Présenté à Toronto puis à San Sebastian en 2019, “Mientras Dure la Guerra” sortira dans les salles françaises le 19 février 2020. Le nouveau film d’Alejandro Amenábar, quatre ans après Régression et surtout dix ans après le fantastique Agora, sera présenté le 20 janvier en avant-première à Paris.

 

LA CRITIQUE

Après nous avoir offert le flamboyant péplum Agora en 2009 au terme d’une décennie faite de succès critiques et publics, le cinéaste Alejandro Amenábar a disparu des radars, revenant en 2015 via Hollywood avec le décevant Regression qui semblait presque être l’œuvre d’un autre homme tant on ne retrouvait rien de la fougue du réalisateur. Le voir aujourd’hui avec un projet espagnol et éminemment politique comme Lettre à Franco est un soulagement, tant tout semble renouer avec l’envie d’en découdre sur les questions d’oppression et d’obscurantisme qui animaient déjà Agora.

Il pourrait difficilement en être autrement vu le sujet, puisqu’on se retrouve en 1936 dans une Espagne sur le point de basculer avec un coup d’état opéré par l’armée pour renverser la deuxième république. Le poète, philosophe et romancier Miguel de Unamuno va se retrouver confronté à ce soulèvement, qu’il va d’abord adouber dans l’espoir d’un retour au calme pour son pays, déjà fortement divisé et instable.
Sauf qu’évidemment, ce changement de régime va s’opérer dans la violence, et Francisco Franco assisté du général Millán-Astray vont manigancer dans l’ombre pour s’approprier le pouvoir, afin d’instaurer un règne qui changera à jamais la face du pays.

A vrai dire, on peut s’étonner que la figure de Miguel de Unamuno n’ait pas été traitée au cinéma plus tôt tant les paradoxes de son parcours politique et intellectuel sont passionnants.
Même pour un homme de son rang et de sa culture, la complexité à aborder les mécaniques sociétales dans l’objectif de maintenir l’ordre et la paix l’ont fait passer d’un camp à l’autre, particulièrement en cette année 36, lorsqu’il était âgé de 72 ans. Ce qui intéresse Amenábar ici est donc d’ausculter un tel penseur en plein doute, à une période instable où toutes ses convictions vont être mises à mal par la barbarie et la guerre.

En substance, Lettre à Franco est un film sur le droit à l’erreur, qui analyse les faux pas de cette figure historique et met en valeur sa conscience versatile mais toujours bien intentionnée. Une reconstitution soignée avec un écrin élégant et assez classique ont été prisés par le metteur en scène pour redonner tout le contexte au spectateur, privilégiant la sobriété pour mieux mettre en valeur son sujet, très bien campé par Eduard Fernandez, qui donne la carrure et la gravité nécessaire à un tel rôle.
Certes, on peut regretter qu’Amenábar soit un peu trop scolaire par moment pour que tout le monde raccroche les wagons, mais sa caméra ne se limite pas à l’illustration simple et parvient à figurer les thématiques de son film, filmant par exemple avec tendresse une engueulade entre 2 amis pour la faire apparaître comme un acte sain, de liberté absolu et nécessaire à la bonne évolution d’une société.

C’est d’ailleurs lorsqu’il a pleinement posé le contexte historique et narratif que Lettre à Franco déploie la beauté de son récit, suivant un acte de courage modeste mais à la symbolique poignante, où un homme va tenter de préserver la réflexion, le débat et l’intelligence dans des temps d’obscurantisme, d’oppression et de fascisme. La raison d’être du film vient sans aucun doute des très nombreux parallèles qu’on peut tracer avec l’actualité, aussi bien en Espagne que dans le monde tout entier, intimant le public de se rappeler à quel point l’équilibre d’une société est fragile et combien de tels penseurs et gestes sont importants pour maintenir un compas morale et éthique.
On pourrait facilement reprocher à un tel film d’énoncer des évidences, mais il remet en contexte la brutalité du monde à l’égard de l’intellect avec précision, tout en ayant parfaitement saisi le potentiel cinématographique d’un tel fait pour rendre un hommage à cette figure admirable et touchante.

Lettre à Franco, d’Alejandro Amenabar – Sortie le 19 février 2020

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