Pas évident de reprendre les publications après le drame qui a touché la France ce vendredi. Nous espérons que vous allez tous bien et nous allons continuer à faire ce qu’on sait : parler de cinéma.

On va donc naturellement évoquer les sorties de ce mercredi 18 novembre. Nous avions déjà critique Macbeth (à Cannes) et Crazy Amy (à Deauville). Parlons aujourd’hui des Suffragettes…

 

LA CRITIQUE

Nous sommes en 2015 et une trop grande poignée d’irréductibles perçoit encore le féminisme comme un mouvement dangereux destiné à les priver de leurs droits et privilèges. Il est donc important que le cinéma aide à faire connaître les multiples luttes que beaucoup de femmes ont mené et mènent encore pour accéder aux mêmes droits que les hommes, y compris les plus basiques. « Les Suffragettes », en salles mercredi, se fixe cette mission en traitant d’un sujet pas si lointain que ça : la lutte des femmes britanniques pour obtenir le droit de vote dans les années 1910.

Plus précisément, Sarah Gavron se penche sur le destin d’une femme en particulier : Maud Watts, mère de famille issue de la classe ouvrière, blanchisseuse depuis qu’elle est en âge de l’être. De plus en plus révoltée par les mauvais traitements et les inégalités infligées aux femmes autour d’elle, elle décide petit à petit de rejoindre les fameuses suffragettes menées par la charismatique Emmeline Pankhurst. A travers son point de vue on va donc suivre les actions menées par ces femmes, qui lui coûteront malheureusement très cher.

Le cinéma s’est fait une spécialité de raconter l’Histoire du point de vue d’un anonyme, et de suivre son cheminement qui passe souvent par un accomplissement de soi. Dans la même veine, « Pride » avait brillamment réussi son défi l’an dernier, racontant des histoires aussi harmonieusement entremêlées qu’intéressantes. Malheureusement pour Les Suffragettes, ici, ça ne suffit pas. Car découvrir le cheminement de Maud Watts a beau avoir son intérêt, on regrette que les histoires secondaires des autres suffragettes ne soient pas plus évoquées, encore plus quand le scénario fait d’elles des suffragettes accomplies aux nombreux faits d’armes. Clairement, ne vous fiez pas à l’affiche, Meryl Streep apparaît le temps d’une scène.

En fait, le souci du film est d’être superficiel et de ne pas plus explorer les conflits auxquelles ces femmes sont confrontées. Avec la police, avec leur travail, avec leurs maris, et les hommes en général. Le script se contente d’aligner des dialogues banals et des phrases toutes faites sans qu’on y trouve une âme quelconque.

Car l’autre problème du film est d’être tellement dans un souci d’objectivité qu’il en perd toute émotion. Une pudeur toute british diront certains – et ils n’auront pas tort. Mais filmer et monter de manière aussi désincarnée (et parfois même laide) un combat aussi passionné est une opportunité manquée. On se raccroche alors à ce qu’on peut pour éprouver de l’empathie pour ces femmes dont le combat est pourtant des plus louables. Un combat pour un droit qui encore aujourd’hui n’est pas encore acquis dans tous les pays du globe, ainsi que nous le rappelle le générique de fin.

Les Suffragettes souffre du syndrome de l’Histoire passionnante mais mal racontée. Alors on se raccroche à ce qu’on peut pour ne pas trop descendre un film bien-intentionné : le casting, mené par une Carey Mulligan impressionnante, est parfait. La musique d’Alexandre Desplat joue très bien son rôle dans les moments-clés. La reconstitution historique et les costumes sont superbes. Mais c’est tout. Car une fois le générique de fin arrivé, on se dit que le film ne commence vraiment que dans ses ultimes séquences, témoignage de l’extrémité à laquelle certaines femmes se sont livrées pour obtenir le droit de vote. Ce qu’on aurait aimé voir dans le film, on se contente de le lire sur des cartons et des images d’époque ressorties pour l’occasion. Un vrai gâchis.

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