Les sorties de ce mercredi 24 janvier sont nombreuses : Steven Spielberg sort un film important, Liam Neeson tape sur des gens dans le train, Hugh Jackman fait son show sous un chapiteau.

Et Emmanuel Finkiel adapte Marguerite Duras, avec Mélanie Thierry, Benjamin Biolay et Benoît Magimel.

LA CRITIQUE

Marguerite Duras (Mélanie Thierry) attend des nouvelles de son Robert, Robert Antelme, écrivain et résistant, il est fait prisonnier. Elle est à Paris et attend. Elle fait la rencontre de Pierre Rabier (Benoît Magimel), qui est un collabo. Il est de la Gestapo. Et parce qu’il aime les écrivains, la littérature et que Marguerite Duras lui plaît, certainement, il va créer une relation forcée, entre eux deux. Tous les jours, il l’appelle, et tous les jours, il lui donne rendez-vous. Elle ne manque aucune de ses injonctions car voir ce policier, c’est avoir des nouvelles de son Robert, c’est l’imaginer survivre, c’est également penser le sauver et panser la douleur de son attente. Aucun geste, si ce n’est un, mais avant tout : des mots. Uniquement des paroles, et de longs regards, de ceux qui en disent tant.

Marguerite Duras n’est pas seule, dans cette insoutenable attente, Dionys (Benjamin Biolay), le meilleur ami de son Robert devient alors le sien, d’ami et de confident. Il s’occupe d’elle. Comme un amant, plein de tendresse, il la protège, la couve, de son regard et de ses mains. Mais ne s’empêche jamais de lui dire la vérité, et si son corps cajole, ses mots, non. Leur relation, dans le film – dans le livre également, mais d’une différente manière – est ambiguë, on ne sait clairement la définir. Sont-ils des amis, dans ce cas les meilleurs qui soient, ou bien des amoureux, dans ce cas les plus pudiques qui soient ? Tout est effleuré, suggéré, rien n’est vraiment montré. A chaque spectateur d’y lire, d’y voir, sa propre interprétation.

Mélanie Thierry est si pure, si intense. Elle est de chaque plan et son visage, meurtri par la douleur, dont les couleurs s’atténuent, puis sont délicatement ravivées, son visage est à lui seul un livre. Un livre ouvert, des centaines de pages d’un mystère insondable, d’un mystère terriblement humain. Que pense-t-elle, que vit-elle, quelle est sa vérité, pourquoi dit-elle ceci, pourquoi agit-elle comme cela ? Tant de questions sans une once de réponse définitive. Elle est mystérieuse – et émeut, beaucoup.

A mesure que passent les images, ensemble nous attendons Robert. Ensemble nous guettons la sonnerie du téléphone, celle de la porte. Et c’est précisément ici que résident l’intensité et l’incroyable du film : nous aussi, nous attendons Robert.

La Douleur, d’Emmanuel Finkiel – Sortie en salles le 24 janvier 2018

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