Critique : Le Dernier Loup

En 1988, L’Ours de Jean-Jacques Annaud sortait dans les salles françaises. Pour toute une génération, le film revient comme leur premier souvenir de cinéma, celui que les parents montraient à leurs enfants dans une vraie salle.

Le Dernier Loup est le troisième film dans la carrière du réalisateur du Nom de la Rose à mettre en scène des animaux après celui cité et Deux Frères (avec des tigres).

Peut-être songez vous à y amener, à votre tour, vos enfants ? Le film est dans les salles depuis ce mercredi 25 février.

 

LA CRITIQUE

Jean-Jacques Annaud est l’un de ses réalisateurs français un peu fou et surtout à part. Un cinéaste auquel on peut rester insensible par son sens de la grandeur un peu poussif par moment, mais qui s’impose comme une entité unique dans le paysage national, et qui a le mérite d’enchainer des projets parfois décadents mais toujours ambitieux. Le Dernier Loup ne déroge pas à la règle : non content d’adapter le deuxième bouquin le plus célèbre en Chine derrière le Petit Livre Rouge, Annaud a choisi de faire les choses dans les règles, et à tourner cette fresque au fin fond de la Chine dans la langue locale, avec des caméras 3D et des vrais loups en décors naturels histoire d’y aller à fond.

Avec une telle configuration, le résultat peut-il être décevant ?

Le livre « Le Totem des Loups » raconte l’histoire d’un étudiant chinois qui se retrouve dans une région profonde de ce vaste pays pour apprendre aux paysans qui l’accueillent à lire et à écrire. L’élève ne sera pas forcément celui que l’on pense, puisque ce jeune homme va être passionné par le mode de vie de son hôte et surtout l’environnement ultra sauvage dans lequel il se trouve. L’ennemi principal, ce sont les loups qui rôdent et qui font souvent des carnages dans les troupeaux ou même sur les hommes. Alors qu’une prérogative tombe concernant un meurtre massif de louveteaux pour couper le mal à la racine, notre héros déroge à cette règle et adopte en secret la bête qu’il est censé tuer pour l’élever.

Le Dernier Loup est une production délicate à décrypter dans le sens où d’un côté, on aimerait l’adorer. Son réalisateur s’est jeté corps et âme dans un beau projet, et il en ressort un livre de très belles images, avec des paysages à couper le souffle en pagaille, que le relief creuse naturellement. L’envie de donner dans un grand film d’aventure se sent, de même que celle d’en mettre plein les mirettes, et il arrive à l’ensemble de proposer de jolies choses, notamment une séquence de poursuite nocturne dans une tempête de neige qui s’affirme d’elle-même comme le grand moment de l’histoire, du moins le plus trépidant et spectaculaire.

Passé la grandeur formelle, il faut bien admettre qu’Annaud tombe dans des écueils dommageables.
Déjà, on peut trouver à l’ensemble un classicisme un peu ancien, comme si la mise en scène du français, par ailleurs carrée, peinait à être inventive ou surprenante. On n’ira pas reprocher une trop grande rigueur, mais une rigidité, un côté presque vieillot dans la façon de faire d’un réalisateur qui semble un peu trop se regarder filmer. Surtout, il semble que ce dernier peine à saisir le cœur de l’œuvre qu’il adapte. La figure des loups, supposée centrale dans cette histoire, bénéficie d’un traitement hésitant entre la toile de fond et les personnages secondaires. Comme si Annaud n’avait pas su doser la place des animaux au montage et peinait fondamentalement à les incarner, à leur donner une chair véritable à l’écran, malgré de nombreux plans iconiques. Cela se fait particulièrement problématique sur la deuxième partie du métrage où le souffle retombe sérieusement, d’autant que le film est censé raconter un bouleversement qui lui aussi ne se fait jamais ressentir. Le parcours initiatique du personnage principal s’en trouve diminué et le final émotionnel auquel aspire ce type d’histoire résonne comme forcé, pour une œuvre qui n’arrive jamais à transcender ses intentions, aussi bonnes soient-elles.

Que cela ne nous empêche pas pour autant de saluer l’initiative, qui s’avère payante à l’heure où j’écris ses lignes puisque le film cartonne en Chine. Si Le Dernier Loup est un film imparfait ou trop mou, il n’en constitue pas moins un essai culotté de la part d’Annaud, qui a compris que la France à elle seule n’était plus capable d’assouvir ses envies de cinéma. Si les partenariats internationaux sont la solution pour des œuvres qui visent une certaine grandeur, on ne peut qu’espérer que l’initiative sera suivie par d’autres.

 

Le Dernier Loup – Sortie le 25 février 2015
Réalisé par Jean-Jacques Annaud
Avec Feng Shaofeng, Shawn Dou, Ankhnyam Ragchaa
1969. Chen Zhen, un jeune étudiant originaire de Pékin, est envoyé en Mongolie-Intérieure afin d’éduquer une tribu de bergers nomades. Mais c’est véritablement Chen qui a beaucoup à apprendre – sur la vie dans cette contrée infinie, hostile et vertigineuse, sur la notion de communauté, de liberté et de responsabilité, et sur la créature la plus crainte et vénérée des steppes – le loup. Séduit par le lien complexe et quasi mystique entre ces créatures sacrées et les bergers, il capture un louveteau afin de l’apprivoiser. Mais la relation naissante entre l’homme et l’animal – ainsi que le mode de vie traditionnel de la tribu, et l’avenir de la terre elle-même – est menacée lorsqu’un représentant régional de l’autorité centrale décide par tous les moyens d’éliminer les loups de cette région.



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