On l’attendait de pied ferme mais les aléas de sa production ont fait qu’on n’a pu vous en parler que tardivement : Oblivion de Joe Kosinsky sort aujourd’hui sur les écrans.

Il faut savoir que le film n’a été terminé que la semaine dernière et que les copies numériques n’ont été livrées qu’à la dernière minute. La presse française a donc vu le film vendredi avec une clause de confidentialité. Nous nous sommes rabattus sur une avant-première ce mardi pour écrire dessus dans la foulée.
Tout cela signifie que les gens qui ont déjà vu Oblivion (notamment lors de l’avant-première européenne à Dublin il y a quelques jours) ont probablement vu une version inachevée.

Mais pourquoi ce retard ? Difficulté à tenir les délais ou est-ce que l’architecte Kosinsky est perfectionniste et minutieux ?

 

La première rencontre avec Joseph Kosinski a été pour beaucoup un véritable choc. Il faut dire que peu nombreux sont les cinéastes à bénéficier pour leur premier film d’une production aussi luxueuse que Tron l’Héritage, mais cela n’empêchait déjà pas à ce protégé de David Fincher d’en coller plein les mirettes au monde entier dans une oeuvre visuellement à tomber par terre et dont la bande son signée Daft Punk instaurait une aura particulière. Après de tels débuts, le bonhomme était attendu au tournant pour la suite, que voici aujourd’hui avec Oblivion. Un univers de SF post-apocalyptique original et inspiré d’un comic-book du réalisateur, Tom Cruise au casting et un budget confortable de 120 millions, tout semble donc réuni pour permettre au réalisateur de donner vie à son univers et nous épater une fois de plus…

Il faut pourtant quelques minutes au long-métrage pour que tous nos espoirs les plus fous se réduisent considérablement. Certes, l’introduction du film a visuellement fière allure, mais quelque chose dans le récit ne va pas. Non pas que cette histoire de réparateur chargé de faire la maintenance de drones avant de repartir de cette Terre en ruines ne présente pas un minimum d’intérêt, l’univers étant extrêmement crédible à l’image. Avec une voix-off omniprésente et un montage un rien rapide, le début du film porte déjà en son sein les problèmes qui ne vont qu’empirer tout du long : tout nous est jeté en pâture : aussi bien la situation que les personnages, leur mission que leur environnement. N’ayant le temps de se raccrocher à quoi que ce soit ni de vraiment s’identifier aux personnages faute de bien les connaître ou les comprendre (et Tom Cruise n’y change rien), on se retrouve vite face à de belles images en espérant que les errances du héros vont rapidement trouver du sens afin d’avoir quelque chose à se mettre sous la dent tant le tout semble manquer de substance. Pire encore, le film ne parvient même pas à se dégager une identité propre tant la musique de M83 est un repompage à la note près du score de The Dark Knight, le titre du film s’affichant même sur l’un des fameux « BBBBOOOOOOWWWWWW » de Hans Zimmer. Oui, la fameuse virgule sonore de Inception qui ponctue désormais 3 bandes annonces sur 4. On pourrait même crier au plagiat tant la ressemblance est frappante, mais ce n’est que le début d’un calvaire de 2 heures qui ne va vraiment pas s’améliorer.

Plus Oblivion déroule son récit et plus celui-ci est criblé de failles et d’incohérences monstres. La volonté première de faire un film aux rebondissements multiples en est la cause, car le long-métrage croule sous de nombreux twists qui souvent nous sont envoyés en pleine tronche en 30 secondes sans qu’on n’ait vraiment le temps de comprendre le pourquoi du comment, ce qui a l’air d’arranger le film. Beaucoup de thématiques apparaissent au cours de l’histoire mais chacune d’elle, tout comme les différentes intrigues, sont survolées et traitées par dessus la jambe à tel point que si l’on gratte ne serait-ce qu’un seul des éléments du film, le reste s’écroule comme un vulgaire château de cartes. Et ce ne sont pas les ré-explications répétitives des « origines » du scénario par Tom Cruise qui sauveront quoi que ce soit, tandis que le final du film vire dans le grotesque total et est écrasé sous des influences tellement énormes qu’on confirme notre pensée concernant les futurs procès envers la production. Entre 2001 l’Odyssée de l’Espace, Total Recall, Independance Day, Matrix ou Mad Max, les spectateurs pourront s’amuser à retrouver tout ce qui a été repompé dans le film, à défaut de s’intéresser à la succession de péripéties gratuites et sans conséquences aucune dont le long-métrage fait preuve. D’ailleurs, il ne fait aucun doute qu’il aurait pu être facilement sabré d’au moins 20 minutes au montage tant par moment on se demande pourquoi Tom Cruise fait telle ou telle action (sans conséquence par la suite), au même titre que pourquoi certains éléments aperçus 3 minutes reviennent comme un cheveu sur la soupe une heure après. Un bordel sous influences donc, mais un vrai bordel quand même.

