Attendu pour son coté expérimental, The Disappareance of Eleanor Rigby est disponible sur Netflix depuis le 1er novembre.

A cause de son caractère si particulier (deux films séparés racontant la même histoire et un montage les regroupant), la réalisation de Ned Benson n’a pas trouvé de distributeur cinéma. Le service de VOD s’en est donc emparé pour vous permettre de voir l’histoire de Jessica Chastain et James McAvoy comme bon vous semble.

De notre coté, si Alex a vu la version “Them” au Festival de Deauville, je me suis intéressé aux deux autres montages.

 

Ah, look at all the lonely people…

Rares sont les réalisateurs cherchant à sortir deux films racontant presque la même histoire en même temps. J’ai cherché pour écrire ces lignes et n’ai trouvé qu’une poignée d’exemples. On peut d’abord citer Alain Resnais pour Smoking/No Smoking, deux films sortis le même jour dans lesquels Sabine Azema et Pierre Arditi vivent deux histoires qui différent selon l’influence de la cigarette. Daniel Auteuil a sorti ses adaptations de Pagnol Marius et Fanny le même jour, mais l’un est la suite de l’autre. Clint Eastwood a raconté les deux camps de la Bataille d’Iwo Jimo dans Lettres d’Iwo Jima et Mémoires de nos pères mais n’a pas tenté de sortir les films en simultané. En Belgique, Lucas Belvaux a, lui, sorti trois films à quelques semaines d’intervalle dans lequels les personnages secondaires de l’un deviennent les héros de l’autre, formant ainsi une grande trilogie chorale.

The Disappareance of Eleanor Rigby fait donc figure d’OVNI en la matière, puisqu’il raconte l’histoire d’un couple de deux points de vue : Lui et Elle.

Sur les conseils de quelques spectateurs via les réseaux sociaux, j’ai fait le choix de voir Him en premier. Ce n’est pas anodin.

 

Lui

S’ouvrant sur une très jolie scène dans laquelle les deux personnages s’enfuient d’un restaurant sans payer pour se réfugier dans un parc New Yorkais, le film va vite se recentrer sur le personnage de James McAvoy, reléguant Jessica Chastain au rang de second rôle.
On va la voir disparaitre, un matin. Leur couple ne va plus bien et elle part. Un drame les a marqué. Les explications arrivent vite. Et McAvoy trouve refuge chez son père, tentant en même temps de gérer un bar menacé de fermeture. Le comédien porte le film sur ses épaules et épate dans un rôle où on ne l’imaginait pas forcément.
Him va s’intéresser sur la vie de cet homme après une rupture qu’il n’a pas vu venir, et son envie de prolonger l’aventure. Il va donc tenter de s’en remettre tout en cherchant à la revoir, pour lui parler et essayer d’arranger les choses.
Bien que focalisé sur lui, le film est donc une véritable histoire de couple, une histoire d’amour qui est mal partie. Mélancolique, parfois triste, cette version parlera forcément à beaucoup de monde. Une jolie leçon de vie et un beau moment de cinéma.

 

Elle

Alors qu’on s’attendait à une ouverture identique, Her commence différemment, sur un pont new-yorkais. Mais comme on a suivi James McAvoy, on va suivre la disparue Eleanor Rigby après son départ du domicile conjugal. Elle choisit de reconstruire sa vie en famille, de recommencer à vivre, notamment en prenant des cours ou en songeant à partir vivre en France.
En voulant changer de point de vue, Her évoque des choses très différentes. Le personnage de Jessica Chastain, impressionnante de talent, a été marqué différemment par le drame qui a touché son couple. On s’éloigne donc de l’aspect “histoire d’amour qui finit mal” pour évoquer un sujet tout aussi difficile -la perte d’un enfant-, ce qui n’est pas sans rappeler Rabbit Hole avec Nicole Kidman.
J’ai trouvé ce second film, sans doute à cause de son thème qui me touche beaucoup moins mais aussi à cause d’une galerie de personnages moins réussis, moins intéressant que le premier.

 

Ensemble

Là où c’est étonnant, c’est que ma perception de l’histoire aurait sans doute été différente en voyant les deux films dans l’autre ordre. Une des raisons est que les explications arrivent très vite dans Him quand elles tardent à être dévoilées dans Her. L’effet de surprise n’y est donc pas. En inversant l’ordre de visionnage, j’aurai sans doute été d’avantage étonné par le comportement de Jessica Chastain dès l’ouverture de son volet. Mais je n’aurai pas été touché par la jolie scène proposé dans le segment masculin.

Il faut aussi préciser que je m’attendais à deux films à la construction identique. Mais ce n’est en réalité pas le cas. L’ouverture est différente et celle de Her commence chronologiquement un peu plus tard. Ned Benson n’a pas réalisé deux films racontant la même histoire à la minute près, il a profité d’un sujet pour en évoquer sa perception par un couple de deux manières très différentes. Un choix audacieux mais qui surprend quand on s’attendait à un vrai parallèle.

Ca a d’autant plus été frustrant pour moi que j’espérais fortement que le réalisateur profite de sa construction dans la mise en scène. La fameuse ouverture de Him montre le couple fuyant le restaurant et courant dans un parc, la caméra se focalisant sur l’homme. J’espérais donc voir la scène à l’identique au démarrage de Her, où on aurait suivi plutôt l’héroïne, avec l’homme en arrière plan. Ce genre d’expérience n’arrivera finalement que très peu, et sans jamais être poussée à l’extrême comme on aurait aimé le voir. Dans le cas de la scène évoquée, on en aura d’ailleurs la suite dans Her et à un autre moment du récit.
Finalement, quand Him proposait des scènes intéressantes qui auraient pu donner des idées de mises en scène, Her préfère en proposer d’autres. C’est un choix mais pas le plus audacieux. Il y avait tant à faire avec les scènes de l’un pour les retravailler dans l’autre mais le metteur en scène préfère passer à coté (ou choisir la facilité, c’est selon) pour se focaliser uniquement sur ses thèmes.

Que reste-t-il de tout cela ? Une belle histoire mais pas suffisamment importante pour mériter une double sortie en salles. On comprend donc aisément pourquoi aucun distributeur ne s’y est risqué et pourquoi un montage en forme de “best of” a été montré en festivals. Pas sûr que le public aurait suivi malgré les qualités qui se dégagent du projet. Eleanor Rigby a donc, de fait, toute sa place sur un service de VOD comme Netflix et mérite néanmoins votre intérêt. A vous de voir maintenant comment vous voulez l’aborder.

 

The Disappareance of Eleanor Rigby – Disponible sur Netflix
Réalisé par Ned Benson
Avec Jessica Chastain, James McAvoy, Viola Davis
Eleanor aime Conor, et Conor aime Eleanor. Que se passe-t-il lorsqu’un couple vivant en parfaite harmonie se retrouve soudain confronté à un événement tragique? Les deux films composant The Disappearance of Eleanor Rigby racontent la même histoire d’amour, adoptant le point de vue de Conor dans Him et celui d’Eleanor dans Her, se renvoyant l’un à l’autre et s’emboîtant comme les pièces d’un puzzle.

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