L’amour dure trois ans est le premier film de Frédéric Beigbeder en tant que réalisateur, et son “meilleur” si on en croit la tagline très second degré des affiches.

Le publicitairo-écrivano-animateur-de-télévision allait-il tenir la route derrière la caméra ? Ayant animé de nombreux numéros de l’émission cinéma Le Cercle, à écouter ses chroniqueurs se prendre au sérieux derrière de grandes phrases, l’homme allait-il en tirer des leçons ?

Réponse…

 

 

L’amour dure trois ans – Sortie le 18 janvier 2012
Réalisé par Frédéric Beigbeder
Avec Louise Bourgoin, Gaspard Proust, Joey Starr
Marc Marronnier, critique littéraire le jour et chroniqueur mondain la nuit, vient de divorcer d’Anne. Il est sûr à présent que l’amour ne dure que 3 ans. Il a même écrit un pamphlet pour le démontrer mais sa rencontre avec Alice va renverser toutes ses certitudes.

 

Beigbeder au cinéma : deuxième. 5 ans après avoir vu son roman 99 Francs porté à l’écran par Jan Kounen, l’auteur foufou voit à nouveau l’un de ces romans porté sur grand écran, à la différence notable que ce coup çi, il en est l’entier responsable puisqu’il est passé dans le siège de réalisateur pour l’Amour dure trois ans. Mais là où la première fois s’était bien passée grâce à un metteur en scène travaillant essentiellement par l’image et opérant donc pleinement dans le domaine du cinéma, cette nouvelle tentative plus risquée ne risque t’elle pas de tomber dans le piège du film à écrivain, à savoir trop écrit ?

L’avantage d’adapter soi-même son propre roman dont le héros s’avère être extrêmement proche de l’auteur en raison d’une grande partie autobiographique en filigrane, c’est qu’on ne risque pas de faire un film impersonnel. Et il serait difficile de voir comment il pourrait en être autrement tant du début à la fin, de la première à la dernière minute, dans chaque réplique, chaque scène et chaque idée, ça transpire le Beigbeder. Tout ceux qui ont lus l’un de ses romans ou vus ses interventions de présentateur à la TV seront en terrain connu puisque la personnalité du bonhomme dégueule de l’écran. Mais Beigbeder, concrètement, c’est qui ? C’est un ancien publicitaire, reconverti en « littéraire » désormais auteur de quelques succès en France, qui clôt ses fins de mois en présentant des émissions de cinéma à la télévision. Partant de là, on peut donc déduire qu’on va retrouver toutes ces caractéristiques dans le film, à savoir de la littérature, des éléments dits publicitaires et d’autres plus télévisuels dans leur conception.
Déduction impeccable, tant on ne saurait mieux décrire L’Amour dure trois ans.
Et pour cause, puisque l’écriture du film s’avère bien trop « littéraire » au sens premier du terme.
Comprenez par là que l’on sent durant tout le long métrage que la parole est très importante pour son auteur et que c’est le véhicule premier d’informations de son film.
Cela se traduit par des séquences dans lesquelles vous pouvez regardez les yeux fermés puisque de toute façon, vous comprendrez tout ce qui se passe sans problème.
Les différentes pauses dans le présent pour que le héros regarde tranquillement la caméra dans les yeux afin d’expliquer tout ce qu’il pense et tout ce qui se passe en sont la représentation la plus forte, mais cela semble peu pour l’auteur, qui nous offre, ô surprise, une voix-off bien omniprésente et qui ne manque pas de rajouter soit des sarcasmes, soit des descriptions de ce que l’on voit à l’image. On sait bien que certains ont du mal à comprendre que le propre du cinéma est de faire passer le plus de choses possibles par la mise en scène mais que voulez-vous, on n’allait quand même pas manquer la plume de notre cher dandy.

Calmons un peu nos ardeurs, l’Amour dure trois ans n’est pas non plus un téléfilm où tout est rabâché trois fois. Le long métrage comporte même quelques moments succincts de mise en scène, dont une séquence durant laquelle le héros projette son idole Louise Bourgoin sur toutes les femmes d’un strip club. Mais ces instants sont rares, quand ils ne se font pas rattrapés par l’écriture débordante de la chose, comme dans un plan séquence dans lequel l’écrivain ne peut pas s’empêcher de placarder des mots dans le décor pour bien appuyer un peu plus son propos du moment. Cette sur-écriture, que l’on retrouve dans des dialogues trop garnis pour être honnêtes, finit par rappeler les vieux démons de Beigbeder, et sa carrière révolue de publicitaire. Jugez plutôt : « Au XXIème siècle, l’amour est un SMS sans réponse », « L’adultère rend adulte » ou encore « La 1ère année, on achète des meubles, la 2ème année, on déplace les meubles, la 3ème année, on partage les meubles ». Je ne viens pas de prendre au hasard les derniers slogans publicitaires à la mode mais bel et bien de citer un film qui passe son temps à balancer un phrasé lourd de sens se désirant aussi léger que savoureux dans l’espoir secret que chacune de ses répliques devienne culte.

Hélas, à trop rabâcher son discours cynique et sa nonchalance qu’il espère irritante, magnifiquement portés par un Gaspard Proust présomptueux à l’extrême et ayant la consistance d’un pet, Frédéric Beigbeder finit par ramer dans la semoule avec ses potes. Certes, ils ont l’air de se marrer, ils font des blagues à tout va et n’oublient pas le discours léger qui est censé aller avec, mais le tout cache bien mal le cynisme d’une œuvre artificielle à l’extrême.
Si quelque part, on croit à la volonté de son auteur de créer un instant de comédie légère et enlevée, l’Amour dure trois ans affiche avec tellement de fierté son indécence tronquée que l’entreprise lasse aussi rapidement qu’elle tourne à vide. Il arrive au film de faire mouche, mais dans des instants beaucoup trop éclairs pour rattraper la vacuité d’un propos dans lequel personne ne semble croire.
A tous ceux qui aiment pisser dans un violon, l’Amour dure trois ans vous divertira par ses bouffonneries, avant d’être oublié dans la seconde.

2 commentaires

  • dordone samedi 21 janvier 2012 11 h 51 min

    Je m’attends à un grand moment d’obstination dans ce film au même titre que dans ses bouquins. Parfois ça passe, parfois pas.

    Très bonne critique.

  • cocu lundi 9 avril 2012 16 h 30 min

    Je trouve que l’auteur s’enterre dans des histoires et textes racoleurs mais le fond est vraiment creux.
    Heureusement l’adapatation en film est plus travaillée.

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