Deux films s’intéressant à des Reines d’Angleterre sortent dans les salles en ce début 2019. Depuis le 6 février, La Favorite de Yórgos Lánthimos raconte l’intimité d’Anne au début du 18e siècle.

Arrive à la fin du mois Mary Stuart Reine d’Ecosse, dont Anne est la descendante et dont l’intrigue se déroule 200 ans plus tôt. Deux films très différents qui n’ont en commun que les liens de sang qui unissent les héroines, mais qui sont tout aussi intéressants.

 

LA CRITIQUE

Si Mary Stuart est son premier long métrage, Josie Rourke  n’en est pas à son coup d’essai. Actuellement directrice artistique du théâtre Donmar Warehouse à Londres, elle a mis en scène sur les planches des talents comme Dame Judi Dench, Daniel Radcliffe, Tom Hiddleston ou encore David Tennant dans des pièces classiques. On comprend qu’elle n’ait eu aucun mal à réunir Saoirse Ronan et Margot Robbie devant sa caméra pour raconter l’histoire de la Reine d’Ecosse.

Le destin de Mary Stuart n’est pas banal. Écossaise catholique, elle épouse de force à 16 ans le Roi de France François II qui décède deux ans après leurs noces. Veuve, à 18 ans, elle retourne de l’autre coté de la Manche pour reprendre sa place sur le trône d’Écosse. Mais face à elle, la reine d’Angleterre Elisabeth Ier qui dirige le Royaume Uni n’entend pas se laisser faire. Rivales, elles vont donc se lancer dans un jeu de trônes de chaque coté du Mur d’Hadrien.

Avec beaucoup de soin jusque dans le montage et le choix des plans, Josie Rourke nous raconte deux destins en parallèle, littéralement tans les constructions se ressemblent. Évidemment, les deux actrices sont formidables et leurs personnages passionnants. Au fond, Elisabeth comme Mary voulaient la même chose : le trône, certes, mais aussi arriver à s’élever dans un monde d’hommes qui n’avaient de choix que d’obéir pour des raisons évidentes de hiérarchies mais qui n’avaient eux-même qu’une chose en tête, retrouver leur place de mec. Etre une femme en 2019, c’est déjà compliqué alors imaginez en Angleterre au 16e siècle… Ajoutez-y d’ailleurs une bonne dose de religion, Mary étant catholique dans un pays à majorité protestante et que vous comprendrez assez vite qu’elle n’était pas aimé par grand monde.

La seconde partie du récit va mettre de coté le parallèle pour se focaliser sur l’héroïne du titre. On peut regretter d’abandonner un temps Elisabeth mais ce n’est que pour mieux embrasser le destin incroyable de Mary Stuart, femme passionnante et passionnée bien décidée à ne jamais se laisser marcher dessus, quel que soit le genre de la personne qu’elle en face d’elle. Et surtout pas son mari, qui va passer de gentille personne prévenante à sombre connard alcoolique et infidèle voulant rabaisser sa femme et prendre sa place sur le trône.

Venant du théâtre, on pouvait s’attendre à ce que le travail de Josie Rourke soit très académique. Dans son premier long, la réalisatrice tire parti de son expérience pour  proposer un peu plus que du théâtre filmé. Ici, son talent explose dans les scènes de dialogues dans des pièces fermées où les murs sont couverts de tapisseries. Du théâtre, oui, mais sans jamais paraitre pénible, d’autant que la réalisatrice n’hésite pas à sortir de sa scène pour aller filmer dans les belles plaines d’Écosse. On lui reprochera cependant une scène de bataille tournée autour d’un vieux pont un peu trop brouillonne pour être compréhensible, et aussi quelques longueurs. Le dernier acte, même s’il contient une belle scène qu’on ne spoilera pas, va trop vite, multiplie les péripéties et veut rusher des scènes qui auraient mieux trouvées leur place dans un récit plus cadré.

Ne boudons pas pour autant notre plaisir. Film historique, comédiennes impeccables, jolis costumes. Mary Stuart est une jolie réussite en plus d’être, à travers le portrait d’une reine écossaise, un sujet on ne peut plus d’actualité.

Marie Stuart Reine d’Ecosse, de Josie Rourke – En salles le 27 février 2018

 

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