54 ans après une première aventure, Mary Poppins revient pour une suite. Oui, cinquante quatre ans.

Et pour mettre en images cette nouvelle version, Disney a fait appel à Rob Marshall derrière la caméra mais aussi à Emily Blunt, Lin-Manuel Miranda, Meryl Streep, Ben Whishaw, Emily Mortimer et Colin Firth…

 

LA CRITIQUE

En 1964, Robert Stevenson signait un des productions “live” de Disney les plus réussies, un film ayant marqué des générations de spectateurs : Mary Poppins, d’après le roman de Pamela L. Travers. Des thèmes abordés aux chansons en passant par la formidable interprétation de Julie Andrews et de Dick Van Dyke, tout y était à la fois très british et extrêmement universel. Pour la France, il faut aussi citer le travail remarquable effectué sur la VF, Eliane Thibault étant parfaite au doublage.

Pas facile alors de succéder à tous ces talents. Le Retour de Mary Poppins aligne donc des personnes de qualité du 21e siècle pour tenter de garder le niveau. Et il faut bien reconnaitre que tout le monde fait un boulot très très honorable pour que le spectateur soit pris au jeu. Ça n’enlève malheureusement pas un problème majeur qui vient plomber l’ambiance.

Ce qui ne va pas ? C’est simple : le Retour de Mary Poppins est scénaristiquement un remake du premier film. On s’était déjà fait avoir par Star Wars Le Réveil de la Force mais Disney remet le couvert avec une autre franchise. Au moins, le J.J Abrams jouait intelligemment avec les codes pour que l’illusion soit parfaite : les personnages étaient différents, l’intrigue moins calquée que sur l’originale, etc… Ici, tout est identique. Certes, on a avancé dans le temps et les enfants du premier volet sont désormais des adultes. Le petit Michael a trois enfants et il a repris la maison parentale. Alors, quand Mary Poppins y débarque et qu’elle fait une remarque sur le fait qu’elle vienne s’occuper des Banks, on s’attend à ce qu’elle reprenne en main les adultes. Mais ce ne sera pas le cas, le film préférant calquer l’intégralité des séquences sur le Stevenson. On retrouve donc, en vrac, les gamins qui ont besoin d’une nounou, les parents vieux jeu, le vieux capitaine sur le toit de la maison voisine et la même scène avec les objets qui tombent au coup de canon… Le personnage de Lin Manuel Miranda est un copié/collé de celui de Van Dyke et une séquence musicale et en animation traditionnelle vient ponctuer le récit. Et ce qui n’est pas déjà vu est prévisible, à l’instar d’une intrigue avec un méchant banquier dont on devine la fin dès le premier plan.

Mentionnons aussi des choses qui ne fonctionnent que moyennement. On peut commencer par Lin Manuel Miranda. L’artiste a beau avoir été multi récompensé pour ses talents de chorégraphe et de metteur en scène de comédies musicales, c’est un piètre comédien mono-expressif qui va passer tout le film à afficher le même sourire sans la moindre subtilité. Marc Shaiman fait, lui, tout ce qu’il peut pour égaler la musique des frères Sherman mais n’y parvient jamais. Outre, encore une fois, du copié collé avec des titres identiques mais moins inspirés (“Supercalifragilisticexpialidocious” devient l’oubliable “Luminomagifantastique”), le compositeur et ses chorégraphes ne parviennent jamais à faire de numéros aussi mémorables qu’à l’époque de Julie Andrews.

On ne vas pas pour autant se mentir : Rob Marshall fait le boulot. Le film est joli, rythmé, coloré et certains aspects fonctionnent même mieux qu’en 64. Le réalisateut offre de jolis panoramiques de Londres, il tourne d’avantage en extérieur et les décors sont plus soignés. Tout donne une impression de vouloir bien faire. Ajoutez à cela des seconds rôles très efficaces, et une Emily Blunt qui fait exploser son immense talent pour rivaliser avec Julie Andrews et vous avez un divertissement de qualité. Et c’est quelqu’un qui avait des doutes aussi bien sur l’interprète que le choix du réalisateur qui vous le concède !

Le Retour de Mary Poppins fera sans doute un carton au box office et alignera les récompenses pour ses qualités plastiques et le talent de son interprète principal. On a quand même pendant deux heures l’impression de voir un remake en moins bien. Comme quoi la Mary Poppins de Julie Andrews restera indétrônable.

Le Retour de Mary Poppins, de Rob Marshall – Sortie le 19 décembre 2018

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