similitudes avec l’intrigue de ce White House Down. Comme si il n’existait pas 36 façons d’infiltrer la Maison Blanche pour mieux la faire péter de l’intérieur, les deux films recoupaient sur le même schéma, comprenant des membres de l’administration américaine qui retournaient leur veste au dernier moment pour faire couler l’Amérique au moment où celle-ci était sur le point de réussir un acte de paix mondial. Point de coréens ici, mais des patriotes qui ne veulent pas voir les USA céder face au Moyen-Orient et qui préfèrent voir l’Iran et leurs copains mourir sous un feu atomique plutôt que de considérer une solution plus diplomatique. Pas de doute, le blockbuster se fait démagogue avec ses méchants issus de l’administration Bush quand l’un des héros est un président noir joué par Jamie Foxx dont la plus grande volonté politique est de retirer les troupes d’Afghanistan. Un sous texte politique qui ne va pas plus loin que ça tant nous avons à faire avant tout à un film d’action au charme limite désuet. White House Down a ce côté quasiment anachronique dans son caractère de film d’action bien américain, patriotique à en crever, qui nous ressort cette éternelle lutte du pays de la liberté et de l’égalité face aux terroristes pas beaux qui veulent asservir une si belle nation. Ça ne vole pas très haut et de nombreux éléments du scénario n’élèvent en rien le niveau ou le sentiment de déjà vu puisque le héros du film est un énième père de famille divorcé, qui essaie de se réconcilier avec sa fille et qui veut bien faire même si il a cette satanée malchance à se retrouver toujours au mauvais endroit au mauvais moment.
Et quand bien même les chances de s’en sortir sont minces, cet individu imprévisible coincé au milieu d’une situation à haut risque planifiée par une équipe super organisée va leur donner plus de fil à tordre que prévu… C’est sûr, White House Down n’est pas prêt de remporter la palme de l’originalité mais quelque part, il revendique tellement son héritage qu’il parvient, parfois, à tirer son épingle du jeu…

Quand bien même plane sur Roland Emmerich l’ombre écrasante du chef d’œuvre matriciel de John McTiernan (Piège de Cristal pour ceux qui ne suivent pas), jamais le film ne dérive de son programme initial et il met un point d’honneur à réappliquer à la lettre cette formule usée jusqu’à la moelle. L’exposition présente ainsi certains traits de personnalité des personnages principaux et secondaires qui vont finir par se retourner pour le meilleur et pour le pire contre eux, tout comme le déroulement ultra linéaire de l’histoire semble connu de tous dès le début. Au milieu de cette recette ultra balisée, Roland Emmerich semble en réalité s’amuser à utiliser cette sauce célèbre pour lui permettre de réaliser de petites expériences extravagantes. Car White House Down s’autorise à plusieurs reprises des délires saugrenus assez surprenants dans le bon sens du terme. Par exemple, on a le droit à une course poursuite dans laquelle le héros tente de s’échapper à bord de la limousine présidentielle blindée en tournant en rond dans les jardins de la maison blanche tandis que le président américain est à l’arrière avec un lance-roquettes pour essayer d’arrêter leurs assaillants.

Une vision tout en subtilité et en poésie de l’Amérique, sur laquelle s’ajoute un petit côté anti héros bienvenu au personnage de Channing Tatum, qui se rend souvent compte de l’absurdité totale des situations dans lesquelles il se trouve malgré lui. Une touche de second degré tenant plus de l’ironie que du cynisme pur, qui traduit la volonté du réalisateur de jouer avec le programme habituel pour le renouveler quelque peu. Sans doute écrasé par une production costaud et un studio qui ne se prête pas trop à ce type de folie, Emmerich ne pousse malheureusement pas la chose très loin, et ces petites divagations récréatives restent des fulgurances au milieu d’une œuvre qui ne peut s’empêcher de proposer les grosses mécaniques récurrentes, à base d’effets spéciaux numériques dans tous les sens et pas toujours du plus bel effet, ce qui est assez étrange pour le cinéaste. A ce propos, la scène complètement gratuite de la destruction de l’Air Force One nous rappelle aux heures les plus sombres du cinéaste, qui meuble énormément son film avec des scènes parfois trop automatiques et gratuites pour procurer un quelconque fun. C’est d’ailleurs la sensation qui ressort de ce White House Down : tout était là pour se fendre allégrement la poire devant une série B régressive qui s’assume, mais qui se retrouve plombée par le besoin de faire du grand public à tout prix. Certaines mises à mort finales sont symptomatiques de ce syndrome, entre des actions qui prêtent à de grands élans de violence et une mise en scène qui se refuse à donner dans le vrai plaisir coupable gras et ne serait-ce qu’une goutte de sang.

Trop propre et trop lisse pour faire pleinement son effet, White House Down s’avère souvent bien sage et aurait mérité plus de folie et de fureur pour s’imposer en vrai plaisir régressif. En ressort un film certes regardable et nettement plus divertissant que l’Olympus Has Fallen de Antoine Fuqua, mais qui se tire une balle dans le pied à trop vouloir faire grand public.

Pas désagréable donc, et tout autant anecdotique.

 

White House Down – Sortie le 4 septembre 2013
Réalisé par Roland Emmerich
Avec Channing Tatum, Jamie Foxx, Maggie Gyllenhaal
Membre de la police du Capitole, John Cale vient de se voir refuser le job dont il rêvait : assurer la protection du président des États-Unis. Espérant éviter à sa fille une déception lorsqu’il lui apprendra la nouvelle, il l’emmène visiter la Maison-Blanche. C’est à ce moment qu’un groupe paramilitaire lourdement armé attaque le bâtiment. Alors que le gouvernement américain sombre dans le chaos, Cale va tenter de sauver sa fille, le président, et le pays tout entier…

1 commentaire

  • bob lundi 2 septembre 2013 20 h 55 min

    nul à chier !!

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