Tin tin tintintintin tintin tin tin tin… Vous avez sans doute reconnu le désormais célèbre thème de Hans Zimmer pour Pirates des Caraïbes. Ce mercredi, Jack Sparrow revient pour une cinquième aventure, cette fois entouré par les jeunes Brendon Thwaites et Kaya Scodelario et devant faire face à Javier Bardem.

Les réalisateur Joachim Rønning et Espen Sandberg sont-ils parvenus à réanimer une franchise qui semblait en fin de vie ?

 

LA CRITIQUE

Qui aurait pu penser qu’en adaptant sur grand écran une attraction, Disney allait créer une franchise aussi lucrative que Pirates des Caraïbes ? Un tour de force que l’on doit à Gore Verbinski, qui avait su s’en donner à cœur joie dans le premier opus pour livrer un film d’aventure palpitant et spectaculaire, n’ayant pas peur d’effrayer les plus jeunes avec ses pirates zombies.
L’histoire fût plus compliquée pour des suites de moins en moins incarnées, avec des budgets colossaux qui ont explosés les records et permis à la saga de fidéliser un public toujours plus large.
Il aura fallu attendre tout de même cinq ans pour repartir à l’abordage, après un quatrième épisode qui sentait bon la fin, vu que la moitié du casting avait pris la fuite.

Avec un duo de réalisateurs prêt à en démordre, et un programme qui sent bon le premier film, Disney & Bruckheimer peuvent-ils seulement renouveler l’exploit ?

Le protagoniste qui fait une entrée fracassante ici est le capitaine Salazar, ancien militaire espagnol dont la flotte a essuyé un échec cuisant face à Jack Sparrow par le passé, au point de planter son dernier navire dans une grotte maléfique. Résultat des courses : l’équipage est maudit depuis des décennies sous une forme fantomatique, et attend qu’on les libère pour se venger, ce qui ne va pas tarder quand le pirate déglingo incarné par Johnny Depp va égarer par erreur le seul objet dont il ne devait absolument pas se séparer, sous peine de rompre les chaînes de son bourreau…
On pouvait s’y attendre à la vue de la promotion et du look morbide de Javier Bardem, mais oui, ce 5ème chapitre partage beaucoup de similitudes scénaristiques avec le tout premier film, sans parler du duo principal de jeunes acteurs qui font office de simili-Will Turner/Elizabeth Swann.
La saga assume sa filiation de films en films en prétextant que le jeune héros est justement le fils du couple joué par Orlando Bloom & Keira Knightley, amenant une seconde intrigue plus « mythologique » à l’histoire, en essayant après la fontaine de jouvence de s’attaquer à une icône maritime encore plus grande.
Cela étant, le prétexte familial est poussé plus fort qu’il n’y paraît, s’imposant comme la norme du moment pour les blockbusters, entre Fast & Furious, les Gardiens de la Galaxie ou encore les derniers Star Wars. On est dans la même mouvance ici, où chaque personnage doit forcément être le fils ou la fille d’untel, comme si toute cette épopée n’était finalement qu’une histoire de famille.
Le tout paraît artificiel car bien capillotracté avec des retournements sortis de nulle part, sans parler du fait qu’il est difficile de ne pas y voir un attrait scénaristique pour satisfaire parents et enfants, censés se sentir plus concernés. D’autant que dans un monde de voleurs et de criminels sans pitié, ces pirates au grand cœur semblent un peu hors sujet.

Si cet aspect thématique complètement précipité sur certaines scènes agace, c’est parce qu’il se fait au détriment de la menace du film. Bien que Salazar et son équipage semblent être un remix entre le Barbossa squelettique du premier film et le Hollandais Volant du second, l’aspect visuel très graphique et les possibilités offertes par cette nouvelle malédiction ont de quoi séduire.
Outre un bateau capable de se mouvoir pour écraser ses adversaires tel un monstre, tous les marins à bord ont perdu avec le temps une partie de leurs corps, et déplacent tels des ombres, avec parfois une silhouette résumée à un bout de bras et de torse, quand on ne voit pas qu’une moitié de tête. Ces corps meurtris et bardés de trous ont une allure d’enfer, grâce à des effets visuels assez complexes, mais quand bien même le tout possède un capital symbolique très fort, rarement cet aspect de l’équipage est vraiment mis en avant, comme il avait bien pu l’être dans le premier film avec les « zombies » de la mer. Si la réalisation iconise le personnage de Bardem et le navire durant quelques scènes, on voit finalement très peu de l’ensemble, du moins pas autant qu’on aurait aimé, d’autant qu’au détour du scène toute droit sortie d’un film de requins, ou d’une autre rendant hommage à l’illustre Ray Harryhausen, le film esquisse une palette d’actions excitante pour cet équipage pas comme les autres.