Du coup, on serait prêts à tirer un trait sur Oblivion et à le rejeter pour la déception colossale qu’il constitue. Cependant, ce serait malgré tout regarder le film les yeux fermés, tant la forme est aux antipodes du fond. Le film est certes un ratage, mais un ratage fascinant puisque visuellement, il faut bien le dire : bon dieu ce que c’est beau !
Kosinski avait déjà mis le pâté sur Tron, et à ce niveau là, autant dire que le bonhomme ne déçoit pas. L’univers visuel d’Oblivion possède une direction artistique sacrément chiadée et bien pensée, avec de sacrées réussites comme la base ou le vaisseau du héros, dont les mécanismes de fonctionnements et la qualité du design en jettent sacrément à l’écran. Plus encore, Kosinski prouve qu’il est tout sauf un manche avec sa caméra, et sur le point de vue purement formel, son film est un sans faute. Dynamisme des scènes d’action, ampleur colossale de l’univers présenté, cadrages larges et spectaculaires ou encore paysages grandioses, Oblivion en colle plein les mirettes tout comme le faisait Tron Legacy, et déroule une maitrise des effets spéciaux et des outils cinématographiques absolument étourdissante. On aurait aimer que Kosinski gère aussi bien la plume, mais il confirme tout de même les talents de réalisateur qu’on lui prêtait, et si on ressort de Oblivion sacrément emmerdé, on attend vivement que le bougre remette le pied à l’étrier sur un scénario digne de ce nom.

Oblivion pourra être repris comme un cas de figure assez atypique tant le film est un grand écart total entre le fond et la forme. D’un côté vide, mal foutu jusque dans ses moindres détails et vite ennuyeux, de l’autre sublime, pourvu d’une mise en scène élégante et offrant des plans beaux à en tomber à la renverse, le nouveau Joseph Kosinski est l’exemple même du film qui en colle plein la gueule tout en s’avérant inintéressant au possible par la bêtise de son scénario. A vous donc de voir si vous êtes prêts à être extrêmement indulgents sur le contenu pour mieux vous délecter du flacon.

 

Oblivion – Sortie le 10 avril 2013
Réalisé par Joseph Kosinski
Avec Tom Cruise, Olga Kurylenko, Morgan Freeman
2077 : Jack Harper, en station sur la planète Terre dont toute la population a été évacuée, est en charge de la sécurité et de la réparation des drones. Suite à des décennies de guerre contre une force extra-terrestre terrifiante qui a ravagé la Terre, Jack fait partie d’une gigantesque opération d’extraction des dernières ressources nécessaires à la survie des siens. Sa mission touche à sa fin. Dans à peine deux semaines, il rejoindra le reste des survivants dans une colonie spatiale à des milliers de kilomètres de cette planète dévastée qu’il considère néanmoins comme son chez-lui.
Vivant et patrouillant à très haute altitude de ce qu’il reste de la Terre, la vie “céleste” de Jack est bouleversée quand il assiste au crash d’un vaisseau spatial et décide de porter secours à la belle inconnue qu’il renferme. Ressentant pour Jack une attirance et une affinité qui défient toute logique, Julia déclenche par sa présence une suite d’événements qui pousse Jack à remettre en question tout ce qu’il croyait savoir.
Ce qu’il pensait être la réalité vole en éclats quand il est confronté à certains éléments de son passé qui avaient été effacés de sa mémoire. Se découvrant une nouvelle mission, Jack est poussé à une forme d’héroïsme dont il ne se serait jamais cru capable. Le sort de l’humanité est entre les mains d’un homme qui croyait que le seul monde qu’il a connu allait bientôt être perdu à tout jamais.

10 commentaires

  • Bapt vendredi 12 avril 2013 22 h 51 min

    Franchement il est excellent, j’le conseille à tous d’aller le voir. Même si vous avez peur, avec la bande-annonce qu’y ait pas d’histoire, vous allez être servi. Et je commence à tomber fan de Tom cruise à cause du chef-d’oeuvre que c’est
    Moi-même qui vient de rentrer du cinéma je commence à comprendre. J’ai cru pendant tout le film que je comprenais à peu près toute l’histoire, jusqu’à ce qu’arrive la surprise de la dernière minute du film… J’en dit pas plus.

  • Adiboy samedi 13 avril 2013 8 h 53 min

    Tout à fait d’accord avec Jean-Victor. Le film est l’un des plus beaux que j’ai vu, mais il est terriblement creux. C’est bien dommage, le potentiel de départ était assez énorme. Néanmoins, on peut se dire que maintenant que J.Kosinsky maitrise les imagesà la perfection, il ne lui reste plus qu’à dompter un bon scénario.

