Deuxième film planifié pour l’Emission de janvier qui finit en version texte : Les Chemins de la Liberté, de Peter Weir.

Le film avait été projeté il y a quelques semaines en présence du réalisateur à la Cinémathèque à Paris et nous étions bien entendu dans la salle. On y suit des prisonniers échappés d’un goulag sibérien qui fuient à travers l’Asie pour retrouver leur liberté.

Quoi penser du nouveau film du réalisateur de Master & Commander avec son casting 4 étoiles (Jim Sturgess, Colin Farrell, Saorrse Roinan, Ed Harris) ? Voici une réponse…

 

Les Chemins de la Liberté (The Way Back) – Sortie le 26 janvier 2011
Réalisé par Peter Weir
Avec Jim Sturgess, Ed Harris, Saoirse Ronan
En 1940, une petite troupe de prisonniers décide de s’évader d’un camp de travail sibérien.
Pour ces hommes venus de tous les horizons, s’échapper de cet enfer ne sera que le début de l’aventure…
Ensemble, ils vont parcourir plus de 10 000 kilomètres, à travers la toundra sibérienne glacée, traversant les plaines de Mongolie, les fournaises du désert de Gobi puis les sommets de l’Himalaya pour franchir la Grande Muraille de Chine.
Certains s’arrêteront en chemin, d’autres ne survivront pas aux épreuves. L’Inde – alors sous contrôle anglais – est le but ultime.
Mais la route est longue, les rencontres risquées, les conditions physiques épouvantables, et chacun a ses secrets…

Dans la catégorie « film inspiré d’une histoire vraie qu’elle est trop belle », Hollywood excelle et ne s’est jamais lassé de ces productions labellisées comme si l’authenticité d’une histoire souvent enrichie à grands coups de rajouts purement fictionnels était un gage de qualité.

Le début d’année regroupe deux films sous ce même label et ayant un thème similaire à savoir la survie en milieu aussi dépaysant qu’hostile avec le fameux 127 Heures de Danny Boyle et celui qui nous intéresse plus particulièrement maintenant : Les Chemins de la liberté.

Contant le parcours sans fin d’une troupe de prisonniers s’échappant d’un goulag pour s’en sortir, le dernier film de Peter Weir est adapté du best-seller A marche forcée de Slavomir Rawicz, qui fut d’après le cinéaste australien un véritable choc lors de la lecture. On peut le comprendre tant il est vrai que le courage de ses hommes qui ont parcours plus de 10.000 kms à pied force le respect, d’autant que la marche n’avait rien d’une promenade de santé ou d’un trip en mode Pékin Express puisque les rescapés sont passés par des situations aussi extrêmes qu’opposées, entre le désert ardent de Gobi ou les sommets de l’Himalaya.

Le genre d’histoire impressionnante et forte mais qui recèle de pièges en termes de narration sur lesquels le réalisateur de The Truman Show ou du Cercle des Poètes Disparus allait devoir travailler ardemment, ce qu’il a fait avec une grande préparation en amont, comprenant des recherches auprès des descendants de l’auteur tandis qu’il poussait ses acteurs à se documenter.
Il fallait avoir du courage pour parcourir une telle distance dans des conditions aussi infernales mais il en fallait presque tout autant pour s’attaquer à ce genre de films propice à des images absolument magnifiques il est vrai, mais également à un rythme pour le moins complexe à mettre en place.
Peter Weir semble pourtant s’être passionné exclusivement pour le voyage en question tant il opère des choix narratifs auxquels on ne s’attendait pas, dont une exposition qui choisi de montrer la préparation de l’évasion mais de suggérer celle-ci en un temps éclair plutôt que de s’y atteler longuement. L’intérêt du récit réside il est vrai dans cette marche de tous les répits et malheureusement, le réalisateur subit certaines problématiques de son récit.

Aussi admirable soit le parcours de ces hommes et aussi beaux soient les lieux traversés, la longueur du calvaire se fait ressentir chez le spectateur non parce qu’il est dans l’histoire, mais parce qu’indéniablement, la longueur du tout est légèrement trop grande et voir notre troupe traverser en plan extra large des domaines colossaux ne suffit pas pour susciter l’intérêt.
Évidemment, le récit se concentre sur chacun des personnages et sur les liens que le groupe va tisser avec de multiples révélations au fur et à mesure du périple à cause des secrets de chacun, porté par un casting de haut niveau qui, à l’exception d’un Jim Sturgess perfectible, impressionne dans son ensemble. Que ce soit pour ce monstre de charisme qu’est Ed Harris, pour ce cabotin de Colin Farell revenant sur le droit chemin ou pour la petite « qui monte qui monte » Saoirse Ronan (ça se prononce Cheurché Ronane, ou quelque chose dans le style) vue l’an dernier dans Lovely Bones, chacun campe son personnage avec implication et se révèle touchant, amenant le public à regretter ceux qui tomberont en chemin et à souffrir avec des héros dont l’enfer est visible sur chaque visage grâce à un excellent travail de maquillage.

Le public est donc en adéquation avec notre groupe et le suit tout en le soutenant dans un calvaire que l’on ressent mais qui n’empêche pas l’ennui de pointer le bout de son nez par moment à cause d’un renouvellement des enjeux qui se fait difficile et vite répétitif. Par exemple, les personnages vont avoir à faire à une série de péripéties somme toute intéressantes lorsqu’ils traverseront des terres civilisées (ne pas se faire reconnaitre, voler des provisions, etc…) mais les péripéties en question vont se trouver beaucoup plus limitées lors de la traversée du désert par exemple, dans laquelle tout va tourner autour de l’eau, ce qui est aussi évident que rébarbatif au bout de 20 minutes.

Le plus étrange dans l’histoire, c’est que le long métrage démarre avec un carton donnant précisément le nombre de survivants étant arrivés à destination et si le récit comporte une grande part de fiction il est tout de même bizarre de voir combien l’information divulguée en introduction sabote quelque peu les enjeux même si le réalisateur veut sans doute que l’on se concentre sur les personnages avant tout.
Ce petit détail, à première vue anodin, reste embêtant étant donné que l’on devine très vite qui sont ceux qui s’en sortiront et malgré la volonté d’un réalisateur de se concentrer sur un conflit aussi physique que psychologique, on se met inéluctablement à attendre de voir untel ou untel tomber.
Ça n’empêche pas Peter Weir d’être tout sauf un manchot, et il démontre combien il est à l’aise derrière la caméra pour suivre cette aventure surréaliste, transcendant le calvaire au sein de certains cadrages sans pitié et rudes, retranscrivant parfaitement le sentiment d’infini du voyage et étant capable de donner une idée de la chaleur écrasante d’un lieu comme de l’enfer glacial d’un autre 10 minutes plus tard.

Les Chemins de la Liberté est un film subissant de plein fouet les travers de son récit et dont la durée, couplée à une construction peinant à réinjecter de l’intérêt, fait ressentir pleinement les obstacles incessants de cette quête folle tout en ménageant un ennui assez plombant mais n’enlevant en rien la beauté de l’histoire et les images somptueuses, parcouru par un casting 4 étoiles.

A vous de savoir si vous supporterez plus de deux heures de marche sur grand écran, même si elles valent le détour.

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