Deux ans pile poil après Les Animaux Fantastiques, Norbert Dragonneau et ses créatures reviennent pour faire face aux Crimes de Grindelwald.

Le film de David Yates met en scène les acteurs du premier volet et ajoute Zoe Kravitz, Jude Law, Callum Turner, Claudia Kim, William Nadylam et Brontis Jodorowsky dans le rôle d’un célèbre alchimiste…

 

LA CRITIQUE

Quel film étrange que Les Crimes de Grindelwald. Second volet de la saga Les Animaux Fantastiques (qui en comptera cinq), prequel des aventures de Harry Potter, le long-métrage est à nouveau écrit par l’autrice à l’origine du personnage principal, J.K. Rowling et contrairement aux épisodes du sorcier de Poudlard qui étaient l’adaptation par d’autres scénaristes des livres de la dame. Pourquoi cette distinction ? Parce qu’on écrit par un scénario de film comme on écrit un roman et parce que “Grindelwald” contient bien trop de problèmes d’écritures qui viennent plomber un divertissement pourtant honorable.

On est quelques mois après les évènements de New York. Grindelwald a été arrêté et doit être transféré en Europe pour y être jugé. C’est là qu’il s’évade pour aller vers Paris, en quête de Creedence (ou Croyance) dont il veut faire son disciple. A Londres, Newt Scamander (ou Norbert Dragonneau), héros de l’histoire, retrouve Albus Dumbledore, qui lui avait confié la mission de New York et l’envoie sur les traces de son ennemi. On découvrira que celui qui n’est alors que professeur à Poudlard ne peut affronter directement son ancien amant, et qu’il a donc besoin d’un émissaire capable de le retrouver, sans pour autant chercher à l’abattre.

“Les Crimes…” est un film étrange parce que J.K. Rowling multiplie les personnages, tellement que leur présence à l’écran frôle parfois le ridicule. On suit Newt évidemment et on retrouve tous les magiciens et non-magiques du premier volet, auxquels il faut ajouter une équipe d’Aurors dont le frère Scamander, Albus évidemment et en plus Nagini et les sidekicks de Grindelwald. Dans une intrigue resserrée de 2h10, rare sont les protagonistes qui ont le temps de s’exprimer. Inclure Nagini et en faire une humaine victime d’une malédiction, pourquoi pas, mais après une démonstration de son pouvoir, le personnage ne sert plus à rien et Claudia Kim fait de la figuration. On pourra dire la même chose de Katherine Waterstone qu’on pourrait retirer de l’équation sans pour autant chambouler l’intrigue. De fait, il est difficile de s’intéresser à l’arc narratif de Leta Lestrange (Zoe Kravitz), pourtant mis en avant, tant son histoire est diluée dans la masse de petites choses inutiles. On passera sur quelques ellipses probablement liées à des coupes au montage, qui nous font nous demander ce que fait tel personnage à tel endroit alors qu’il était dans un autre pays la scène d’avant.

Pourtant, dans ce joyeux foutoir d’écriture, J.K Rowling propose des choses intéressantes. La vision de Grindelwald qui veut éliminer les Moldus pour laisser toute la place aux magiciens est d’autant plus intéressante que l’histoire se déroule en 1927, une toute petite décennie avant Hitler. Johnny Depp parvient à proposer autre chose que son personnage de Jack Sparrow multi-décliné et on a vite hâte de l’imaginer face à Dumbledore. D’ailleurs, à ce niveau, l’autrice raccroche étonnamment bien les wagons de son histoire, suite parfaite du premier volet mais qui s’insère idéalement dans les éléments historiques déjà connus (dans Les Reliques de la Mort) liant Dumbledore à son ennemi. La relation entre les deux personnages n’est pas évoquée frontalement, mais une petite phrase (ils étaient “plus que des frères”) laisse sous-entendre qu’ils étaient bien ensemble quelques années auparavant.

De son coté, David Yates ne se repose sur aucun laurier et propose des choses, à l’instar de la scène d’évasion particulièrement efficace en termes de mise en scène. Le réalisateur fait le boulot. On regrettera seulement les décors de studio. Tout Paris a été reconstitué en Angleterre, à l’exception de rares plans aériens, donnant un effet de carton-pâte aux décors. Même si le travail a été effectué avec soin, rien ne remplace jamais un bon vieux décor naturel – surtout quand on fait se passer l’intrigue dans une des plus belles villes du monde.

A la vue de ces deux épisodes, on ne peut s’empêcher de penser qu’il manque un petit ingrédient à la saga. On ne retrouve pas le charme des Harry Potter dans les Animaux Fantastiques. Peut-être est-ce l’aspect magique, désormais complètement banalisé (tout est magiquement possible, les sortilèges sont rarement prononcés) quand les élèves de Poudlard nous faisaient rêver simplement en faisant voler une plume. Hogwarts justement a droit à quelques jolies scènes, notamment en flashback. Et le public présent aux avant-premières ne s’y trompait pas. Il y avait dans la salle une ferveur quand l’école de magie est apparue à l’écran, ferveur qui ne s’est pas retrouvée par la suite – même quand il s’agissait de référencer à nouveau Harry Potter. Enfin, sur le sujet, difficile de ne pas mentionner Jude Law. Le comédien prend un plaisir fou et déborde de charisme. Il est l’interprète parfait pour incarner Albus Dumbledore jeune.

Au global, on prend du plaisir devant les Crimes de Grindelwald et on a forcément envie de voir la suite. Contrairement à d’autres sagas, le film reste même bien en tête après avoir dormi dessus. Mais on ne peut s’empêcher de penser qu’il aurait pu passer de la case “blockbuster correct” à “divertissement solide” si l’écriture de J.K. Rowling avait été plus solide. Un comble.

Les Animaux Fantastiques Les Crimes de Grindelwald, de David Yates – Sortie le 14 novembre 2018

1 commentaire

  • broack dincht vendredi 16 novembre 2018 22 h 16 min

    je trouve cocasse de voir comment ils désavouent le titre original “les animaux fantastiques” qui n’est désormais plus qu’écrit en tout petit, encore moins visible qu’un sous titre, tant les animaux n’ont aucune importance dans l’histoire, ou en tout cas pas plus que dans les harry potter.
    Je trouve quand même que ça reste un énorme gachi d’avoir voulu raconter un préquel à un des éléments fondamentaux de Harry Potter. Ça aurait gagné à raconter totalement autre chose, comme une aventure à la Indiana Jones, où Newt aurait été un genre de mélange entre Charles Darwin et Jane Goodall ( ce qu’il est, mais c’est à peine évoqué)

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