  • alouette samedi 13 avril 2013 11 h 03 min

    rapt:

    La fin est incohérence car il ne peut revenir puisqu’il a péri dans le tet.

  • totototo samedi 13 avril 2013 18 h 40 min

    t’es vraiment aux allouettes, t’as loupé un numéro :)

  • alouette dimanche 14 avril 2013 9 h 42 min

    Même si c’est un des clones qui revient en 2077 on ne sait toujours pas ce qu’est devenu l’original en 2017. Une explication de toto peut être.

  • Patrick lundi 15 avril 2013 16 h 48 min

    Critique très juste qui résume bien mon ressenti sur ce film! Très beau visuellement mais des carences énormes sur le plan scénaristique. On ressent de multiples influences sans jamais que le film ne les dépasse et acquérant sa propre personnalité! C’est dommage, on est passé à côté d’un grand film! Reste qu’il est agréable à suivre

  • sese22 vendredi 26 juillet 2013 16 h 03 min

    le film était certes visuellement beau à voir et le concept est assez bien trouvé mais personnellement j’ai eu un peu de mal à suivre toute l’histoire pour cause de manque d’explication concrètes et de scénario plausible .

  • David samedi 14 septembre 2013 20 h 23 min

    On ne donne pas de détails quant au vrai Parker, on se doute qu’il doit être mort. Le tout dernier qui reste à la fin est un clone (forcément), celui qu’il a vaincu vers les 3/4 du film. Difficile à comprendre le film au fur et à mesure qu’il avance, ce n’est vraiment qu’à la fin qu’on s’aperçoit qu’en fait ce sont les humains qui ont perdu la bataille contre cet étrange envahisseur.

  • stef mercredi 18 septembre 2013 16 h 30 min

    Ben dis donc, je suis content qu’à l’époque de 2001, vous ayez pas été capable de faire une critique de film ! Si il faut vous donnez le mode d’emploi d’un scénario pour que vous puissiez suivre le déroulement d’un film, faut changer de boulot et fissa ! C’est le premier film américain de Sf qui tien la route depuis bien des années, sans explication de texte pour débiles profonds fan de mitraillage, pour qui “subtil” est certainement le nom d’un personnages de Call of Duty… On est loin de la bouse que fut Tron l’Héritage justement, ou l’exercice consistait à plagier scènes pour scènes la version de Disney, avec les effets modernes en bonus, et qu’on nous a vendu pour une “suite” ? Je rêve ! Oblivion reprend le flambeau de Alien, Blade Runner ou 2001, enfin. Si vous voulez jouer au jeu des 7 erreurs ou des “déjà vu ailleurs”, faut prévoir de jouer avec tous les “chef d’œuvres produits depuis 20 ans, car tout n’est “qu’inspiration ” au mieux, et plagia, au pire. La liste est longue, Avatar, 5eme éléments et Cie compilent à eux deux plus “d’emprunts” que tous les Oblivion de la Terre ! Mais bon, à chacun de se faire un avis, ça sert à ça le Cinéma !

  • stef mercredi 18 septembre 2013 16 h 54 min

    Aller, pour laisser personne dans l’embarra, voici les réponses au quizz posé par les précédent intervenants :
    Alouette : le clone qui “revient” à la fin n’est jamais parti, puisque c’est le n°52 (et pas 49). L’original de 2017 est mort évidemment (c’est pour ça qu’on fait des clones) puisque le but de l’envahisseur est l’annihilation de la race humaine.
    Sesse22 : Un scénario plausible en Sf, c’est une formule antinomique.
    David : On comprend que les humain on perdu la guerre au moment ou l’on comprend que les chacals sont des humains, le dernier tiers du film consiste à comprendre comment il vont détruire l’envahisseur.
    Sinon, en gros, le clone a des “flashback” de son passé d’humain, pour signifier que malgré un efface de la mémoire par le tet, l’esprit est plus fort que la chair (oui, je sais, je suis un peu fleur bleue !). Je pense que l’équipière aussi a des flash, mais elle choisi de les ignorer car elle amoureuse de Parker, et elle sait qu’il a été marié et a aimé une autre femme, car elle lui dit “ça a toujours état elle” !
    Pour la fin vous attendiez quoi, une foule de Petits Gris, des zombies venus de Mars, des robots , sérieux ?! Je pense qu’au contraire, on ne vois pas qui est l’envahisseur, car peut-être que le tet n’est qu’un poste avancé, une sorte de drone comme toute la technologie vu dans le film ? Car si “l’alien” n’est pas organique, pourquoi pomper de l’eau de mer ?

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