Le Midsommer (ou midsummer) est une période de festivités autour du Solstice d’Eté. En France, la célébration consiste à faire de grands feux le soir de la Saint Jean. En Suède, on décore les maisons de végétation et on fait de grandes fêtes en espérant attirer la bonne fortune. En Scandinavie, il est dit que si une jeune fille rassemble sept fleurs différentes et les mets sous son oreiller, elle rêvera de son futur mari.

C’est tout ça le Midsommar. Mais c’est aussi le nouveau film d’Ari Aster.

 

LA CRITIQUE

Avec Hérédité, Ari Aster a tout de suite été considéré comme l’un des fleurons de la nouvelle génération de cinéastes horrifiques, concentrant d’énormes espoirs pour la suite de sa carrière, au même titre qu’un Robert Eggers avec The Witch, ou David Robert Mitchell avec It Follows.
Et qui dit grosses attentes, dit forcément pression pour la suite d’une carrière, qui prend forme aujourd’hui avec Midsommar, tenu par la star montante Florence Pugh. Un petit périple dans une communauté suédoise en apparence bienveillante et pacifique, qui va vite dérailler…

Détail important : le périple en question est effectué par une bande de potes américains, qui va voir s’incruster en dernière minute la petite amie malaimée de l’un d’eux, en pleine dépression suite à un décès dans sa famille. Pour son couple qui bat de l’aile, le voyage représente une échappatoire, une occasion de repartir sur de bonnes bases…

De la même manière qu’Hérédité, Midsommar part d’un drame bien concret et réaliste, qu’il met abondamment en scène durant sa première demi-heure lugubre, dans une atmosphère sombre et froide sous des tonnes de neige, et dans des intérieurs tous plus grisâtres les uns que les autres.
Se concentrant sur la détresse de son héroïne, et l’incompréhension de son entourage teintée de malaise, Ari Aster montre encore un vrai talent de créateur d’images, surcadrant à tout va ses dialogues avec des jeux de miroirs dans les plans pour signifier les oppositions entre les personnages malgré leurs bonnes intentions, et la rancœur qui émane de cet environnement étouffant.
L’intention est claire : instaurer comme base à son récit une femme perdue, délaissée émotionnellement et psychologiquement par ses proches, en quête de reconnexion avec l’autre et de reconstruction intérieure.

La bonne idée du film, c’est de proposer un cadre aux antipodes des codes horrifiques pour y créer justement le théâtre du malheur des personnages. En contraste avec son introduction, Midsommar prend majoritairement place dans des prairies verdoyantes en plein soleil, sachant qu’il ne fait nuit que 2 heures par jour, les participants à ce solstice ayant leurs repères brouillés, et ce dès l’accueil à grand coup de psychotropes. S’il utilise le mal-être profond de son héroïne pour créer le décalage malsain entre son festival et le ressenti mis en avant dans le film, Aster va vite lâcher ce principe en donnant une tournure tout autre aux évènements.

Et sûrement trop vite d’ailleurs. Bien qu’il dure 2h27, le film est assez clair sur son déroulé au sein de cette communauté hippie, et ne tarde pas à montrer sans détour de quoi il en retourne, du moins de quoi faire fuir à tout berzingue n’importe quelle personne normalement constituée, avec un instinct de survie classique. Et c’est par la même occasion que le film perturbe sur son projet narratif, qu’il semble saborder de lui-même.
Parce que son décor vrille rapidement et devient sans aucun doute possible une source de détresse, tout le profilage psychologique de l’héroïne semble soudain superflu, puisqu’il passe au second plan face aux évènements vécus, tout autre background pouvant faire office de prétexte comme celui-ci.

Disons autrement qu’un tel décor, avec sa communauté habillée de blanc, qui porte des couronnes à fleur et cherche la communion avec la nature, se présente comme suffisamment bienveillant pour qu’on se surprenne à le trouver inquiétant. Aster aurait pu coller au plus près de son personnage barbouillé pour faire glisser le point de vue sur son environnement et amener petit à petit le décalage qui rend l’ensemble louche, mais il va de lui-même casser ce principe sans équivoque, et montrer son jeu clairement, quand la troupe d’amis va se retrouver face au premier rituel du festival, après même pas une heure de film.
On n’en révèlera pas la teneur bien sûr, mais difficile de comprendre par la suite pourquoi la petite troupe ne prend pas ses jambes à son coup.

Dès lors dépourvu de la moindre ambiguïté quant à sa progression, Midsommar semble des plus absurdes tant il faut accorder une naïveté démesurée à nos joyeux lurons pour espérer y croire.
Midsommar laisse rêver à un choc des cultures capable de changer la perception du monde, des codes sociaux et du modèle de vie des héros, qui abordent tout ça avec une envie de renouveau.

Aster continuera de prendre soin de la forme et emballe le tout avec un sérieux presque assommant, appuyé qui plus est par une bande son très explicite en la matière, dictant bruyamment l’humeur à suivre et à ressentir, mais difficile de ne pas retrouver le cliché du film d’horreur basique, où les personnages semblent avoir mis leur cerveau de côté et tombent dans des rôles fonctions pour que la mécanique infernale poursuive son cours tranquillement. Le glissement psychologique rêvé, en tout cas espéré dans un tel contexte, s’en trouve ramené à des péripéties stériles, quant à savoir où est passé Germaine, que fait Marcel, et ainsi de suite.
Les rapports s’enveniment, les situations avec elles, et le tout veut laisser planer le doute sur la suite, comme pour brouiller les attentes du public et des personnages.
Seulement Midsommar ne laisse aucune incertitude planer quant à son déroulé.
Pire, c’est peut-être un film qui se voile la face, à prendre des oripeaux intellectuels ou mystique, le folklore nordique voyant le film sous les symboles que deux personnages s’efforceront vaguement de déchiffrer, sans jamais rentrer dans le vif du sujet.

Derrière ces quelques intentions cérébrales (regardez bien les tableaux au début du film…), difficile de ne pas voir un long-métrage en vérité assez bourrin, qui s’imaginait sans doute être un peu plus perturbant et subtil, mais termine dans une troisième acte qui tire à l’excès et en toute complaisance sur la corde horrifique, sans apporter l’ébranlement spirituel désiré.

Midsommar, d’Ari Aster – Sortie le 31 juillet 2019

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