“Les Millers, Une Famille en Herbe” ou quand le bureau français d’un célèbre distributeur de films se permet une petite vanne pas prévue dans la version originale.

Il est en effet question d’herbe -version drogue- dans cette comédie signée du réalisateur de Dodgeball, Rawson Marshall Thurber. Au casting, Jason Sudeikis, récemment à l’affiche de pas mal de bêtises dont Bon à Tirer et Moi Député qui continue sa carrière d’actrice dans de petites comédies.
A noter que Rawson Marshall Thurber est toujours réalisateur officiel de l’adaptation du comic Umbrella Academy, même si on n’en n’entend plus trop parler ces derniers temps.

Mais que peut bien avoir cette famille en herbe qui attire tant le public ?

 

De la même manière que les films d’horreurs, les comédies ont souvent tendance à souffrir de l’excès de promo dont elles sont le sujet. Les Miller en est le nouvel exemple parfait : impossible de ne pas voir l’une des affiches dans la rue avec des slogans tout prêts du style « La comédie qu’on attendait plus », le tout recouvert par l’aura du succès américain puisque le film a fait carton plein depuis sa sortie. Mais alors, qu’est-ce qu’ils ont d’irrésistible ces Miller ?

On ne va pas vous la faire, Les Miller nous ont fait moyennement rire et ce n’est pourtant pas là où on s’arrêtera pour le film puisque visiblement il fait marrer l’Amérique entière. La question étant donc de savoir pourquoi, et comment ? A la base, on a 4 personnages un peu borderline et qui serait dans la vie de tous les jours peu recommandables pour le public. Le « père » est un glandu de bientôt 40 balais qui profite de sa vie en vendant de la drogue par-ci par-là, la « mère » est une strip teaseuse fauchés aux 40 ans bien affirmés et pour les « enfants », on a d’un côté une fugueuse un peu rebelle et un simple d’esprit… qui est simple d’esprit. Oui, apparemment ça suffit pour lui mettre une étiquette de cas social. Tout ce beau monde est plus ou moins en manque de sous, ça tombe bien c’est la crise, et papa Sudeikis va les réunir pour faire passer de la drogue à la frontière mexicaine grâce à cette superbe couverture qu’est une famille bien sous tous rapports en camping-car.
Dès lors, il est facile de voir le terrain sur lequel va jouer We’re the Millers, à savoir une petite comédie un peu trashouille qui s’amuse à démonter joyeusement la famille américaine typique en lui faisant vivre des aventures olé ! Strip tease, drogue et voyage, un programme plutôt alléchant il est vrai… Sauf que c’est un film grand public avec Jennifer Aniston, et comme vous pouvez sans doute l’imaginer, c’est un frein aux plus grands délires.

La manière la plus simple de résumer le résultat est une fois n’est pas coutume cette belle image du cul entre deux chaises. Car Les Miller correspond bien à deux courants de la comédie américaine qui essaient depuis un certain temps de se rencontrer non sans difficulté. D’un côté donc, le film un peu rentre dedans, héritier direct d’Apatow, qui n’hésite pas à parler crument de sexe ou de drogue. Les Miller tiennent un peu de ça et le font parfois bien, en témoigne une scène où le fils va apprendre à embrasser une fille avec une méthode peu orthodoxe. Cette fameuse scène témoigne aussi de l’autre versant plus mainstream du film, à commencer par sa chute prévisible à des kilomètres, comme bon nombre des gags qui rythment difficilement la chose. Surtout, cette volonté de transgression trouve vite un mur imposé par le choix de plaire au plus grand nombre. Ainsi, Aniston est une strip teaseuse qui jure à tout va, et qui va devoir montrer ses « talents » à un moment précis, mais n’espérez jamais voir autre choses que ses sous-vêtements. C’est Jennifer Aniston quand même, faut pas déconner ! Autre exemple : toute la famille traine de la drogue avec elle, mais jamais personne n’en consomme. Le seul qui finalement en prend réellement plein la tronche est le fiston simplet de l’histoire, parce que c’est sûrement très drôle de se moquer de lui alors que justement, on aurait aimé voir les comédiens les plus célèbres se mettre réellement en danger concernant leur image. Le seul qu’on n’attendait pas là, c’est Tomer Sisley qui cachetonne comme pas permis en méchant dealer, rôle visiblement immanquable pour tout acteur européen un peu typé tentant de percer à Hollywood. L’absurdité dégagée par le paradoxe du script trouve son paroxysme avec la morale bien-pensante et lourde qui clôture le tout : on veut faire péter la famille de l’intérieur mais quand même, c’est important la famille ! Ainsi, Les Miller est un aller-retour incessant entre ses deux courants, ce qui l’empêche pleinement d’assumer ces choix, excepté quand il utilise des vidéos YouTube et les derniers titres à la mode pour se donner des airs de comédie branchouille. La volonté de bien faire est là et deux trois extraits tirent leur épingle du jeu, mais l’ensemble reste bien trop sage et consensuel pour être mémorable, faisant de ce road trip un voyage un peu chiant en camping-car, comme c’est souvent de tradition dans ces cas-là.

Vous espériez un film qui se lâche totalement et offre de grands moments de délire ? Raté !
Vous espériez une comédie familiale pour toute la famille ? Raté aussi !
Essayant constamment de joindre les deux bouts sans vraiment y parvenir, Les Miller est une comédie possédant ses bons moments comme ces passages à vide, dont les velléités de subversion vis-à-vis du genre sont systématiquement éliminées par le fin mot de l’histoire. Un voyage un peu trop calculé pour être surprenant, comme en témoigne le seul moment réellement spontané du long-métrage : son bêtisier de fin…

 

Les Millers, Une Famille en Herbe – Sortie le 18 septembre 2013
Réalisé par Rawson Marshall Thurber
Avec Jennifer Aniston, Jason Sudeikis, Emma Roberts
David Burke est un dealer à la petite semaine qui se contente de vendre sa marchandise à des chefs cuisiniers et des mamans accompagnant leurs fils au football, mais pas à des ados – car, au fond, il a quand même des principes ! Alors que tout devrait se passer au mieux pour lui, les ennuis s’accumulent… Préférant garder profil bas pour des raisons évidentes, David comprend, à son corps défendant, qu’on peut subir la pire injustice même lorsqu’on est animé des meilleures intentions : tentant de venir en aide à des jeunes du quartier, il se fait agresser par trois voyous qui lui volent sa marchandise et son argent. Il se retrouve dans une situation des plus délicates puisqu’il doit désormais rembourser son fournisseur, Brad.Afin d’éponger sa dette – et de rester en vie –, David n’a d’autre choix que de jouer dans la cour des grands en se rendant au Mexique pour ramener une importante cargaison de drogue à Brad. Réussissant à convaincre ses voisins – Rose, une strip-teaseuse cynique, Kenny, qui aimerait bien tester la marchandise et Casey, une ado débrouillarde couverte de tatouages et de piercings – de lui venir en aide, il met au point un plan censé être infaillible : avec ses complices qu’il fait passer pour sa femme et ses deux grands enfants, il met le cap sur le Mexique au volant d’un camping-car flambant neuf le jour de la fête nationale. Ce week-end risque bien d’être explosif…

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