En 2015, Naomi Kawase vous avait sans doute donné envie de manger des dorayaki faits maison dans Les Délices de Tokyo.

Habituée du Festival de Cannes, la cinéaste nippone revient sur la Croisette encore cette année avec un nouveau long-métrage intitué Vers la Lumière où elle retrouve pour l’occasion Masatoshi Nagase. A ses cotés Ayame Misaki, vue dans le sentaï Tokumei Sentai Go-Busters et dans la version live de Attack on Titan…

 

LA CRITIQUE

À nouveau long-métrage, Naomi Kawase reprend la route du Festival de Cannes pour représenter le Japon dans l’une des sélections. Après Still the Water et Les Délices de Tokyo, elle nous emmène cette année Vers la lumière. En version originale, le titre ne se résume qu’à Hikari. Un mot : Lumière. L’illumination correspond parfaitement au cinéma de la réalisatrice dont chaque film est une nouvelle étape dans l’ascension de notre âme. Mais Naomi Kawase possède aussi l’art de la simplicité, de nous créer une proximité avec ses personnages qui n’est pas feinte et ne peut que nous bouleverser au final.

Vers la lumière propose une mise en abyme du Septième art en suivant son héroïne, employée à retranscrire des long-métrages en pistes audio descriptives pour les mal voyants. Un sujet rarement (si ce n’est jamais) abordé pour un art qui ne s’est pas posé la question de s’adresser à tel public. Naomi Kawase englobe d’ailleurs son approche comme une expérience globale, ouvrant son film sur les instructions réglementaires de cette version traduisant les images. Toutefois, cette reprise de l’image par le texte n’est pas systématique. Au fil des discussions, la question de la vision de l’auteur, du jeu des personnages à l’écran et du ressenti de la composition du cadre sont autant de facteurs fondamentaux à prendre en compte pour Misako (Ayame Misaki). Une tournure de phrase ou l’emploi d’un mot mal choisi peut changer complètement la compréhension du film. Il faut alors respecter autant l’auteur en lui restant le plus fidèle, que le spectateur qui ne pourra voir l’œuvre qu’à travers ce texte composé et rythmé en fonction de la bande sonore.

Cependant, Misako a pour principal contradicteur Masaya Nakamori (Masatoshi Nagase). Et comment peut-elle s’opposer à l’avis de ce photographe qui a quasiment perdu toutes ses capacités visuelles ? Or, il ne faut pas se méprendre. Chez Naomi Kawase, vous n’assisterez pas à du misérabilisme à faire chauffer les violons sous la pluie. Elle est avant tout une cinéaste de la pudeur. Les sentiments sont souvent cachés, tellement enfouis afin que les autres – et parfois, soi-même – ne pourraient comprendre ce qui vous touche ou vous surprend. C’est tout là le paradoxe pudique que met habituellement en scène Naomi Kawase, retissant les liens familiaux brisés ou les amours impossibles. Son Vers la lumière n’est alors pas une si grosse prise de risque. Elle reste dans sa zone de confort et ne cherche pas à en sortir. La relation qui va se nouer entre la traductrice et le photographe est cousue de fils blancs, mais cela ne nous empêchera pas d’y trouver cette petite lumière vacillante qui nous illumine face à un coucher de soleil sur un horizon montagneux.

La peur de l’obscurité et de sa solitude plane sur tout le long-métrage. Même si Naomi Kawase laisse l’espoir d’une normalité de la vie après avoir perdu la vue, l’irréversibilité de cette transformation est une peur que nous partageons, qui plus est devant un écran de cinéma. S’il est moins fort que son précédent Les Délices de Tokyo, le nouveau film de Naomi Kawase est un petit coup de cœur au sein de cette compétition pour la Palme d’or, faite en grande partie de drames glauques et de tragédies sociales. Son casting émouvant composant une galerie de personnages banals sait nous émouvoir par un geste tendre ou des regards qui s’évitent. Réflexif sur son art, Vers la lumière est de ce pur Naomi Kawase qui éclaire nos cœurs et réchauffe notre âme tout en pudeur. Un bien beau film de cette 70e édition du Festival de Cannes.

Vers La Lumière, de Naomi Kawase – Sortie le 20 septembre 2017

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