L’une des grosses sorties de ce mois de mars, que vous pourrez d’ailleurs aller voir à 3 euros 50 le temps du Printemps du Cinéma est française.

Ca n’a pas dû vous échapper puisqu’il écume les plateaux de télévisions et de radios ces derniers jours mais Pierre Niney joue dans un nouveau film. Après avoir été auréolé pour avoir incarné Yves Saint-Laurent, le comédien change radicalement de registre puisqu’il incarne désormais un jeune écrivain devant la caméra du réalisateur de Captifs, Yann Gozlan.

 

LA CRITIQUE

Pour écrire cette chronique, j’aurai sûrement pu aller recopier un papier d’un camarade, pomper Wikipédia et faire croire que je l’avais signé. Vous n’y auriez vu que du feu et peut-être même m’auriez-vous félicité pour ma prose ? Mieux, le succès de cette chronique écrite par un confrère pourrait me valoir de bousculer ma vie, de faire craquer la jeune fille brune qui ne fait que hanter mes pensées. Mais non, je ne suis pas l’Homme Idéal que décrit Yann Gozlan. Et je n’ai pas les traits de Pierre Niney.

Ces quelques lignes résument l’idée de base du nouveau film de Gozlan. Presque cinq ans, cinq longues années après le très bon Captifs, celui qui avait mis en cage Eric Savin et Zoé Felix revient sur le devant de la scène avec un thriller porté par le tout jeune césarisé Pierre Niney dans lequel il est question de vol de manuscrit.
Ecrivain en galère, Mathieu découvre le journal d’un ancien de la guerre d’Algérie. Brut, réaliste et surtout très bien écrit, le recueil raconte le quotidien d’un soldat français de l’autre coté de la Méditerranée. Le jeune écrivain décide, sachant que l’auteur original est mort et sans famille, de publier le bouquin en son nom, ce qui lui permet de rencontrer le succès et de charmer la très très jolie Alice (Ana Girardot, toujours aussi impeccable). Mais le temps passe et son éditeur lui réclame un autre bouquin. Que Mathieu ne peut bien entendu pas écrire. Il va alors s’enfoncer dans le mensonge.

Le pitch de départ aurait aussi pu être pompé sur d’autres. Il rappelle vaguement Fenêtre Secrète (avec Johnny Depp) ou encore The Words, film encore inédit en France avec Bradley Cooper. Mais Yann Gozlan choisit de raconter autre chose que cette usurpation. Ce qui l’intéresse d’avantage c’est de voir un homme s’enfoncer lentement mais sûrement dans le mensonge, ce qu’il fait d’ailleurs en maitrisant parfaitement sa narration puisqu’il va faire monter petit à petit la tension pour le personnage de Niney. On pourrait penser qu’il allait vite se retrouver face à un proche de l’auteur original du manuscrit, ce que montre la bande-annonce, mais le réalisateur également scénariste choisit de se focaliser en premier sur le syndrome de la page blanche et sur toutes les excuses que Mathieu doit trouver pour ne pas perdre la face face à sa belle-famille. C’est seulement bien poussé à bout qu’il se retrouvera face au “méchant” de l’histoire, et qu’il continuera à duper son monde pour des raisons pas forcément aussi évidentes qu’on pourrait le croire.

Il en résulte un vrai film haletant, prenant et enchainant les surprises, porté par un Pierre Niney qui mérite largement sa statuette. Cette nouvelle génération d’acteurs totalement impliqués et qui cherchent enfin à faire autre chose que du théâtre filmé (auquel malheureusement sont accoutumés quelques seconds rôles du film d’ailleurs) fait plaisir à voir, surtout quand ils sont bien dirigés. Gozlan fait du bon travail, en laissant parler sa caméra, en faisant passer des choses par l’image sans avoir besoin d’une ligne de dialogue pour insister lourdement. On appréciera notamment qu’il joue avec certains clichés et codes du genre en les faisant passer pour des rêves ou des hallucinations, ou qu’il joue avec nos nerfs en insufflant un peu d’humour de temps en temps pour dédramatiser une situation ou insister sur son ridicule et repartir dans le thriller. Bref, on prend du plaisir.

A une époque où le cinéma français continue à enchainer les drames familiaux tournés le temps d’un weekend à la campagne ou les comédies qui ne font plus rire que ceux qui les produisent, cet Homme Idéal arrive comme une bouffée d’air frais confirmant au passage tout le talent de Yann Gozlan. Et en plus, contrairement à son sujet, c’est un vrai sujet original. Que demander de mieux ?

 

Un Homme Idéal – Sortie le 18 mars 2015
Réalisé par Yann Gozlan
Avec Pierre Niney, Ana Girardot, André Marcon
Mathieu, 25 ans, aspire depuis toujours à devenir un auteur reconnu. Un rêve qui lui semble inaccessible car malgré tous ses efforts, il n’a jamais réussi à être édité. En attendant, il gagne sa vie en travaillant chez son oncle qui dirige une société de déménagement…
Son destin bascule le jour où il tombe par hasard sur le manuscrit d’un vieil homme solitaire qui vient de décéder. Mathieu hésite avant finalement de s’en emparer, et de signer le texte de son nom…
Devenu le nouvel espoir le plus en vue de la littérature française, et alors que l’attente autour de son second roman devient chaque jour plus pressante, Mathieu va plonger dans une spirale mensongère et criminelle pour préserver à tout prix son secret…

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