Il aura fallu neuf longues années pour que Robert Rodriguez sorte enfin la suite de Sin City.

Le réalisateur repart avec son casting original mais aussi Joseph Gordon-Levitt, Juno Temple, Ray Liotta, et Josh Brolin qui reprend le rôle tenu par Clive Owen dans le premier volet.

Le film est sorti dans l’indifférence générale aux USA (11 millions de dollars de recette à date pour une sortie le 22 août dernier). Pas sûr qu’il fasse beaucoup mieux en France. Et pour cause…

 

En 2005, Robert Rodriguez portait sur grand écran la bande dessinée de Frank Miller, Sin City. La même année, Chris Nolan sortait son Batman Begins, Edgar Wright son Shaun of the Dead, George Lucas bouclait la boucle de Star Wars et on pouvait s’émerveiller sur les robots géants de Sky Captain et le Monde de Demain. C’était une année où les adaptations de comics n’étaient pas légion, et où chaque sortie était un véritable évènement et pas seulement une habitude bien rodée. De fait, le film de Rodriguez co-réalisé par l’auteur original avait été remarqué dans la masse des sorties pour son respect de l’oeuvre originale aussi bien en terme d’histoire (reprenant des passages des premier, troisième et quatrième tomes du comics) mais aussi en terme de visuel. Rodriguez avait alors fait le choix de respecter le plus fidèlement possible l’oeuvre originale pour un rendu visuel aussi surprenant que réussi.

Il y avait donc des choses intéressantes dans ce premier film. Ce n’est pas le cas de sa suite.

Plutôt que d’aller piocher dans les planches noires et blanc de l’auteur de Dark Knight Returns, ce deuxième Sin City s’offre le luxe d’adapter le tome 2 principalement (et un tout petit bout du sixième) et d’y ajouter des histoires originales que l’auteur a écrit pour l’occasion, permettant de revenir sur les personnages du premier film. C’est une bien mauvaise idée puisque Miller n’est plus la plume qu’il était dans les années 90 et un vulgaire prétexte destiné uniquement à nous resservir un peu de Jessica Alba en strip teaseuse, et toujours plus de Mickey “Marv” Rourke mais cette fois pour pas grand chose.

L’histoire de Alba/Nancy pourrait donc conférer au film le titre de suite mais la plupart des autres histoires se déroulent avant. Ce Sin City deuxième du nom, qui reprend le même genre de construction que le premier n’est ni un prequel ni un sequel mais une collection d’histoires reprenant les thèmes connus, avec voix off et tout le toutim habituel. Ca aurait pu être intéressant -après tout, le deuxième bouquin est plutôt réussi- mais il faut bien admettre après deux heures devant le grand écran que Robert Rodriguez n’en a plus rien à foutre.
Certes l’effet de surprise n’est plus là. Neuf ans après l’original et un paquet d’adaptations de héros à l’écran pour le spectateur font qu’on est forcément moins surpris visuellement. Mais Rodriguez ne nous aide pas et ne fait aucun effort de mise en scène. Le réalisateur ne s’efforce même plus de reprendre les cadres de la BD quand ils sont dynamiques et se contentent de plans bien mollassons quand ils auraient pu avoir de la gueule. Connu pour son je m’enfoutisme (il joue de la guitare sur le plateau pendant les prises), Rodriguez ne fait rien pour entrainer le spectateur dans son histoire, se contentent de se reposer sur ses acquis, datant eux-même d’il y a cinq ans. J’ai tué pour Elle s’ouvre donc sur un plan en CGI absolument dégueulasse pour enchainer sur le visage de Marv, maquillé comme dans un mauvais épisode de Star Trek.

Reprenant l’esthétique que l’on connait, le film est tourné en noir et blanc sur fond vert, mais les effets d’objets “très blancs” ne sont plus qu’une poignée. A l’inverse, si l’utilisation de la couleur avait un sens dans le premier volet, elle n’en a plus aucun ici. Il y a au moins un objet coloré par plan sans qu’on sache vraiment pourquoi.
On mentionnera enfin un faux raccord flagrant sur la poitrine d’Eva Green. Dans la même veine que les retouches sur l’affiche qui la montrait les seins nus sous un déshabillé transparent, l’actrice porte selon les plans un soutien-gorge couleur chair ou pas, et de manière bien visible.

Devant cette ambiance, les acteurs font ce qu’ils peuvent. Green et Alba s’en sortent honorablement, les autres acteurs étant là pour jouer leur propre rôle ou ce qu’on a l’habitude de voir d’eux (même Christopher Lloyd vient incarner un scientifique un peu fou !). Bruce Willis s’est content d’une journée de tournage pour laquelle il a surement cachetonné et Mickey Rourke s’ennuie ferme.

En 2005, Robert Rodriguez signait sans doute son meilleur film (les mauvaises langues diront que ce n’est pas bien difficile). Neuf ans après, deux films avec Danny Trejo et le fameux Shark Boy & Lava Girl plus tard, le réalisateur de Desperado vient tenter de rappeler qu’il existe, tout comme Miller vient tenter de montrer qu’il est capable de mieux que The Spirit.

Bref, ce deuxième film se déroulant dans la ville des pêchés est la preuve qu’il est temps pour Rodriguez d’arrêter là. Et de nous laisser avec nos souvenirs.

 

Sin City 2, J’ai tué pour Elle – Sortie le 17 septembre
Réalisé par Frank Miller et Robert Rodriguez
Avec Eva Green, Josh Brolin, Jessica Alba
Dans une ville où la justice est impuissante, les plus désespérés réclament vengeance, et les criminels les plus impitoyables sont poursuivis par des milices.
Marv se demande comment il a fait pour échouer au milieu d’un tas de cadavres. Johnny, jeune joueur sûr de lui, débarque à Sin City et ose affronter la plus redoutable crapule de la ville, le sénateur Roark. Dwight McCarthy vit son ultime face-à-face avec Ava Lord, la femme de ses rêves, mais aussi de ses cauchemars. De son côté, Nancy Callahan est dévastée par le suicide de John Hartigan qui, par son geste, a cherché à la protéger. Enragée et brisée par le chagrin, elle n’aspire plus qu’à assouvir sa soif de vengeance. Elle pourra compter sur Marv…
Tous vont se retrouver au célèbre Kadie’s Club Pecos de Sin City…

Ajoutez un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs marqués * sont obligatoires.