Beaucoup de films dont on a déjà parlé ici-même sortent ce 14 juillet : l’attendu Predators, le sympathique Tamara Drewe avec la toujours superbe Gemma Arterton ou encore Repo Men mais uniquement dans une poignée de salles.
Si je ne peux que vous recommander l’excellent Toy Story 3, qui mérite largement les éloges qu’on lui fait, on a également vu un dernier film : L’Autre Monde, réalisation de Gilles Marchand avec Louise Bourgoin.
En voici la critique.

L’Autre Monde – Sortie le 14 juillet 2010
Réalisé par Gilles Marchand
Avec Grégoire Leprince-Ringuet, Louise Bourgoin, Melvil Poupaud
C’est l’été dans le Sud de la France. Gaspard est un adolescent heureux qui partage son temps
entre ses amis et sa copine, Marion. Mais Gaspard va rencontrer Audrey et sa vie …

Le virtuel est un thème de plus en plus à la mode. Entre les parallèles métaphoriques que certains ont opérées avec Avatar et les nombreux films sur le sujet depuis Matrix, il semblerait qu’une bonne partie de la communauté cinéma se penche toujours plus sur le monde au-delà de l’écran et plus particulièrement sur le réseau qu’on y trouve, l’internet ! Cette année, on verra carrément David Fincher s’y intéresser en dédiant un film sur le créateur de Facebook tandis que Hideo Nakata, le mythique créateur de Ring, sort son infâme Ch@troom (voir la critique) au mois de mai.

Peut-être est-il étonnant alors de voir la France autant dans le coup puisque c’est avec L’Autre Monde le deuxième film que l’on voit cette année sur le sujet, après l’OVNI 8th Wonderland.
Avec un tel titre, on est avant même de rentrer dans la salle averti de quoi va parler le film de Gilles Marchand et ce dernier a le mérite d’avoir su attirer notre attention, non parce que Louise Bourgoin y interprète l’un des rôles principaux (quoi que l’affiche a dû en émoustiller certains…) mais pour le thème central du film : les mondes virtuels type MMORPG (World of Warcraft, Everquest…) dont le citoyen lambda a une conception pour le peu négative si il s’en tient aux reportages vus dans les médias (JT ou encore « Meuporg »). L’occasion pour Gilles Marchand d’apporter un point de vue neuf et plus objectif sur le sujet…

Le début du long métrage fait cependant vite déchanter face à la capacité du réalisateur à affronter son sujet avec la distance nécessaire suite à la rencontre avec les différents protagonistes du film, surtout le héros campé par Grégoire Leprince-Ringuet. Son personnage, Gaspard, est un jeune garçon vivant dans le sud de la France et vivant sa petite vie tranquille, avec sa petite amie et ses 2 meilleurs amis. Seulement voilà… Gaspard est horriblement niais. Pas simplement naïf mais complètement niais, tout comme l’est sa copine Marion et le reste de la bande qui se la joue cool en étant un peu à côté de ces pompes. Et avant même que le cœur de l’intrigue se lance, 3 secondes suffisent pour comprendre de quoi il va en retourner, à savoir que cet ado niais est donc tout aussi influençable et qu’il va se faire manger tout cru par la sphère Internet ! En l’état, c’est presque ça, au détail près que tout va commencer par la rencontre d’une pseudo gothico/dépresso/suicidaire qui n’est autre que Louise Bourgoin et que le Gaspard en question va sauver in extremis d’une tentative de suicide avant de mettre les deux plats dans le pied en suivant l’avatar numérique de la belle sur un monde virtuel intitulé Black Hole pour mieux la draguer en vrai.

Usant grossièrement de ses charmes, l’ancienne miss météo va alors mener son petit jeu dans un film auquel on adhère pas une seule seconde à son histoire pour la simple et bonne raison que celle-ci n’est jamais crédible, de par l’aveuglement absolu de ses personnages tendant à de la débilité simple et par la grossièreté de l’univers mis en place dans lequel chaque ficelle narrative finit par devenir une corde. Dans le premier cas, ça s’illustre lorsque Gaspard se sent tellement supérieur aux autres suite à ses expériences virtuelles dignes d’un fantasme masturbatoire cérébral qu’il va envoyer méchamment bouler sa copine en lui demandant de grandir un peu (on croirait rêver…) alors que pour le second point, il faut voir comment chaque élément de l’histoire dans lequel évolue les personnages est écrit à la truelle et tend à la parodie involontaire. L’exemple le plus parfait est l’appartement où vit la mystérieuse Audrey que poursuit inlassablement Gaspard, sorte de QG à dealers tatoués légèrement gangstas sur les bords et qui vivent dans un F3 blanc de chez blanc et clean de chez clean vu que le chef déco a apparemment oublié de cacher le fait que l’endroit venait d’être loué pour les besoins du film.

L’une des caractéristiques du film empêchant immédiatement le spectateur de croire à toute cette belle histoire se situe dans la fausse bonne idée du réalisateur de partager son long-métrage en deux parties, l’une dans le monde réel et la seconde dans l’autre monde en question, le fameux Black Hole. Ce qui devait être dans l’état un bête jeu vidéo se transforme ici en véritable film d’animation à l’esthétique certes épurée et simplifiée mais qui use de ce manque de détails voulu pour justifier son statut espéré. Dès lors, difficile de croire que ces images de synthèses, dans lesquelles les avatars numériques affichent même modestement les émotions des personnages réels dont les voix sont aussi appliqués à leur double , représentent le Black Hole que l’on aperçoit sur l’écran face à nos protagonistes, d’autant plus que le fait de faire de la mise en scène au sein de cet univers élimine la question de la caméra du joueur. Trop austère pour être agréable à regarder mais finalement trop complexe pour y croire, ce « Trou Noir » (merci la métaphore à deux balles…) ne parvient jamais à être crédible et échoue dans sa tâche bien qu’on reconnaîtra aisément que le défi était ultra casse gueule comme l’a prouvé le résultat. A la limite, la représentation des salles de discussions chez Nakata était mieux pensée, mais on ne retirera pas au réalisateur d’avoir tenté la chose même si c’est au final très maladroit.

Ce qu’on lui reprochera, c’est de prendre des personnages aussi simplets pour mettre en place sa démonstration de « Internet et les mondes virtuels, c’est fou ce que c’est dangereux ». Peut-être lui est-il venu à l’idée qu’une partie de la population était assez naïve pour ne pas être au courant de ces problématiques électroniques, qu’il était de son devoir de les prévenir et si il ne fait pas aussi lourdement la morale à son spectateur comme peut le faire le sermon insupportable du papa de Dark Water, sa démonstration tourne à vide tant le sentiment d’incrédulité est fort et que l’on peine à croire à ses personnages. Après, il y a bien évidemment des gens qui comme pour tous les domaines ne sont pas du tout au courant de toutes les choses, bonnes ou mauvaises, qu’on peut y trouver mais si on pouvait éviter de leur expliquer le pourquoi du comment du pas bien en les prenant pour des simplets, ça serait sympa.

Sans compter certains dialogues ridicules (voir l’extrait de la chambre…), des interprètes qui n’ont pas vraiment l’air d’y croire et une sur-dramatisation de chaque rebondissement fonçant tête baissée dans le mur le plus proche, L’Autre Monde ennui vite et se révèle juste à côté de ses pompes, traitant son sujet avec une opinion datée d’il y a au moins 20 ans tendant plus vers l’avertissement couillon que vers la compréhension de ce genre de mondes, de ces pratiquants et de leurs motivations.
Non pas qu’on soit énervés ou au taquet, mais on est en 2010 quand même…

– Jean Victor

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