Après avoir fait le tour des festivals outre-Atlantique, Red State a enfin eu droit à une première projection française lors du Festival de Strasbourg.

Si le film n’a pas de date de sortie en France, c’est parce que Kevin Smith a voulu s’affranchir des circuits classiques pour le distribuer lui-même. Aux USA, le film a eu les honneurs de quelques salles dans lesquelles le réalisateur de Clerks s’est déplacé lui-même et a terminé en vidéo à la demande sur de nombreux supports.

Mais Red State vaut-il tout ce remue-ménage … ?

 

 

Red State – Pas de sortie en France
Réalisé par Kevin Smith
Avec John Goodman, Michael Angarano, Melissa Leo
Trois adolescents vivant dans le midwest américain répondent sur Internet à une annonce promettant des relations sexuelles. Ils sont loin de se douter qu’ils vont tomber entre les mains d’une secte d’extrémistes religieux aux intentions macabres.

 

Changement d’univers pour ce deuxième compte-rendu du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg, avec le passage du monde onirique de Shunji Iwai à celui, méchamment bigarré, de Kevin Smith, parangon de la geekitude internationale. L’auteur culte, entre autres, de Clerks et de Dogma, mais aussi plus récemment de Zack et Miri font un porno, avait surpris en annonçant vouloir se frotter au cinéma d’horreur. C’est chose faite, et il nous revient avec un film aux influences hétéroclites, mêlant la comédie et l’action, le tout ponctué de petites touches d’horreur sympathiques. Sous le vernis du classique film à suspens, bien plus que du film horrifique en réalité, il nous offre un portrait corrosif du fanatisme religieux à travers le personnage d’Abin Cooper, prédicateur acharné d’une petite congrégation qui répand la bonne parole à la force du fusil, accompagné de ses ouailles, bouseux dégénérés entièrement acquis à sa cause. L’une de leur énième exaction, la prise d’otage de trois adolescents croyant se rendre à un rendez-vous coquin, tourne court avec l’irruption des forces de l’ordre.

Le propos est donc, comme on le voit, relativement simple : il s’agit de dénoncer une idéologie de la violence toute américaine, dont ces fanatiques exaltés seraient les meilleurs représentants. Il est considérablement enrichi toutefois par ce mélange atypique des genres. Le film démarre en effet, après une brève et attendrissante description de l’adolescence dans une ennuyeuse banlieue, comme un pseudo-documentaire qui fait inévitablement penser aux brûlots engagés de Michael Moore. Et il en a les mêmes défauts, à savoir un rythme lent, fastidieux… On a beau parfaitement comprendre là où le réalisateur souhaite nous amener, on a l’impression de ne jamais pouvoir y parvenir. Et tout cela pour une seule et unique raison, qui est un reproche récurrent que l’on peut faire au film : ça parle. Ça parle bien, certes, mais ça parle trop, sans que l’on puisse réellement distinguer si ce côté verbeux est caractéristique d’Abin Cooper, auquel cas il n’était peut-être pas nécessaire d’insister autant, le personnage étant déjà franchement antipathique par bien d’autres aspects, ou s’il est caractéristique du film lui-même.

Heureusement cette mise en jambe un peu longue finit par être rattrapée par d’authentiques scènes d’action, toujours ponctuées d’un humour bien senti, d’autant plus efficace que le jeu des acteurs est bluffant. Qu’il s’agisse de Michael Parks en prêcheur allumé ou de John Goodman en agent blasé des forces spéciales anti-terroristes, les personnages sont crédibles de bout en bout et parviennent à prendre une certaine épaisseur, qui les éloigne quelque peu du danger de la caricature grossière, trop souvent frôlé. Le rythme s’accélère donc, appuyé par une réalisation virtuose qui fait se télescoper l’enchaînement des péripéties avec des changements de point de vue par passage successif au premier plan de tel ou tel personnage. L’absence de véritable héros est donc rendue patente et sert indéniablement le propos politique. Rappelons en effet que le titre, Red State, fait référence à la division politique en vigueur aux Etats-Unis où les états républicains sont qualifiés de « rouges » et ceux démocrates par « bleus ». Un discours qui épingle les principaux travers d’une société américaine nourrie de violence : l’extrémisme de la religion, l’obsession des armes à feu bien sûr, mais aussi le cynisme du gouvernement qui, pour lutter contre ce que l’on appelle trop facilement le terrorisme, n’hésite pas à en revêtir le masque et à en utiliser les méthodes.

En somme rien de bien nouveau sous le soleil. Le film de Kevin Smith ne brille pas vraiment par l’originalité de sa démonstration mais plutôt par son traitement atypique mêlant les références et les genres et par sa réalisation enlevée. En ressort un film cohérent, qui n’échappe pourtant malheureusement pas à l’écueil d’un rythme inégal et d’un manque certain de subtilité. Divertissant donc, mais peu enrichissant, tant il frôle avec les clichés et la facilité.

4 commentaires

  • Sarah Palin lundi 26 septembre 2011 21 h 15 min

    Une critique utile qui permet de mettre en lumière ce film qui a l’air très intéressant tant sur le plan technique que sur le fond ! J’ai hate de le voir pour me faire ma propre opinion sur le sujet !

  • Misutsu mardi 27 septembre 2011 16 h 46 min

    Tarantino a fucking adoré ce film, tu parles d’une référence…

  • Crevard vendredi 21 octobre 2011 10 h 57 min

    Je viens de voir ce film que j’ai trouvé très frustrant. Ca essaie de partir dans tous les sens pour ne rien donner finalement à part quelques bonnes morts. Y a bcp moins bien comme film de genre mais ne vous attendez pas à grand-chose non plus ici sous peine d’être très déçu comme je l’ai été.
    Kevin Smith veut nous vendre un film fourre-tout, thriller d’action contestataire avec une touche d’horreur/torture. De tout ces genres, Smith ne fait que les effleurer.

    La critique envers l’église est plutôt inexistante, on voit même tellement le pasteur que c’est à se demander si le réalisateur n’est pas plus fasciné qu’horrifié par ce genre de persos un peu corrects car ils ont commis des péchés…Si c’est de l’ironie, c’est mal placé.

    Côte horreur/torture, il n’y pas presque rien à manger dans ce film, seule reste un peu d’action pas trop mal foutue dont quelques bonnes morts. C’est peu pour un film qui semble se vouloir bien plus grand.

  • Crevard vendredi 21 octobre 2011 11 h 01 min

    Oups, correction :

    La critique envers l’église est plutôt inexistante, on voit même tellement le pasteur que c’est à se demander si le réalisateur n’est pas plus fasciné qu’horrifié par ce genre de persos. D’autant que la plupart des personnages un peu corrects/humains du métrage ne sont pas mieux lotis car ils ont aussi commis des péchés, même si bien moins graves que le pasteur et ses fanatiques…Si c’est de l’ironie, c’est mal placé d’après moi.

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