Le traitement d’Internet au cinéma, ça n’a jamais été une franche réussite.

Le seul à avoir réussi à tirer son épingle du jeu est David Fincher avec The Social Network. Le reste a toujours été un ramassis de clichés souvent rabachés par des gens ne maitrisant pas le sujet, comme c’était le cas notamment de l’horrible Chatroom de Hideo Nakata sorti en 2010.

Men, Women and Children -dont le titre fait plutot penser à un grand film sur le genre humain au sens le plus large- parviendra-t-il à remonter le niveau ? Jason Reitman a-t-il quelque chose à raconter sur les réseaux sociaux, lui qui est présent sur Twitter ?

 

Jason Reitman, fils du réalisateur absolument génial Ivan Reitman (SOS Fantômes), est passé derrière la caméra, après Thank You For Smoking, pour un second long métrage aussi réussi qu’étonnant, n’hésitant pas à donner un coup de pied dans la fourmilière bien pensante américaine. Je veux bien sûr parler de Juno, qui faisait en plus découvrir Ellen Page et Michael Cera au grand public. Il réitère son exploit avec la comédie douce-amer Up in the Air où Anna Kendrick montrait tout son talent face à un George Clooney toujours parfait.

Mais depuis, on se demande où est passé l’œil aiguisé du réalisateur. On passera sur le catastrophique Young Adult. L’année dernière, Jason Reitman réalisait un face à face bancale, pas vraiment réussi et assez grossier entre Kate Winslet et Josh Brolin.
Cette année, il met en scène tout à fait autre chose : une comédie sociale qui traite d’un thème qui n’a jamais autant été d’actualité (le pouvoir des réseaux sociaux et des médias en général) avec un casting détonant : Adam Sandler, Jennifer Garner, Rosemarie DeWitt, Judy Grer, Dean Norris ou encore Ansel Elgort.

Film chorale, on y suit ici différents couples et leurs rapports également différents aux médias sociaux : le couple qui ne couche plus s’inscrit sur un site de rencontre, la mère “control freak” qui fouille toute la vie digitale de sa fille, qui elle a un Tumblr caché où elle met des photos d’elle dénudée avec une perruque, la cheerleader qui veut devenir actrice et poste elle aussi des photos osées sur un site internet, l’ado qui a tellement vu de porno qu’il n’aime que le sadomasochisme ou encore le jeune introverti qui, suite à la mort de sa mère, ne sait se retrouver que sur les jeux en ligne.

Vous avez dit cliché ? Men, Women & Children est bien pire que cela. Alors oui, tout n’est pas inintéressant. La réalisation propose de vraies idées de mise en scène notamment sur les sms ou autres notifications qui apparaissent au dessus de la tête des personnages (déjà fait dans #Chef) et tous les acteurs sont excellents.

Mais ça ne suffit pas pour sauver le film du naufrage.

A la sortie du long métrage, on a l’impression d’avoir assisté à la mise en scène d’un article du genre « il a tué son frère et jouait beaucoup à GTA ». On est face à un ramassis d’idioties, de raccourcis et de mensonges sur tout ce qui concerne les réseaux sociaux et Internet en général. Jason Reitman voulait visiblement bien faire, mais il ne maitrise malheureusement pas son sujet. Résultat ? On se prend la tête entre les mains et on sort énervé d’avoir assisté à cette accumulation de scènes dont on se fiche, contenant de la bêtise pure et dure (l’ado qui tente de se suicider parce que son père a coupé son compte de jeux en ligne…).

La multiplicité des personnages ajouté au constat gerbant ne permettra pas une seule fois au spectateur de s’identifier et donc forcément de se sentir toucher par ses histoires grotesques. Le film aura une petite hausse d’intérêt dès qu’on se penche un peu plus sur les relations humaines et plus digitales (résultant à a peu près 10 minutes du film), le reste est totalement raté.

 

Men, Women & Children – Sortie le 10 décembre 2014
Réalisé par Jason Reitman
Avec Ansel Elgort, Jennifer Garner, Adam Sandler
Men, Women & Children brosse le portrait de lycéens leurs rapports, leurs modes de communication, l’image qu’ils ont d’eux-mêmes et leur vie amoureuse. Le film aborde ainsi plusieurs enjeux sociétaux, comme la culture des jeux vidéo, l’anorexie, l’infidélité, la course à la célébrité et la prolifération de contenus illicites sur Internet. Tandis que les personnages s’engagent dans des trajectoires, dont l’issue est parfois heureuse et parfois tragique, il est désormais évident que personne ne peut rester insensible à ce bouleversement culturel qui déferle sur nos téléphones, nos tablettes et nos ordinateurs.

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