Globalement, le sentiment de revoir un film que l’on connaît avec un minimum de vernis pour faire passer la pilule se ressent sur toute la durée. L’univers des pirates reste assez limité dans son champ d’action, ou du moins le semble-t-il puisqu’on repasse par les figures imposées que sont les scènes d’abordage, de tirs à canons, de combats à l’épée et de chasse au trésor. L’ensemble est fait avec énergie et une ambition visuelle renouvelée, bien loin du quatrième épisode assez terne de ce point de vue-là, pour tenter de s’approcher des excentricités fantastiques qui allaient si bien à Verbinski.
On se surprend cependant à voir que Disney a retenu la leçon des deux précédents opus, qui étaient les deux plus chers de l’histoire du cinéma. Les effets spéciaux numériques sont les victimes premières de cette mesure, puisque l’entreprise ILM s’en est allé pour laisser la place à plein d’autres sociétés plus récentes et modestes. Le résultat à l’écran n’est jamais honteux, mais il fait ressentir ses pixels à plusieurs passages, notamment quand il est question de rajeunir un personnage, ou de montrer un décor fantaisiste, où l’illusion peine à se faire absolue. Quand on sait que le second épisode par exemple n’a pas vieillit à ce niveau-là et reste une claque totale plus de 10 ans après, ça fait un peu tâche.

Qu’à cela ne tienne, les réalisateurs Joachim Ronning et Espen Sandberg semblent s’amuser malgré tout, et ne sont jamais aussi bons que lorsqu’il est question de remanier à leur sauce cet univers.
Le meilleur exemple est certainement la première grosse scène d’action, qui revisite à sa sauce un braquage de banque zinzin issue d’une célèbre franchise de bagnoles en cassant tout sur son passage avec une frénésie et un aspect bien réel qui font plaisir à voir. Et peu de temps après, les bougres détournent les sempiternelles scènes de pendaison avec le sauvetage qui précède en prenant un malin plaisir à torturer notre ami Jack Sparrow d’une façon aussi macabre que ludique.
Car si au final, on ressort de ce 5ème épisode avec le sentiment de n’avoir rien vu de franchement nouveau sous le soleil des Caraïbes, il ne fait aucun doute aussi que cette machine ultra huilée sait remplir son contrat. Le film offre son lot de paysages majestueux, de scènes d’action fendardes, de personnages timbrées et parfois de répliques amusantes. Certes, Johnny Depp cachetonne plus que jamais, et on a du mal à croire qu’il joue vraiment la comédie quand son personnage est censé être bourré pendant la moitié du film, surtout après avoir entendu bien des rumeurs sur cet homme de plus en plus difficile à gérer en tournage. Certes, l’histoire dans ses grandes lignes n’invente rien, repompe à droite à gauche, et fait rentrer certains trucs au chausse-pied, notamment pour donner une réponse pas forcément nécessaire à l’un des éléments narratifs les plus osés de la trilogie.
Et oui, certes, la musique de Zimmer reprise par Geoff Zanelli tourne en rond de façon insupportable.

Toujours est-il qu’on est face à un produit parfaitement calculé, qui délivre pile poil ce qu’on est en droit d’en attendre, sans qu’on se sente jamais lésé ou pris pour des buses devant.

C’est sûr que ça n’en fera pas un épisode marquant de la saga, ni un film qui relèvera le milieu du blockbuster actuel, mais au moins, vous savez à quoi vous en tenir, et si vous êtes amateur des précédents, il y a peu de chance que celui-ci vous déplaise.

Pirates des Caraïbes la Vengeance de Salazar, réalisé par Joachim Rønning et Espen Sandberg – Sortie le 24 mai 2017

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