Les sorties de la semaine sont forcément marquées par le retour d’un androïde qui avait promis de revenir. Nous n’avons pas vu Terminator Genysis, qui n’a été montré qu’à une poignée de critiques triées sur le volet, mais les premiers échos sont aussi mauvais que le score au box office s’annonce bon.

Nous avons préféré nous focaliser, donc, sur Tale of Tales présenté à Cannes, sur le film consacré au leader des Beach Boys ou encore sur Victoria, un thriller-concept allemand qui a fait parler de lui outre-Rhin.

 

LA CRITIQUE

Pour assurer la promotion d’un film, il suffit parfois d’un seul spectateur !
Bon, en l’occurrence celui-ci s’appelle Darren Aronofsky, et il a tellement aimé le long métrage Victoria que cela a suffit pour susciter une certaine attente autour, jusqu’à sa sortie aujourd’hui en France, alors que la chose a récolté 6 Lolas, les Césars Allemands.

Avec son statut déjà assuré de petite bombe du cinéma indépendant germanophone, Victoria tient-elle seulement ses promesses ?

Victoria, c’est une jeune espagnole un peu paumée à Berlin, qui va sortir de boite de nuit autour de 5h pour tomber sur 4 mecs qu’elle va suivre dans une nuit qui s’annonce sans prise de tête et drôle. Sauf que non. En soit, l’histoire de Victoria ne constituerait pas quoi que ce soit d’excitant si le film ne lui offrait pas une forme qui se veut la plus immersive possible : le plan séquence. Car oui, tout le film est en un seul plan sans aucune triche, une seule et unique prise qui permet de suivre cette femme et ses nouveaux amis en temps réel dans une escapade légère et décontractée qui va évidemment dégénérer.
L’un des points intéressants dans tout ça, c’est justement la gestion du temps réel.
Afin que l’histoire soit plausible, et que le personnage principal prenne certaines décisions par la suite avec un minimum de crédibilité ou de compréhension de la part du spectateur, le réalisateur Sebastian Schipper étire le plus possible son exposition, durant un bon tiers du long métrage, si ce n’est la moitié, et nous perd l’espace d’un (long) instant dans une simple rencontre.
Du film de pote à la romance, il n’y a qu’un pas, et l’on croirait presque que le scénario va emprunter un chemin nébuleux, sur la simple histoire d’un soir, où comment une âme solitaire se lit à 4 autres.
D’ailleurs, il est intéressant de noter dès la première scène comment le film caractérise son héroïne à toute vitesse, notamment durant un court échange avec un barman, pour faciliter l’acceptation de ce choix un peu étrange pour une femme seule de suivre 4 mecs paumés dans la nuit berlinoise.

Seulement, vous vous en doutez, le film va opérer un virage soudain et tomber dans le thriller brut de décoffrage et pour cause puisqu’on est toujours en temps réel.

Le souci principal, c’est qu’une fois la mécanique infernale lancée, celle-ci n’a pour ainsi dire aucune surprise en réserve tant l’histoire qu’on nous propose ici semble rabâchée depuis des lustres. Un coup apriori parfait qui va partir totalement en sucette, ce n’est pas la première fois qu’on nous en montre un, et excepté la réalisation live, c’est désert niveau originalité.
Pire encore, la crédulité toute relative du scénario (c’est quand même une nana qui part vagabonder avec 4 inconnus un peu étranges !) explose en vol tant les personnages commettent une suite de choix tous plus débiles et dommageables les uns que les autres. A croire qu’ils ne veulent jamais s’en sortir ! Pour le dire comme je le pense, j’avais un peu l’impression d’être face à une bande de crétins finis, comme si le public savait pertinemment ce qui allait leur arriver à tel ou tel moment, mais pas eux, tout crédules qu’ils étaient dans leur situation abracadabrantesque. Et du coup, c’est difficile de s’identifier ou de ressentir quoi que ce soit, d’autant que le film s’enfonce progressivement dans une hystérie collective assez insupportable, où l’on crie de plus en plus fort pour aggraver la situation de plus en plus. Et comme la chose dure toute de même 2h20, pour peu que vous n’accrochiez pas au personnage et que vous aussi êtes circonspect devant leurs décisions, la mise en scène ne sauvera rien.

Bien sûr, la forme continue proposée dans Victoria ici fait l’illusion un temps, et l’on applaudit la performance toute relative d’un film qui reste malgré tout tourné à l’épaule un peu n’importe comment. Mais la volonté de nous plonger au cœur de cette intrigue est constamment contre balancée par le manque total d’inventivité de cette dernière, et l’on est finalement sur des sentiers battus et rabattus que la forme ne transcende jamais. Comme quoi, la démonstration technique ne fait pas tout.

 

Victoria – Sortie le 1er juillet 2015
Réalisé par Sebastian Schipper
Avec Laia Costa, Frederick Lau, Franz Rogowski
5h42. Berlin. Sortie de boîte de nuit, Victoria, espagnole fraîchement débarquée, rencontre Sonne et son groupe de potes. Emportée par la fête et l’alcool, elle décide de les suivre dans leur virée nocturne. Elle réalise soudain que la soirée est en train de sérieusement déraper.

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